Jay Manek (à droite) est propriétaire du Exo et travaille avec son fils Neil.

Trente ans d’Exo, de skate et de contre-culture [VIDÉO]

Mercredi midi, au comptoir de la boutique Exo nichée sur la rue Saint-Joseph dans le quartier Saint-Roch, un homme en complet-cravate achète des «trucks» pour sa planche à roulettes. Si, en 30 ans, la clientèle a vieilli, grandi, l’offre, elle, demeure impérissable.

Le 10 août dernier, la boutique célébrait son trentième anniversaire au Plaza du parc Victoria.

Exo représente bien plus que la première boutique de skate de Québec. Elle est l’une des plus vieilles entreprises du centre-ville, qui a assisté à l’évolution du quartier Saint-Roch, en plus d’entériner une sous-culture longtemps marginalisée.

Le Exotique a d’abord été inauguré en 1982 par les parents de Jay Manek, propriétaire du Exo. Sa mission : «sexe, drogue et rock and roll», lance celui qui a fait entrer les skates dans le commerce de ses parents, vers 1987. «On vendait des t-shirts de band et des articles pour fumeurs.» Des produits qui sont toujours disponibles au 260, rue Saint-Joseph Est. 

La reconversion du «Exotique» en «Exo», en 1989, aura permis à une poignée de citoyens de se lancer dans la pratique de ce sport encore assez obscur à l’époque. «On était une petite communauté de 25 à 50 personnes. C’était vraiment underground», explique Jay Manek. 

Une culture moins accessible

«Moins de gens planchaient à l’époque parce que c’était aussi plus difficile de consommer le contenu. Il fallait importer les magazines des États-Unis alors que maintenant c’est accessible sur tous les réseaux sociaux», poursuit Neil Manek, 20 ans, qui travaille au Exo depuis l’âge de 4 ans à peine. «Il montait des skates vers 3-4 ans», raconte son père, Jay Manek.

Thrasher, TransWorld, et Slap aux États-Unis, SBC Skatebord et King Skate Magazine au Canada, Exposé au Québec, le seul magazine canadien bilingue mettant en valeur le skate dans la province : ces publications, défuntes ou vivantes, auront contribué à l’éclosion de la notoriété de la planche à roulettes.

«La popularité du skate a beaucoup augmenté à la fin des années 90, à cause de la série de jeux vidéo Tony Hawk’s», fait valoir Jay Manek. «Les skateurs étaient des influenceurs, ajoute Neil Manek. Les jeunes voulaient leurs souliers, les modèles de planches dans les jeux, leurs styles…»

En 30 ans, la communauté de Québec s’est agrandie, mais les pionniers sont demeurés de fidèles clients du Exo. Ils vieillissent, mais «restent jeunes». Des parents entrent en boutique acheter la première planche de leur enfant, comme eux l’ont fait dans les années 90. 

«À l’époque, les parents étaient moins à l’aise avec la culture du skate», explique Neil Manek. Avec l’arrivée de la discipline aux Olympiques en 2020, la planche à roulettes s’intègre un peu plus dans l’idéologie du sport. La rue demeure toutefois son point d’ancrage. 

«Ça reste une contre-culture, dit Jay Manek, qui est toujours allée de pair avec la musique.»

Exo représente bien plus que la première boutique de skate de Québec. Elle est l’une des plus vieilles entreprises du centre-ville, qui a assisté à l’évolution du quartier Saint-Roch, en plus d’entériner une sous-culture longtemps marginalisée.

L’Anti 

Vers 2000 ou 2001, le propriétaire du Exo s’allie avec Karl-Emmanuel Picard. Les associés souhaitent ouvrir une salle de spectacle et un skatepark pour accueillir la communauté en mal de skate l’hiver ainsi que les groupes qui jouaient dans les salles communautaires ou excentrées. 

L’Anti est alors inaugurée sur la côte d’Abraham, une salle pour tous, sans vente d’alcool. «La ville était un peu contre le projet, raconte Jay Manek. Une salle de spectacle pour tous les âges est difficile à contrôler.» Avenged Sevenfold, Alexis On Fire, Silverstein, Underoath : tous des groupes alors underground qui se sont illustré à l’Anti jusqu’à sa fermeture, en 2009. 

Puis, vers 2013, le skatepark a rouvert ses portes et, deux ans plus tard, L’Anti Bar & Spectacles est inauguré sur la rue Dorchester. Le quatrième anniversaire de l’endroit et les 10 ans de la fermeture de l’Anti «1.0» seront d’ailleurs célébrés du 21 au 24 août. 

Clientèle ultra-fidèle

«Malgré les tendances, on a toujours vendu la même marchandise et on a toujours supporté les mêmes causes», indique Neil Manek. La philosophie du Exo est la même depuis les trois dernières décennies : le skate, la musique et redonner à sa clientèle. 

Et grâce à cette clientèle ultra-fidèle, le commerce indépendant a réussi à traverser les années, et les tendances.

Les Manek ne s’en cachent pas, le commerce de détail est en déclin. Il y a cinq ans, 30 employés composaient l’équipe du Exo. Aujourd’hui, ils ne sont plus qu’une douzaine.

«Tout est à la portée des consommateurs», font-ils valoir. 

Ils croient toutefois que leurs clients commencent à constater l’importance de soutenir les commerces indépendants, qui offrent un certain service. «Des jeunes achètent des planches sur Internet et viennent la faire monter au Exo», illustre Neil Manek.

«Aller acheter des souliers aux Galeries de la Capitale, ça n’amène pas des événements locaux», laisse-t-il tomber.

Prochaine étape? Un nouveau site sur mesure et adapté au mobile. Et la mission, «elle va rester la même», assurent-ils.

Le Exotique a d’abord été inauguré en 1982 par les parents de Jay Manek, propriétaire du Exo. «On vendait des t-shirts de band et des articles pour fumeurs.» Des produits qui sont toujours disponibles au 260, rue Saint-Joseph Est.

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PLUS D'AIRES DE PLANCHE À ROULETTES

Si le Exo est connu à l’international par la communauté de skateboarders, la ville de Québec, elle, ne se démarque pas dans la discipline.

«La Ville a toujours eu un manque de confiance envers nous pour faire des événements. On dirait que les autorités voient le skate comme un méfait lorsque les jeunes en font dans la rue», explique Neil Manek.

Excepté le skatepark extérieur au parc Victoria, et celui intérieur de la rue Dorchester, les adeptes n’ont pas d’autre endroit pour exercer la planche à roulettes. Il manque un endroit où pratiquer le sport à l’extérieur en haute-ville, ainsi qu’une seconde aire de planche à roulettes intérieure, selon Neil Manek. 

Il croit toutefois que c’est à la Ville de gérer ce genre d’établissement. «Quand c’est une entreprise privée qui gère, ça ne fonctionne pas, poursuit le responsable de la boutique Exo. Le système coûte trop cher.» Alors que la plupart des planchistes sont des jeunes qui n’ont pas beaucoup d’argent, ils ne pourraient se payer un droit d’entrée, selon lui.