Éric LeSieur (président du complexe funéraire LeSieur) et Marie-Ève Chamberland (présidente et fondatrice d’Un Cadeau du Ciel).
Éric LeSieur (président du complexe funéraire LeSieur) et Marie-Ève Chamberland (présidente et fondatrice d’Un Cadeau du Ciel).

Un dernier au revoir virtuel de l’au-delà

Adresser un dernier adieu en réalité virtuelle après son décès : voilà l’une des formes que peuvent prendre les héritages affectifs, des messages pouvant être envoyés par une personne à ses proches endeuillés à la suite de son décès. À l’occasion de son centième anniversaire, le Complexe funéraire LeSieur s’associe avec l’entreprise Un Cadeau du Ciel afin d’offrir ce nouveau service.

«Grâce à cette association, les gens vont pouvoir, dans le cadre de préarrangement funéraire, avoir droit au service d’héritage affectif», a indiqué la fondatrice d’Un Cadeau du Ciel, Marie-Ève Chamberland, qui décrit ce service comme «un message fait du vivant, conservé dans une base de données à un niveau de sécurité de qualité notariale et qui sera transmis à la famille après le décès.»

«Il faut le voir comme un testament, mais au niveau affectif», résume Mme Chamberland précisant que le message peut prendre différentes formes.

Pour les personnes plus traditionnelles, la formule de la carte en papier est offerte gratuitement. Ceux qui opteront pour la version numérique pourront se filmer eux-mêmes ou faire appel à une équipe de tournage, moyennant certains frais. Il est même possible de s’adresser aux êtres chers en réalité virtuelle.

Toutefois, pas question de simplement envoyer le message dans la boîte courriel de la personne endeuillée. «Chacune des étapes a été réfléchie, ce n’est pas juste pour faire beau qu’il y a un ruban et une boîte, c’est dans un souci pour l’endeuillé, ça va peut-être susciter de l’émotion et c’est correct», précise Marie-Ève Chamberland.

Cette dernière a consulté plusieurs intervenants dans le deuil pour peaufiner son service qui a su compter sur les conseils de l’organisme Deuil Jeunesse, une sommité dans le domaine au Québec.

«C’est quelque chose de spécial, de nouveau, qu’on a jamais vu», a déclaré le président du complexe funéraire LeSieur ayant pignon sur la rue Pie IX à Granby et sur la rue Foster à Waterloo, Éric LeSieur.

L’annonce devait se faire lors de portes ouvertes soulignant l’ouverture de la nouvelle salle de démonstration de produits du complexe funéraire, en avril dernier, mais la pandémie du coronavirus est venue jouer les troubles-fêtes.

Pas question de simplement déposer le message dans la boîte courriel de la personne endeuillée: tout est pensé, même l’emballage, pour avoir un effet thérapeutique.

L’émotion au rendez-vous

Lors de la conférence de presse, les membres des médias ont été invités à faire l’essai de l’héritage affectif en réalité virtuelle. Le scénario présenté était celui d’un homme décédé qui avait préparé un message pour sa conjointe.

L’expérience débute dans le Vieux Québec, où se sont rencontrés les amoureux. L’homme marche vers la caméra et se remémore les souvenirs de cette rencontre. Le paysage change ensuite pour laisser place à la maison du couple, puis à l’atelier de peinture de la conjointe du protagoniste. Il lui confie à quel point il admire son talent et lui rappelle que l’art est un bon exutoire pour la tristesse. La capsule se termine de retour dans le salon du couple, où des images des êtres proches indiquent à la personne endeuillée qu’elle n’est pas seule.

Même si les personnages dont il est question sont fictifs, certains membres des médias ont versé une larme en y prenant part. «Je dirais que deux personnes sur trois ont une émotion lorsqu’elles prennent part à l’expérience», indique la fondatrice de l’entreprise, soutenant que cela fait partie du processus de deuil.

C’est d’ailleurs en essayant cette technologie que la direction du complexe funéraire LeSieur a décidé d’aller de l’avant avec ce partenariat, avant même le passage de l’entreprise à l’émission de télévision Dans l’oeil du dragon, qui lui a permis de se faire connaître du grand public.

Deux personnes sur trois versent une larme en vivant l’expérience de réalité virtuelle selon Marie-Ève Chamberland.

Genèse du projet

«On voit souvent ça dans les films ou dans les téléséries, mais ce service n’existait pas au Québec», raconte la fondatrice, chez qui l’idée a germé en 2014, alors enceinte de son premier enfant. Marie-Ève Chamberland a refait son testament et a pris une assurance-vie. Elle se sentait protégée du côté administratif et financier, mais elle trouvait qu’un vide humain demeurait.

«On se doutait que ma grand-mère — qui a été chez moi toute mon enfance — n’en avait plus pour longtemps. Je me demandais comment ma fille allait pouvoir la connaître», confie celle qui a été deux ans à se dire que quelqu’un devrait inventer un produit pour répondre à ce besoin avant de s’y attaquer elle-même.

Depuis, Un Cadeau du Ciel a fait une entrée remarquée au Salon de la Mort et s’est même rendu jusqu’à la finale nationale du défi Ose entreprendre en 2018. Il y a quelques semaines, le journal Les Affaires a classé l’entreprise parmi le top 10 des start-ups québécoises prometteuses.