Un an de lock-out à l'ABI: «ce n’est pas une fête» [vidéo]

Bécancour — «Un an de lock-out. Ce n’est pas facile. Ce n’est pas une fête, mais un rassemblement. On veut le souligner à toute la population, au gouvernement et à l’employeur. Depuis le début du conflit, le rapport de force est déséquilibré avec cette clause de force majeure. L’employeur doit revenir à la table négocier.»

Voilà le premier message qu’a lancé le président de la section locale 9700, Clément Masse, aux centaines de lockoutés réunis vendredi devant le bureau de circonscription du député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, qui fut accueilli poliment.

Seul élu à avoir répondu à l’invitation du syndicat, celui-ci a ouvertement demandé à l’employeur de clarifier ses attentes. «Les dirigeants d’ABI se doivent de démontrer un désir sincère et réel de négocier et de rechercher des solutions acceptables à la fois pour l’entreprise, mais aussi pour ses travailleurs», a-t-il lancé.

Du même souffle, le représentant caquiste a aussi demandé aux leaders syndicaux de redoubler d’efforts, d’y aller avec le maximum d’énergie et d’ouverture et de faire leur part afin d’éviter que ce conflit se prolonge «encore et encore».

«Je trouve inacceptable qu’on n’ait pas commencé à voir un peu de lumière au bout du tunnel, après une année de conflit, et que les parties soient encore aussi éloignées l’une de l’autre», a-t-il décrié.

Par ailleurs, celui-ci a tenu à réitérer sa confiance envers son collègue, le ministre Jean Boulet. «C’est un gars compétent. Il travaille fort et il est déterminé. Je demande à vos dirigeants syndicaux de collaborer avec lui. On se remet tous à la tâche. On se retrousse les manches tout le monde. On va y arriver», a fait valoir M. Martel. «Parmi vous autres, j’ai des amis très près, de la famille, des connaissances. Je le sais que c’est difficile. Vous êtes de bonnes personnes et des bons travailleurs », renchérit-il.

Malgré le froid sibérien, plusieurs centaines de lockoutés se sont déplacés devant le bureau du député Donald Martel pour souligner le premier anniversaire du conflit de travail à l’Aluminerie de Bécancour.

Pour sa part, le directeur québécois des Métallos, Alain Croteau, n’a pas manqué de rappeler qu’il y a un an, les travailleurs d’ABI étaient expulsés de l’usine à 3 h du matin, «les empêchant de prendre leur douche pour se débarrasser des contaminants toxiques».

«Si ABI était obligée de payer le bloc d’électricité qui lui est réservé, elle aurait probablement adopté une autre attitude. Le gouvernement doit revoir ces contrats inéquitables qui permettent à ces compagnies de prendre en otage les travailleurs tout en refilant la facture aux contribuables», a-t-il déclaré.

«François Legault avait promis d’en faire une réelle priorité une fois au pouvoir. Il doit maintenant joindre l’acte à la parole. Les contrats d’électricité entre le gouvernement, Hydro‑Québec et les multinationales de l’aluminium déséquilibrent les rapports de force», a martelé le président de la FTQ, Daniel Boyer. «Un an, c’est long, très long, trop long», a-t-il poursuivi, parlant d’un employeur de mauvaise foi. 

Douze mois plus tard, les négociations sont toujours dans une impasse et la compagnie exige davantage de concessions qu’au début du conflit. Selon le syndicat, le premier ministre du Québec, qui avait promis en campagne électorale que le dossier du lock-out chez ABI en serait un prioritaire, «se montre aujourd’hui impuissant alors que le conflit s’éternise».

Les nombreuses tentatives de médiation se sont toutes soldées par un échec, «alors que la partie patronale lève le nez sur des tentatives de compromis et ajoute de nouvelles demandes à celles déjà formulées», fait remarquer le syndicat.

«Peu séparait les parties en janvier 2018 au moment du déclenchement du conflit. Le fossé s’est agrandi depuis et un millier de familles ont souffert toute l’année pour la gourmandise d’une multinationale. Nous avons besoin que le gouvernement sorte de sa pseudo-neutralité et rétablisse un équilibre dans les rapports de force. ABI abuse de la situation et maintient des centaines de familles dans l’insécurité, avec le silence complice du gouvernement du Québec», a ajouté Clément Masse.

Le président de la section locale 9700, Clément Masse, et le directeur québécois des Métallos, Alain Croteau.

Jusqu’à présent, Hydro-Québec et le gouvernement ont perdu près de 220 millions de dollars de revenus en raison du lock-out. Les 1030 syndiqués de l’Aluminerie de Bécancour ont été mis en lockout le 11 janvier 2018 par Alcoa et Rio Tinto. Les négociations achoppaient sur le financement du régime de retraite et le respect de l’ancienneté dans les mouvements de main-d’œuvre. 

Le président de la section locale 9490, Alexandre Fréchette, était sur place, vendredi, les Métallos de Rio Tinto, à Alma, ayant subi le même sort pendant six mois en 2012. «Ce n’est pas vrai que c’est un conflit privé. Ça prend un coup de pied de la part de nos gouvernements. On va être là le temps que ça va prendre», a-t-il promis, tout en invitant les locktoutés d’ABI à ne pas écouter Jean Simard, de l’Association de l’aluminium du Canada, qui cherche, dit-il, «à vous jouer dans la tête». 

Le grand patron de l’AAC pense que l’ABI est une usine en danger. «C’est quasiment un miracle que ce soit encore en opération parce que ce n’est pas productif», avait confié M. Simard en entrevue au Nouvelliste.

Tenu dans un froid sibérien, le rassemblement syndical s’est terminé avec un cri de ralliement des plus enthousiastes de la part des lockoutés, qui ont prononcé en choeur le slogan des Métallos: «force, solidarité, respect».