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Maryse Boivin, bévévole, gestionnaire, maman de six enfants, subira une chirurgie la semaine prochaine afin de faire un don de rein à une enfant qu’elle ne connait pas.
Maryse Boivin, bévévole, gestionnaire, maman de six enfants, subira une chirurgie la semaine prochaine afin de faire un don de rein à une enfant qu’elle ne connait pas.

Un don de rein pour une enfant inconnue

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
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Ce sera une fête des Mères très particulière pour Maryse Boivin ce dimanche. En compagnie de ses six enfants, qu’ils soient présents à la maison ou virtuellement pour ceux qui n’habitent plus sous son toit, ce sera un dernier moment en famille avant qu’elle ne se fasse opérer au courant de la semaine prochaine.

Ce serait probablement déjà un moment empreint d’émotions et de fébrilité si on s’apprêtait à lui réparer un os brisé ou un organe malade. Mais non. Maryse Boivin va très bien.

C’est de son plein gré que Maryse Boivin entrera à l’hôpital pour y faire le don d’un de ses reins en parfaite santé. Son rein sera transplanté quelques heures plus tard à une fillette de dix ans qu’elle ne connait pas, mais dont la santé dépend de ce précieux et si unique don.

Cela fait plusieurs années que Maryse Boivin est sensible à la cause du don d’organes. Puis un jour pendant une sortie scolaire, l’enseignante d’un de ses enfants lui a confié que son mari était en attente d’une greffe de rein et que ses jours étaient comptés.

Maryse Boivin a alors ressenti l’appel et elle a entrepris les démarches pour faire le précieux don à une personne qui pourrait en bénéficier.

« Je trouve inconcevable que des gens mettent leur vie sur pause en attendant un don d’organes. Ça n’a pas de sens. Et moi je suis là, en bonne santé, et je peux aider. Alors pourquoi pas? », dit-elle tout simplement, comme si cela allait de soi.

Il y a un peu moins d’un an, Mme Boivin a reçu un appel d’un hôpital du Québec. Une personne compatible avec elle avait besoin d’un rein. À ce moment-là, on aurait pu penser que Maryse Boivin serait nerveuse. Qu’elle tremblerait un peu. Peut-être même qu’elle regretterait (du moins un peu) de s’être avancée sur cette route qui semblerait périlleuse à bien d’autres? Mais non. Pas du tout. Sa décision était prise.

« J’ai surtout ressenti beaucoup d’émotions », relate-t-elle. Une émotion qu’elle ressent d’ailleurs aujourd’hui encore quand elle raconte cet appel marquant.

Maryse Boivin affectionne cette photo prise il y a quelques années. On y aperçoit ses enfants Michaël et Mathieu, Mme Boivin et son conjoint Jacques, et les quatre autres enfants Mégane, Mélodie, Gabriel et Léa.

Tout est prêt

Après plusieurs mois de démarches et de tests, ce sera bientôt le grand jour. Tout est prêt. Le conjoint de Maryse viendra la déposer à la porte de l’hôpital de Montréal où elle se fera opérer… et il repartira. « Il y a des désavantages à se faire opérer dans le contexte COVID! La visite est interdite. Mais il n’est pas question de remettre l’opération à plus tard, parce que si elle se fait maintenant, c’est que l’état de la jeune fille le requiert », dit-elle avec une immense résilience.

Mme Boivin ne connait pas la petite fille qui recevra son rein. Bien entendu, elle répondra à l’appel si jamais la petite et sa famille ont envie de la rencontrer un de ces jours. Mais la demande ne viendra pas d’elle.

« Je veux respecter l’enfant et sa famille, je ne veux pas m’imposer dans leur vie privée », dit-elle humblement.

« Mais quand je pense que cette enfant pourra reprendre une vie normale, loin de la dialyse, comme une petite fille de dix ans devrait vivre sa vie d’enfant, ça me rend vraiment heureuse. Ça me fait vivre beaucoup d’émotions », se réjouit Mme Boivin.

Le temps de la chirurgie et du rétablissement à l’hôpital, Mme Boivin laissera derrière elle pendant quelques jours son conjoint et… quatre de leurs six enfants. Les deux plus vieux ont quitté la maison pour poursuivre leurs études universitaires, l’un en médecine et l’autre en ergothérapie.

