L'agriculture américaine exporte beaucoup. Et le monde rural, perçu globalement comme favorable au président républicain, est depuis l'an passé une cible privilégiée non seulement de Pékin, mais encore de l'Union européenne, du Canada et du Mexique.

Trump promet des beaux jours aux agriculteurs frappés par le conflit avec Pékin

WASHINGTON — Grands vendeurs de porcs et de soja aux Chinois, les éleveurs et agriculteurs américains sont en première ligne dans la guerre commerciale du président américain. Ils sont aussi des électeurs, et à 18 mois de la présidentielle, Donald Trump cherche à les rassurer.

«Nos formidables agriculteurs patriotes seront parmi les grands bénéficiaires de ce qu'il se passe aujourd'hui», a-t-il affirmé dans un tweet au lendemain de l'annonce des représailles chinoises à la hausse des droits de douane supplémentaires américains.

L'agriculture américaine exporte beaucoup. Et le monde rural, perçu globalement comme favorable au président républicain, est depuis l'an passé une cible privilégiée non seulement de Pékin, mais encore de l'Union européenne, du Canada et du Mexique.

Pour le moment, de nombreux agriculteurs continuent de soutenir Donald Trump, «d'autres ne sont plus si sûrs que cela», a indiqué à l'AFP William Rodger, directeur de la communication du premier syndicat agricole aux États-Unis, l'American Farm Bureau Federation.

«Notre profonde conviction est que la majorité des agriculteurs soutiennent toujours le président dans la mesure où ils adhèrent à sa politique», explique-t-il.

Sid Ready, agriculteur près de Scribner dans l'État rural du Nebraska, déplore l'impact de la guerre commerciale mais «nous comprenons», dit-il.

«Je pense que les agriculteurs sont plutôt résistants et nous devons tolérer» encore cette situation, ajoute-t-il, espérant «qu'à long terme, ça va payer».

Des revenus en baisse

Bien sûr, admet William Rodger, la patience des agriculteurs a des limites d'autant que leurs revenus ne cessent de s'éroder depuis six ans en raison d'une surproduction mondiale.

Selon le ministère de l'Agriculture, les revenus du secteur sont passés d'un record de 123,4 milliards de dollars en 2013, à 92 milliards en 2014. L'an passé, ils n'étaient plus que de 63,1 milliards.

Et au moment où les agriculteurs du centre du pays s'efforcent d'émerger des inondations qui ont gravement affecté leurs récoltes et empêché certaines plantations comme le maïs, les tarifs douaniers supplémentaires ne vont probablement pas améliorer leurs revenus cette année.

La Fédération des producteurs de soja (ASA) soutient, elle aussi, «en général les objectifs de l'administration» Trump, mais elle déplore la méthode pour y parvenir.

«Frustrés»

Ses adhérents se disent «frustrés» face à l'incapacité des négociateurs américains et chinois à trouver un compromis. Ils estiment que leur capacité à poursuivre leur activité est désormais menacée alors que les exportations vers la Chine ont fondu l'an passé, représentant 3,1 milliards de dollars contre 12,3 milliards en 2017.

«Les producteurs de soja n'ont pas vocation à être les victimes collatérales d'une guerre commerciale interminable», a réagi Davie Stephens, président de l'ASA dans un communiqué, soulignant qu'il a fallu plus de 40 ans pour construire le marché du soja en Chine.

Beaucoup redoutent que les clients chinois, qui achetaient un tiers du soja américain avant le conflit, se détournent encore plus de leurs fournisseurs traditionnels américains au profit du Brésil notamment.

À mesure que le conflit dure, «il sera de plus en plus difficile de s'en remettre», opine M. Stephens.

«Nous gagnons toujours»

Certes, d'autres marchés sont susceptibles de prendre le relais, comme l'Union européenne qui a approuvé fin janvier l'importation du soja américain pour fabriquer du biocarburant. Reste que les deux tiers du soja échangés dans le monde sont destinés à la Chine.

«Espérons que la Chine nous fasse l'honneur de continuer à acheter nos formidables produits agricoles, les meilleurs», a d'ailleurs relevé Donald Trump.

Si tel n'était pas le cas, le gouvernement achètera le soja non vendu à la Chine grâce à l'argent récolté par le biais des droits de douane «massifs» payés par les importateurs, a-t-il avancé.

La semaine dernière, il avait déjà évoqué cette possibilité ajoutant que les produits achetés pourraient ensuite être distribués aux pays pauvres, faisant fi de la distorsion commerciale.

L'administration Trump envisage en outre un nouveau plan d'aide d'urgence au secteur.

Déjà en juillet 2018, elle avait débloqué 12 milliards de dollars. Les agriculteurs américains reçoivent de plus environ 20 milliards de dollars d'aides annuelles du gouvernement, par le biais de programmes divers.

Le lobby de l'industrie du porc (NPPC) s'est félicité «de la proposition d'aide du président Trump».

«Nous nous tenons prêts à travailler avec le ministère de l'Agriculture pour faciliter les exportations de porcs comme aide alimentaire», a réagi son président David Herring.

Les exportations de porc représentent aujourd'hui plus de 26 % de la production américaine dont un important volume à destination de la Chine.

«Nous gagnons toujours» les conflits, a lancé Donald Trump, minimisant la portée de la guerre commerciale : «une petite querelle».