Le coroner Pierre Bélisle recommande que plus d’armes à impulsion électrique soient disponibles pour les policiers. On voit ici une démonstration du Taser par un policier de la DPTR, en janvier 2018.
Le coroner Pierre Bélisle recommande que plus d’armes à impulsion électrique soient disponibles pour les policiers. On voit ici une démonstration du Taser par un policier de la DPTR, en janvier 2018.

Un coroner recommande plus de pistolets à impulsion électrique

Marie-Eve Lafontaine
Marie-Eve Lafontaine
Le Nouvelliste
SAINT-CYRILLE-DE-WENDOVER — Le coroner Pierre Bélisle recommande que plus d’armes à impulsion électrique (AIE), communément appelées Taser, soient disponibles pour les policiers, à la suite du décès de David Bouffard, abattu par un patrouilleur de la Sûreté du Québec, en août 2016, à Saint-Cyrille-de-Wendover, au Centre-du-Québec.

Me Bélisle recommande aux différents corps de police de la province, dans son rapport publié en novembre dernier, de «mettre à la disposition de leurs policiers un nombre suffisant de pistolets à impulsion électrique de façon à ce qu’au moins un policier par équipe en soit muni durant son quart de travail».

En entrevue, Me Bélisle a précisé que sa recommandation signifiait un pistolet par duo de patrouilleurs. «Plus il y en aura mieux ce sera», a-t-il souligné.

L’AIE n’est toutefois pas infaillible comme ont pu le constater des policiers de la Sûreté du Québec, le 17 janvier dernier, à Shawinigan, qui faisaient face à un homme armé de couteaux. Selon un témoin, ils ont bel et bien utilisé un tel pistolet, mais sans succès. Cela n’aurait pas empêché l’individu de se diriger vers eux, et il a finalement été abattu.

Le coroner fait d’ailleurs une large part dans son rapport sur la mort de David Bouffard à l’importance de développer des techniques de désescalade. Deux de ses trois recommandations en font mention. Aux corps de police, il demande de «favoriser l’accès aux formations à la technique de désescalade des situations et à des formations sur l’usage du pistolet à impulsion électrique».

Il recommande aussi à l’École nationale de police de «réviser sur une base périodique, en vue de les améliorer, les formations permettant aux policiers de gérer la désescalade pacifique de situations tendues auxquelles ils peuvent être confrontés dans l’exercice de leur fonction».

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LES ÉVÉNEMENTS


Le 26 août 2016, deux patrouilleurs de la Sûreté du Québec, rattachés au poste de Drummondville, sont appelés à une résidence de Saint-Cyrille-de-Wendover, à la suite d’une dispute conjugale somme toute banale. La résidente des lieux déplore que son ami de cœur ait fait irruption dans la maison sans y être invité et s’est emparé de son téléphone cellulaire.

Après discussion avec les policiers, M. Bouffard, qui est retourné dans sa voiture, semble prêt à remettre le cellulaire.

Le Taser n’est pas infaillible comme ont pu le constater des policiers de la Sûreté du Québec, le 17 janvier dernier, à Shawinigan, qui faisaient face à un homme armé de couteaux. Selon un témoin, ils ont bel et bien utilisé un tel pistolet, mais sans succès.

Toutefois, selon le rapport du coroner, il démarre soudainement en trombe, fait quelques centaines de mètres et revient vers son point de départ. Il fait mine de foncer vers la voiture de patrouille, mais à la dernière minute, il bifurque et continue sa route, peut-on lire dans le rapport.

Les patrouilleurs le prennent en chasse, mais le fuyard réussit à les semer. Il retourne à la résidence de son amie et entre dans la maison par la porte-fenêtre. La dame, qui est en compagnie de son grand-père, lui demande de partir. Ce dernier se dirige plutôt vers la cuisine et s’empare d’un couteau à steak. La dame tente de sortir pour se rendre chez un voisin, mais M. Bouffard lui bloque la sortie.

Alors que les mêmes policiers sont de retour, elle les avise à travers la porte que M. Bouffard est en possession d’un couteau. Toujours selon le rapport du coroner, les deux patrouilleurs entrent, dégainent leur pistolet et somment à quelques reprises M. Bouffard de laisser tomber son arme. Il n’obtempère pas. Un des deux policiers fait feu à deux reprises et l’atteint autant de fois au thorax. Malgré des manœuvres de réanimation, son décès est constaté à l’Hôpital Sainte-Croix de Drummondville.

Les événements se sont déroulés très rapidement. Le policier a pris la décision de tirer alors que M. Bouffard avançait vers lui et qu’il était à environ un à deux mètres de lui, selon le rapport du coroner.

«La précipitation des événements, l’exiguïté des lieux, la proximité des acteurs en jeu: tout cela rendait la situation très explosive», écrit Me Bélisle.

La rapidité des événements n’a pas laissé beaucoup de temps aux policiers pour analyser les possibilités qui s’offrent à eux, fait remarquer le coroner. «Il semble qu’aucune tentative de dialoguer n’a été amorcée et vraisemblablement M. Bouffard s’est enfermé dans un silence, sourd aux semonces des policiers.»

Me Bélisle souligne dans son rapport que les policiers doivent faire face à un nombre grandissant de personnes atteintes de troubles mentaux. «Il faut admettre que les policiers sont confrontés de plus en plus à des gens dont le comportement inquiétant est associé à un état psychologique problématique plutôt qu’à un comportement criminel. Cela s’explique à la fois par le nombre grandissant de personnes affectées par des problèmes psychiatriques et les ressources limitées dont dispose le système de santé pour traiter adéquatement ces personnes. Ils sont donc un très grand nombre à circuler en société et à représenter un danger soit pour eux-mêmes soit pour autrui.»

Selon le coroner, «ce n’est pas exagéré de dire que les policiers seront bientôt plus fréquemment confrontés à des situations du genre que ne le sera le personnel médical et hospitalier». De là l’importance, selon lui, de «mettre à la disposition des policiers des outils pour prendre le contrôle d’une situation tendue sans être dans l’obligation de s’en remettre à leur arme à feu».

Le coroner précise qu’aucun des deux policiers sur place n’était muni d’un pistolet à impulsion électrique. «Il ne suffit pas non plus que tous les policiers sachent faire usage de cette arme, encore faut-il que l’outil soit disponible en nombre suffisant dans les postes de police de façon à ce qu’au moins un policier par équipe de travail en soit muni lorsqu’il est en devoir sur le terrain, ce qui n’est pas le cas présentement.»

Ce n’est pas la première fois qu’un coroner recommande que davantage d’AIE soient disponibles. Ce fut également le cas à la suite de la mort de l’itinérant Alain Magloire, en 2014, qui menaçait des passants avec un marteau, sur la rue Ontario, à Montréal, avant d’être abattu par des policiers. Après cette recommandation du coroner Luc Malouin, la Ville de Montréal a décidé de doter tous ses duos de patrouilleurs d’un Taser d’ici 2020. Le projet a toutefois été mis sur la glace cet automne.