La docteure qui faisait office de médecin de famille pour Danny Tucci était celle qui s’occupait de la clinique externe de soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu de Québec.

Un cancéreux en soins palliatifs «abandonné» par le système

Danny Tucci est atteint d’un cancer de la prostate de grade 4, avec métastases osseuses. Juste avant son rendez-vous du 6 novembre à la clinique externe de soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu de Québec, on l’a appelé pour lui dire de ne pas se présenter, que la clinique était fermée. On l’a référé à son médecin de famille… qu’il n’a pas.

Le cancer ronge le corps de M. Tucci depuis huit ans. Les métastases qui ont atteint ses os le font souffrir, et les soins palliatifs sont indispensables pour contrôler ses douleurs. «J’ai mal partout, je suis toujours sur la morphine», dit celui qui prend «environ 600 médicaments par mois, en plus des injections». Car en plus du cancer, Danny Tucci souffre de diabète, d’hypertension et d’hypercholestérolémie.

Dépassé

Lorsqu’on l’a contacté pour lui annoncer la mauvaise nouvelle, Danny Tucci est tombé en bas de sa chaise. «La personne ne se nomme pas, me dit qu’il n’y a plus de services et d’aller voir mon médecin de famille, mais je n’en ai pas!» raconte, dépassé, M. Tucci.

La docteure qui faisait office de médecin de famille pour Danny Tucci, c’était celle qui s’occupait de la clinique externe de soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu de Québec, qui comptait une centaine de patients au moment de sa fermeture, le 4 novembre. Elle a plié bagage après avoir accepté un poste à la maison Michel-Sarrazin.

En attendant de recevoir à nouveau les services de soins palliatifs «auxquels je pense avoir droit», M. Tucci a pu faire renouveler pour deux mois ses prescriptions de médicaments grâce au pharmacien du Centre de recherche clinique et évaluative en oncologie (CRCEO) de l’Hôtel-Dieu.

Manque d’effectif

«Sur le coup, quand j’ai appris la nouvelle de la fermeture, j’étais vraiment découragé. J’avais envie d’aller m’acheter une corde au Canadian Tire», confie Danny Tucci, qui a décidé de porter plainte. «J’ai eu un retour, et la personne m’a dit qu’elle allait prendre mon dossier en main.» Jeudi, Le Soleil rapportait que le CHU de Québec avait mis la clé sous la porte de la clinique externe de soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu de Québec en raison du manque d’effectifs médicaux.

Une réduction progressive des effectifs était observée en soins palliatifs depuis plus d’un an, selon un communiqué interne dont nous avons obtenu copie. «Plusieurs mesures de compensation et de réorganisation des tâches ont été mises en place depuis pour maintenir les services offerts. Malgré cela, l’équipe médicale n’est malheureusement plus en mesure de maintenir le rythme», écrivait la directrice des services professionnels du CHU de Québec, la Dre Maryse Turcotte.

En attendant le recrutement de nouveaux médecins, les patients qui étaient suivis à la clinique sont référés à leur médecin de famille ou spécialiste, sinon à leur infirmière (pivot en oncologie ou spécialisée en soins palliatifs), au pharmacien en soins palliatifs ou encore au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale, nous a dit une porte-parole du CHU de Québec.

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«UNE PRIORITÉ», ASSURE LA MINISTRE DE LA SANTÉ

Invitée à commenter la situation, la ministre de la Santé, Danielle McCann, a voulu se faire rassurante. «Il y a une continuité de services», a-t-elle soutenu en marge d’un point de presse.

La ministre McCann dit avoir obtenu la confirmation du président-directeur général du CIUSSS, Michel Delamarre, que la centaine de patients touchés par la fermeture de la clinique seraient pris en charge. «Ses équipes de soutien à domicile sont à pied d’œuvre pour rejoindre ces personnes et offrir les services nécessaires.»

Mme McCann soutient que les soins palliatifs, «c’est une priorité au Québec», mais que la population souhaite qu’ils soient davantage offerts à domicile, comme c’est le cas en Angleterre.

«Il y a une bascule et c’est dans un mouvement, à travers le Québec, où les personnes qui sont en soins palliatifs peuvent recevoir des soins et des services à domicile.»  Patricia Cloutier