« Tout le monde me supporte dans mon projet », dit-elle.


« « Quand je pense que cette enfant pourra reprendre une vie normale, loin de la dialyse, comme une petite fille de dix ans devrait vivre sa vie d’enfant, ça me rend vraiment heureuse. Ça me fait vivre beaucoup d’émotions. » »
Maryse Boivin
Maryse Boivin

Un don de rein de son vivant, c’est déjà un immense projet de générosité et de don de soi. Mais cela n’est qu’une petite partie de l’histoire pleine d’actes de générosité de cette mère de famille.

Maryse Boivin est assurément une femme occupée. Gestionnaire au Centre de services scolaire de la Région-de-Sherbrooke, « elle travaille toujours avec le sourire et tout le monde la trouve très aidante », indique une de ses amies et collègues.

Elle est aussi membre du conseil d’administration et trésorière à la Société protectrice des animaux depuis 20 ans et fait des présentations dans des écoles durant ses semaines de vacances sur la situation des animaux afin de sensibiliser les jeunes à la problématique de la violence envers les animaux, mais au sens plus large aussi.

Côté familial, elle et son conjoint ont d’abord eu trois enfants biologiques, des enfants de 23 à 17 ans qui font sa plus grande fierté aujourd’hui.

Puis est né dans le couple le désir de rendre service à des enfants déracinés. Le projet de devenir famille d’accueil s’est transformé en projet d’adoption d’un enfant de la banque mixte de la direction de la protection de la jeunesse (DPJ) du Québec. Pas seulement une fois… mais trois fois.

« Je ne peux pas croire qu’il y a des enfants sans famille aujourd’hui au Québec! » dit Maryse Boivin.

« On a d’abord voulu être famille d’accueil pour aider des enfants. À la DPJ, on nous a demandé si on était intéressés à accueillir des enfants dont le projet de vie n’était pas encore clarifié, qui étaient donc à risque de retourner dans leur famille biologique mais qui pourraient aussi être adoptables. On a dit oui. C’est comme ça que nous avons eu notre premier enfant, Mathieu, qui avait six mois quand on l’a accueilli et qui n’est finalement jamais parti de chez nous », raconte la maman très fière.

« Cet enfant est arrivé en détresse. Il avait vécu de la grosse négligence. Il a passé huit mois sans dormir. Il avait besoin de toujours m’avoir dans son champ de vision », se souvient-elle avec tendresse.

Une petite dernière

Un peu plus tard, la famille a déménagé pour avoir de la place pour adopter un autre enfant.

« Après le déménagement, j’ai téléphoné à la travailleuse sociale pour lui dire que nous étions installés et prêts à recevoir un autre enfant. Une heure plus tard, elle me rappelait. Je ne le savais pas à ce moment-là, mais il y avait des enfants en attente et elle avait déjà un bébé à nous confier », raconte-t-elle en riant.

Treize mois plus tard, une autre petite cocotte est venue compléter la famille, la sixième enfant de la famille, une famille devenue grande, riche, diversifiée, pleine d’amour et d’entraide.

« Mes plus petits ont des difficultés liées à leur passé, à l’école notamment. Mais ils vont bien, ils sont heureux, c’est leur vie! Ils performent beaucoup dans le ski alpin, ils adorent ça, ils se réalisent beaucoup dans ce sport. Moi en ski, je suis la poche de la famille », indique la maman en éclatant de rire.

C’est aussi avec fierté que les trois grands aident les trois petits de diverses façons, et notamment en leur servant de modèles. « Parfois, quand il s’est passé quelque chose, nous n’avons même pas besoin d’intervenir comme parents parce que les plus grands l’ont déjà fait et que les petits respectent énormément les grands », dit-elle.

Du temps libre pour elle-même, Maryse Boivin n’en a pas beaucoup. « J’en ai, mais tard le soir », dit-elle en riant.

Mais qu’importe puisque cette vie chargée de générosité lui plait et la rend heureuse. « Je suis une personne simple, ordinaire, vraiment pas une personne extraordinaire », insiste-t-elle à plusieurs reprises.

Une personne simple peut-être, mais avec définitivement une très grande capacité à faire des dons de soi dans mille et un projets!