Les agressions sexuelles remontent à il y a une vingtaine d’années, alors que la victime était âgée de 15 ans.
Les agressions sexuelles remontent à il y a une vingtaine d’années, alors que la victime était âgée de 15 ans.

Un agresseur sexuel plaide coupable puis porte sa sentence en appel

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Condamné pour agression sexuelle et pour harcèlement criminel, Mario Bouchard pourra demander l’autorisation d’en appeler de sa sentence, a tranché la juge Geneviève Marcotte, de la Cour d’appel du Québec. Le Cowansvillois devra toutefois respecter plusieurs conditions en attendant l’audience prévue le 18 décembre prochain.

Le 30 juillet dernier, M. Bouchard avait été condamné à 22 mois de prison et à 150 heures de service communautaire par le juge Érick Vanchestein. Il lui était également interdit de posséder des armes à feu et il devait être inscrit au Registre des délinquants sexuels pendant 20 ans.

En attendant le verdict de l’appel, la juge Marcotte a cependant accepté de suspendre cette peine jusqu’à la fin des procédures lancées par M. Bouchard dans l’espoir d’alléger sa peine.

À son procès tenu en mai dernier, M. Bouchard, 65 ans, avait plaidé coupable de s’être livré à des agressions sexuelles envers une jeune fille de son entourage alors qu’il était en position d’autorité entre janvier 1998 et février 1999, de même qu’à un chef de harcèlement criminel pour des actes commis en 2008 et 2009 à l’endroit de la même victime.

Gestes reprochés

Les agressions sexuelles remontent à il y a une vingtaine d’années, alors que la victime était âgée de 15 ans. L’accusé s’est rendu dans sa chambre en sous-vêtement. Il s’est ensuite allongé aux côtés de la victime, dont il a caressé les seins pendant qu’elle faisait semblant de dormir. À une autre occasion, il l’aurait complimenté sur sa poitrine.

Des gestes qui se seraient reproduits fréquemment sur un an — environ une douzaine de fois — jusqu’à ce qu’elle se fasse un amoureux, a témoigné la victime.

À une autre occasion, l’accusé lui a dit qu’elle avait de beaux seins, qu’il était bien en sa compagnie et a caressé ses parties intimes par-dessus ses vêtements. Il a ensuite pris la main de sa victime pour se masturber en lui disant de regarder «l’effet qu’elle lui faisait» et en lui demandant si elle aimait ça.

Au moment de son arrestation, M. Bouchard a immédiatement reconnu avoir fait des attouchements quelques fois sur l’adolescente, tout en affirmant qu’elle n’avait qu’à lui dire d’arrêter si elle n’aimait pas ça.

«Se faire plaisir»

Quelques années plus tard, alors que la victime était âgée de 25 ans et mère de trois enfants, M. Bouchard s’est souvent rendu chez elle en lui demandant d’allaiter devant lui. Il a dit à la jeune femme qu’il était privé de sexe par sa conjointe et qu’il préférait la payer elle, plutôt qu’une escorte, pour combler ses besoins sexuels.

À une autre occasion, en 2008, le Cowansvillois est allé rejoindre sa victime en pleine nuit, lors d’un séjour à l’extérieur en compagnie d’autres personnes, pour lui montrer son pénis en érection en lui demandant de constater quel effet elle lui faisait.

L’année suivante, M. Bouchard a offert un transport à la victime pour lui permettre de faire des commissions. Au retour, il a insisté pour voir ses seins afin qu’elle lui prouve «qu’elle veut lui faire plaisir à lui aussi», en échange du service de raccompagnement. Il en a profité pour lui toucher l’entre-jambes et la poitrine, mentionnant «qu’il n’y avait rien de mal à ça et que ça faisait plaisir aux hommes».

La victime a mentionné s’être laissée faire pour que ce moment de malaise prenne fin au plus tôt. M. Bouchard, pour sa part, y a vu un consentement explicite et a nié avoir perpétré une agression sexuelle.

Néanmoins, lors du procès, il a été reconnu que M. Bouchard s’était livré à des sollicitations ayant fait craindre la victime pour sa sécurité. Ce n’est qu’en 2016 que la victime a brisé le silence à propos des agressions en se confiant à des proches qui connaissaient également Mario Bouchard.

Graves séquelles

«Le Tribunal est très conscient qu’aucune peine ne pourra complètement réparer les torts et les souffrances vécus par la victime. Il faut espérer, comme elle le souhaite, qu’à l’issue de ce long processus judiciaire, elle puisse voir la lumière au bout du tunnel où elle se trouve depuis trop longtemps», avait souligné le juge de première instance.

À la suite des événements, la jeune femme, aujourd’hui âgée de 37 ans, s’est mise à souffrir de dépression. Elle a du mal à faire confiance à autrui, a interrompu ses études et a du mal à tenir un emploi. Elle a même été jusqu’à subir une réduction mammaire parce que la fixation de M. Bouchard face à sa poitrine la dégoûtait.

«Ces gestes ont causé un préjudice émotionnel et psychologique important chez la victime. Elle se retrouve dans une position où chaque nuit pendant au moins une année, elle craint de voir surgir son agresseur, prendre place dans son lit et subir ses attouchements», a ajouté le juge Vanchestein.

Le tout est d’autant plus grave, avait-il renchéri, que Mario Bouchard se trouvait en situation d’autorité envers l’adolescente; «l’existence d’une relation de confiance peut empêcher l’enfant de dénoncer la violence sexuelle dont il est victime».

Par sa procédure d’appel, Mario Bouchard ne remet pas en question son plaidoyer de culpabilité, mais souhaite plutôt obtenir une peine plus clémente.

D’ici à la fin des procédures d’appel, M. Bouchard doit s’engager à respecter plusieurs conditions, à savoir ne pas commettre d’infraction criminelle, ne pas changer d’adresse sans obtenir l’autorisation préalable de la Cour, ne pas communiquer directement ou indirectement avec la victime alléguée et, s’il est à nouveau reconnu coupable et de se livrer aux autorités carcérales dans les 48 heures suivant ce second verdict.