Alors qu’il disputait une première partie au sein de son équipe à l’aréna, dimanche soir, l’adolescent de 17 ans a saisi une gourde qu’il croyait remplie d’eau pour apaiser sa soif. Or, selon nos informations, le contenant était plutôt rempli d’un mélange d’eau et d’un détergent ménager du commerce dont émanait une odeur d’ammoniaque.

Un jeune ingère de l’ammoniaque par erreur lors d'une partie de hockey

Un hockeyeur de 17 ans de Granby a subi d’importantes brûlures à la bouche, à la gorge et à l’œsophage, après avoir bu par inadvertance une solution à base d’ammoniaque que certains de ses coéquipiers inhalaient afin d’améliorer leur performance sportive.

Patrick (nom fictif) a récemment intégré les Panthères de Granby. Alors qu’il disputait une première partie au sein de son équipe à l’aréna, dimanche soir, l’adolescent de 17 ans a saisi une gourde qu’il croyait remplie d’eau pour apaiser sa soif. Or, selon nos informations, le contenant, amené par un coéquipier, était plutôt rempli d’un mélange d’eau et d’un détergent du commerce dont émanait une odeur d’ammoniaque.

« Je ne savais aucunement que des membres de mon équipe prenaient ça, indique de sa chambre d’hôpital l’adolescent lors d’un court entretien téléphonique. Le coach m’a vu prendre une troisième gorgée et il s’est précipité vers moi pour me demander si j’avais bu ce qu’il y avait dans la gourde. »

À peine quelques instants plus tard, le jeune homme « est venu mal, blanc comme un drap. Il avait les yeux rouges, la nausée et des maux de ventre. Sa bouche et sa gorge lui brûlaient », raconte la mère de Patrick, qui a accepté de raconter sa mésaventure à La Voix de l’Est.

« Son entraîneur est venu me chercher. Quand je suis allée le voir, j’ai pris son pouls. Il était de 130 », ajoute la dame.

Rapidement, Patrick a été transporté au Centre hospitalier de Granby, puis au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke, où il était toujours en observation, lundi.

« C’est criminel, ce qui s’est passé, déplore la mère de Patrick, qui aurait souhaité que son fils soit à tout le moins averti de cette pratique au moment de joindre l’équipe. Les enfants n’ont peut-être pas voulu mal faire et améliorer leur performance. Apparemment, ça donne un boost d’adrénaline. Mais ça aurait pu avoir des conséquences beaucoup plus graves. »

« Si j’en avais bu plus, je ne serais peut-être plus là maintenant », note Patrick.

Une pratique peu répandue dans la région

L’entraîneur de l’équipe, Jean-Marc Brosseau, a décliné notre demande d’entrevue, notamment en raison de la gravité de la situation et du fait que les joueurs impliqués sont tous mineurs. Il a toutefois précisé qu’il s’agissait de la première fois qu’une telle substance était amenée par un membre de son équipe.

Quelques autres entraîneurs de hockey mineur à qui La Voix de l’Est a posé la question affirment n’avoir jamais eu vent que des joueurs dont ils avaient la responsabilité inhalaient de l’ammoniac avant de jouer. Ils ont également mentionné que si une telle pratique était venue à leurs oreilles, ils ne l’auraient pas tolérée dans leur équipe.

« Je n’avais jamais entendu parler de ça », a pour sa part indiqué Denis Bessette, président de l’Association de Hockey Jeunesse Granby, qui prend la situation très au sérieux.

D’autres sources ont mentionné que les jeunes auraient pu être familiarisés avec cette pratique lors de parties de dek hockey, en été. Mike Ménard, responsable du Dek hockey Dix10, à Granby, a indiqué « que quelques individus avaient fait ça dans les tournois, mais qu’aucun joueur régulier ne faisait ça ici. Ce sont des choses assez isolées qui se sont peut-être produites une ou deux fois, l’été passé ».

« Montée d’adrénaline »

Les jeunes hockeyeurs ont-ils tenté d’imiter leurs idoles sportives, qui inhalent de l’ammoniaque sous forme de sels censés provoquer une montée d’adrénaline temporaire qui aiderait à la pratique du sport ?

De nombreux boxeurs, footballeurs et joueurs de hockey professionnels ont été aperçus et filmés en inhalant une combinaison d’ammoniaque et d’alcool sous forme de sels contenus dans un sachet.

Une très courte recherche en ligne a permis de voir que plusieurs fabricants et distributeurs de suppléments destinés aux sportifs commercialisent ces produits contenant de l’ammoniac comme un « stimulant légal ».

L’entreprise québécoise Fitness l’entrepôt propose sur son site, pour une quinzaine de dollars, des sels odorants, mentionnant que ceux-ci sont « utilisés par les athlètes pour leurs vertus stimulantes et nootropiques », c’est-à-dire qui stimulent les fonctions cognitives du cerveau.

Sur le site du distributeur français Warrior Powerlifting Gear, on indique plutôt que l’inhalation des sels d’ammonium, vendus là pour une douzaine d’euros, « agit comme un véritable coup de fouet », permettant d’oublier « pendant un instant le stress pré-compétitif ».

Et si on mentionne que de « respirer de l’ammoniac n’est pas mortel », on met toutefois les consommateurs en garde sur le caractère irritant et corrosif de la substance, qui pourrait provoquer de graves brûlures et des quintes de toux temporaires.

Ailleurs, on vante les sels odorants pour leur capacité à « prendre en charge l’énergie explosive, la force maximale et la netteté », en procurant « une sensation instantanée pour atteindre des performances de pointe ».

D’autres plateformes de commerce en ligne proposent des produits similaires, parfois à partir de 6 $ US (environ 8 $ CAN).

Au moment de mettre sous presse, en fin de journée lundi, nous n’avions pas eu de retour de la part du Centre anti-poison du Québec ou des quelques spécialistes de médecine sportive sollicités pour une entrevue.

Plusieurs fabricants et distributeurs de suppléments destinés aux sportifs commercialisent ces produits contenant de l’ammoniac comme un « stimulant légal ».