Un haut gradé de la GRC arrêté enquêtait sur la Russie

MONTRÉAL — Le haut responsable du renseignement de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) arrêté vendredi pour vols de documents sensibles, vraisemblablement pour le compte d'un État étranger, a récemment supervisé une enquête sur une affaire de blanchiment d'argent par des Russes, selon les informations du Globe and Mail samedi.

Le journal rapporte que l'inculpation de Cameron Ortis, haut responsable de la GRC, est liée à une importante affaire de corruption présumée impliquant de hauts responsables russes, qui avait été dénoncée par Sergueï Magnitski, un juriste russe mort dans une prison moscovite en 2009.

Devenu symbole de la lutte contre la corruption, M. Magnitski avait été arrêté en 2008 après avoir dénoncé une vaste machination financière de 5,4 milliards de roubles (112 millions $CAN), ourdie selon lui par des responsables de la police et du fisc au détriment de l'État russe et de la société Hermitage Capital, par la voie de remboursements de taxes.

«Plus de 14 millions de dollars canadiens de fraudes russes auraient un lien avec le Canada», selon une source citée par le Globe and Mail.

Cameron Ortis travaillait sur cette affaire après une plainte déposée à la GRC en 2016 par William (Bill) Browder, un financier britannique et ancien investisseur en Russie, pour qui travaillait M. Magnitski.

La GRC n'a pas ouvert d'enquête officielle sur l'affaire, malgré une rencontre en 2017 entre Cameron Ortis et M. Browder, également pdg du fonds Hermitage Capital, selon le Globe and Mail.

M. Ortis «semble être la dernière personne à laquelle on pourrait s'attendre pour être un espion pour un pays étranger», a déclaré Bill Browder au quotidien anglophone, indiquant que le policier était également responsable de sa sécurité lors de son déplacement au Canada.

Interrogée par l'AFP, la GRC s'est refusée à tout commentaire.

Selon la chaîne Global, citant des sources de sécurité, M. Ortis était directeur général du renseignement à la GRC et contrôlait à ce titre les opérations de contre-espionnage.

Cameron Ortis fait face à cinq chefs d'accusation en vertu du code criminel du Canada et de la loi sur la protection de l'information liée à la sécurité nationale, notamment contre l'espionnage étranger.

La puissante alliance de renseignement dite des «Five Eyes», dont le Canada fait partie avec l'Australie, la Nouvelle-Zélande, la Grande-Bretagne et les États-Unis est inquiète de la nature des informations recueillies par M. Ortis et attend une évaluation des dommages de la part du ministère de la Sécurité publique canadien, selon des sources diplomatiques citées par la télévision publique CBC.

Le gouvernement canadien n'a pas encore connaissance de l'étendu du vol mais poursuit ses investigations, a confié à l'AFP une source proche du premier ministre Justin Trudeau, en campagne électorale pour un deuxième mandat.

Des sources ont également indiqué à CBC que l'alliance ne panique pas, étant donné que les accusations portées contre M. Ortis ne semblent pas démontrer qu'il ait divulgué des informations avant son arrestation.

Arrêté jeudi à Ottawa, où sont établis les sièges des agences de sécurité et de renseignement, et formellement inculpé vendredi, Cameron Ortis doit comparaître de nouveau devant la justice vendredi prochain.

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SURPRISE D'UN ANCIEN COLLÈGUE

Un professeur universitaire qui a déjà travaillé avec Cameron Ortis soutient que cet homme semblait être un «exemple de discrétion.»

Paul Evans, professeur de sciences politiques à l'Université de la Colombie-Britannique, a siégé au jury de la thèse de doctorat de M. Ortis. Tous deux ont collaboré à de nombreux projets.

M. Evans a raconté qu'il avait travaillé avec lui à l'Université de la Colombie-Britannique pendant plusieurs années. Leurs rencontres se sont ensuite espacées.

Il a ajouté que M. Ortis n'avait jamais parlé des détails de son travail après son entrée en fonction à la GRC.

«Il a toujours été un exemple de discrétion et d'intégrité dans nos relations, a-t-il souligné dans une déclaration écrite. Rien de ma relation avec Cameron ne me fait soupçonner qu'il serait impliqué de quelque manière que ce soit dans des activités qui conduiraient à de telles accusations. Comme d'autres qui le connaissent bien, j'ai été choqué par la nouvelle de l'arrestation de ce très bon Canadien.»

Ortis est diplômé en sciences politiques depuis 1999 et a terminé son doctorat à l'Université de la Colombie-Britannique en 2006, a déclaré M. Evans. Les deux chercheurs ont collaboré à des programmes de formation pour chercheurs débutants provenant d'instituts politiques en Asie. Ils ont publié deux essais ensemble.

Un autre collègue de l'Université de la Colombie-Britannique, le professeur de sciences politiques Brian Job, s'est également dit surpris par l'annonce de l'arrestation d'Ortis.

«Rien de mon expérience avec Cameron ne me ferait supposer son implication présumée dans les activités pour lesquelles il a inculpé, a-t-il a déclaré. C'est plutôt l'inverse qui est vrai.»  La Presse canadienne