L’ancien recteur de l’Université Laval, Denis Brière, aujourd’hui au Département des sciences du bois et de la forêt, a témoigné durant plusieurs heures.
L’ancien recteur de l’Université Laval, Denis Brière, aujourd’hui au Département des sciences du bois et de la forêt, a témoigné durant plusieurs heures.

Tribunal d’arbitrage: l’ex-recteur Denis Brière se plaint d’être tassé par la direction de l’Université Laval

Baptiste Ricard-Châtelain
Baptiste Ricard-Châtelain
Le Soleil
L’ancien recteur de l’Université Laval, Denis Brière, est en conflit avec la direction de l’établissement. Depuis son retour à la Faculté de foresterie, des supérieurs l’inciteraient à prendre sa retraite et lui mettraient des «bâtons dans les roues» dans la réalisation de ses nouveaux mandats, dénonce-t-il, disant subir une forte pression. Il est même question de harcèlement.

Lundi matin, les parties ont croisé le fer devant un arbitre; plusieurs griefs sont entendus. Le Soleil a assisté à la séance dans la cause «Arbitrage SPUL (M. Denis Brière) c. Université Laval» via une plateforme Web.

À l’écran, donc, Denis Brière, aujourd’hui au Département des sciences du bois et de la forêt, a témoigné durant plusieurs heures. Il était représenté par le Syndicat des professeurs et professeures de l’Université Laval (SPUL) qui a confié les rênes du dossier à l’avocate Mᵉ Marie-Claude Pelletier-Fillion, associée chez Poudrier Bradet.

Qu’est-ce qui ressort de l’audition? Denis Brière a l’impression qu’on veut sa tête.

Il se dit «menotté», affirme que ses budgets ont été gelés, que ses projets de recherche lui ont été retirés sans son consentement, qu’on lui impose des tâches qui ne relèvent pas de sa compétence, que des problèmes de gestion simples ont pris de telles proportions que la haute direction s’en est mêlée. Il serait harcelé.

Aussi, à la fin de son mandat à la tête de l’Université Laval, en 2017, M. Brière n’aurait pas reçu l’appui nécessaire à sa transition vers sa nouvelle carrière. Il s’est senti ignoré.

Pendant son «année de recyclage», les gestionnaires de sa faculté l’auraient d’ailleurs invité à prendre la porte : «Peut-être devriez-vous penser à prendre votre retraite.» Il s’est senti blessé : «J’ai un contrat de 6 ans.»

Bâtir des partenariats

M. Brière affirme avoir néanmoins poursuivi son travail. Ayant convenu avec ses supérieurs qu’il n’était pas là pour donner des cours — «Tu n’as pas été engagé pour enseigner», lui aurait-on dit —, l’ancien recteur se serait concentré sur le développement de partenariats avec d’autres universités et avec le monde des affaires. 

Il voulait notamment bâtir un consortium entre des universités du Québec, du Canada et de France. Cela serait la première étape vers la naissance subséquente d’une “unité mixte internationale (UMI)”, un centre de recherche international d’envergure.

Ça, c’était le plan de Denis Brière. Il a donc voyagé, établi des contacts, avec, dit-il, l’assentiment de ses patrons. Cela allait aider à positionner le département et la faculté comme pôles d’excellence, les rendre attractifs pour les meilleurs chercheurs et étudiants.

Sauf que ses relations avec ses supérieurs se sont détériorées. On lui aurait retiré des dossiers sur lesquels il détiendrait une «propriété intellectuelle»; les vice-rectrices aux ressources humaines et à la recherche seraient intervenues auprès de lui; des plaintes pour insubordination et refus de rendre des comptes auraient été présentées contre M. Brière; sa charge de travail aurait été jugée bien maigre; ses fonds de voyage auraient été annulés… Du moins, selon les dires de Denis Brière pendant son témoignage sous serment. «J’ai été coupé de tout tout tout.»

Il soutient même que son doyen qui lui aurait avoué l’objectif de cette pression : «La haute direction m’a demandé de te mener la vie dure pour que tu partes.»

Bref, Denis Brière dénonce son traitement qu’il juge inhabituel et inacceptable. 

Sa force, a-t-il souvent répété, c’est de bâtir des partenariats, d’utiliser son réseau de contacts «provincial, national et international». «Ma réputation et mon nom ne sont plus à faire internationalement.»

«Réputation en jeu»

Il déplore donc que ses activités aient été mises sur la glace. «Trois projets de recherche coupés ou transférés ailleurs. Ça, si c’est pas du harcèlement je me demande ce que c’est», balance-t-il. «C’est crève-cœur parce que j’ai passé trois ans [là-dessus]. Et ma réputation est en jeu.»

«C’est insultant, c’est décourageant», insiste-t-il. «Je pense que c’est de l’abus de pouvoir»

«C’est vraiment désolant de me faire traiter ainsi par mon institution.»

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«Il n’y a pas de conflit», selon l’Université

Malgré les dénonciations de son ancien recteur, la direction de l’Université Laval affirme qu’«il n’y a pas de conflit entre M. [Denis] Brière et l’administration universitaire». 

Même si un tribunal arbitral entend la cause. «Le recours au grief et à l’arbitrage est une procédure normale pour le traitement des différentes demandes du personnel syndiqué», nous écrit simplement le conseiller en relations médias Simon La Terreur.

Au moment de transmettre cet article, le bureau du doyen de la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique, contacté par courriel, ne nous avait pas répondu.

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«On défend nos membres», dit le syndicat

Le président du Syndicat des professeurs, Alain Viau, répond tout en retenue à notre demande de précision quant au fondement de la plainte de Denis Brière; aussi pour savoir quelle est la réparation souhaitée. «Nous, on est dans une position où on doit défendre nos professeurs, nos membres. C’est dans notre mandat. Dans des dossiers comme ça, on défend nos membres.»

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Salaire majoré et critiqué

Denis Brière a quitté la tête de l’Université Laval le 1er juin 2017, après 10 ans au sommet. Tel que négocié, il a touché son plein salaire de haut dirigeant, soit 331 000 $, durant deux ans. Sa paie passera progressivement à 90 %, puis à 75 %, durant les quatre années suivantes, s’il travaille toujours à l’Université Laval.

M. Brière est sous contrat jusqu’en 2023.

Avant d’obtenir deux mandats au rectorat, Denis Brière a été doyen de la Faculté de foresterie. Il bossait précédemment au privé, notamment à la haute direction de Produits forestiers Kruger.

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