Une dizaine de personnes se trouvaient dans la salle d'opération de l'Hôpital Fleurimont pour le prélèvement d'organes. Le chirurgien transplanteur Dr Prosanto Chaudhury, directeur médical chez Transplant Québec, était venu à Sherbrooke avec ses résidentes pour prélever le foie. Le reste de l’équipe médicale, composée d’un anesthésiste, d’une perfusionniste et d’infirmières, provenait du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Un hommage silencieux à la donneuse

Une dizaine de personnes se trouvent dans la salle d’opération. Il y a des machines partout, des tables pleines d’équipements médicaux de pointe. On entend quelques « bips » auxquels on finit par s’habituer, des appareils qui fonctionnent émettent leur bourdonnement en toile de fond. C’est l’effervescence dans la pièce : le chirurgien, les résidentes, l’anesthésiste, les infirmières et la perfusionniste se préparent activement à la chirurgie qui les attend.

« La chirurgie pour prélever un foie n’est pas une petite chirurgie », mentionne le chirurgien transplanteur Prosanto Chaudhury, directeur médical chez Transplant Québec.

Soudain, l’infirmière-ressource en don d’organes Annie Chouinard demande un moment de recueillement. Tout le monde suspend ses activités. L’infirmière s’avance près de la patiente et la présente à l’équipe de soignants. En quelques phrases, elle décrit la femme généreuse qu’était la patiente, elle qui avait une volonté hors de tout doute de faire don de ses organes.

Puis c’est un moment de silence.

Pendant une minute, plus personne ne parle. Chacun baisse la tête. Pendant une minute, on rend hommage à la donneuse, à celle qui a perdu la vie mais qui s’apprête à la rendre à une autre personne.

C’est la deuxième fois d’ailleurs que le personnel médical rend hommage à la donneuse. En effet, lorsque la patiente a quitté les soins intensifs un peu plus tôt dans la journée, plusieurs infirmières et autres membres du personnel soignant se sont rendus près des grandes portes du département. « Allons saluer Mme Bachand une dernière fois », a proposé une des infirmières en faisant référence à la patiente sur laquelle ils veillaient depuis près de quatre jours.

Lutte contre la montre

Dans cette salle d’opération de l’Hôpital Fleurimont, c’est une lutte contre la montre qui s’amorce dans l’objectif de rendre la vie à un patient qui, dans un autre hôpital du Québec, attend sur son lit d’hôpital le foie qui va lui permettre de retrouver une vie en santé.

Le chirurgien transplanteur Prosanto Chaudhury est arrivé à Sherbrooke un peu plus tôt à bord d’un véhicule policier de l’Association canadienne du don d’organes (ACDO) conduit par un policier bénévole de la Sûreté du Québec. Il effectuera le prélèvement avec l’aide de ses deux résidentes. L’anesthésiste, les infirmières et la perfusionniste font toutefois partie de l’équipe soignante du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« Nous devons transplanter le foie à l’intérieur de 12 heures », explique le Dr Chaudhury.

La chirurgie est complexe. Le foie est en effet situé sous les côtes du côté droit, au-dessus des intestins, ce qui le rend difficile d’accès. 

Pendant plus d’une heure, on s’affaire à atteindre l’organe. Puis voilà le foie qui apparaît.

La donneuse avait 81 ans. Cela importe peu. « Le foie est le seul organe qui se régénère. Alors chez une personne en bonne santé, on dit qu’un foie peut vivre au moins 120 ans », explique l’infirmière Annie Chouinard.

Le foie est retiré délicatement de l’abdomen de la patiente, dont le cœur ne bat maintenant plus. L’organe est placé dans un sceau de glace. La chirurgie n’est pas finie pour autant. Le médecin et ses résidentes prennent le temps de tout suturer, comme ils le feraient dans une chirurgie traditionnelle où la patiente serait toujours vivante.

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La patiente quitte les soins intensifs. À l'intérieur du département, le personnel s'est regroupé pour saluer une dernière fois la patiente dont ils prenaient soin depuis quatre jours même si elle était déjà en mort neurologique.

Puis l’organe est placé dans une glacière rouge spéciale de Transplant Québec. Satisfait de son prélèvement, le chirurgien téléphone au centre hospitalier où l’on implantera l’organe. Le receveur sera dès lors descendu au bloc opératoire.

La coordination est cruciale dans ce genre de situation : une salle d’opération et une équipe médicale doivent être libres non seulement à Sherbrooke mais aussi au centre receveur, le patient receveur doit être prêt à recevoir le foie, les médecins préleveurs doivent se déplacer d’une ville à une autre, ce qui implique donc aussi des transports policiers fournis par l’ACDO. C’est Transplant Québec qui assure ce délicat et crucial rôle de coordination.

Quant à la défunte, elle sera transférée à la morgue de l’hôpital avant d’être confiée au salon funéraire choisi par sa famille. La procédure est alors exactement la même que pour n’importe quelle autre personne décédant à l’hôpital.

Et voilà, le chirurgien est prêt à quitter l’Hôpital Fleurimont, la glacière bien en main. Il est heureux pour le patient dont la vie s’apprête à changer.

« Recevoir une greffe de foie, c’est quelque chose qui change la vie complètement. Souvent ce sont des patients qui ont des cirrhoses avancées. Leur vie est totalement occupée par la maladie. La greffe leur donne une chance de se rétablir, de reprendre la vie quotidienne, en famille, avec les petits-enfants, ou même de retourner au travail s’ils sont encore à ce stade de leur vie », explique le chirurgien Prosanto Chaudhury.

Le taux de succès des greffes de foie est élevé. Au Québec, il y a environ une centaine de greffes de foie chaque année. Actuellement, 92 patients sont encore en attente. Ils patientent en moyenne 199 jours. « Au Québec, 90 % des greffés du foie vont survivre à la greffe et à la première année, et au-delà de 70 % après cinq ans. C’est quand même très bien et ça continue de s’améliorer », assure le chirurgien transplanteur.


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