Train à grande fréquence: 71,1 millions $ pour une étude plus poussée

TROIS-RIVIÈRES — En apercevant la locomotive de Via Rail sur la voie ferrée de l’ancienne gare, plusieurs rêvaient à l’annonce tant attendue du fameux train à grande fréquence (TGF) à Trois-Rivières. Or, c’est plutôt une autre étape vers sa réalisation qui fut annoncée en grande pompe mardi, soit un investissement de 71,1 millions de dollars pour financer un examen plus approfondi de ce projet dans le corridor Québec-Toronto.

«C’est une phase extrêmement critique et le temps est venu de passer à cette prochaine phase critique de ce grand projet», a déclaré le ministre des Transports, Marc Garneau. Du même souffle, en raison des milliards de dollars en jeu, il a parlé de l’importance de «faire nos devoirs pour prendre une décision finale éclairée car l’argent ne pousse pas dans les arbres». 

À elle seule, la Banque de l’Infrastructure du Canada y consacre une somme de 55 millions de dollars. Complété par le gouvernement fédéral, le financement servira à établir une équipe de projet conjointe et à financer des travaux visant à préserver l’option de l’interfonctionnement avec les fournisseurs régionaux de transport en commun à Montréal et à Toronto.

Cela comprend des travaux sur les voies ferrées dans le tunnel du Mont-Royal, à Montréal, pour permettre aux trains lourds de VIA Rail Canada de circuler sur ce segment crucial du système de train léger du réseau express métropolitain (REM). Cette phase importante des travaux préliminaires doit être entreprise pour que les réseaux ferroviaires différents puissent se complémenter si le train à grande fréquence venait à voir le jour.

Finaliser les travaux juridiques et réglementaires liés aux évaluations de la sécurité et de l’environnement, consulter les intervenants et les communautés autochtones, examiner l’acquisition des terrains et des voies ferrées nécessaires et réaliser l’analyse technique, financière et commerciale nécessaire à la décision d’investissement finale d’un train à grande fréquence dans le corridor: voilà le travail qui sera réalisé d’ici les 18 à 24 mois.

«Comme c’est le cas pour tout projet d’infrastructure à grande échelle, l’adoption d’une approche progressive garantira une rigueur suffisante avant que le gouvernement du Canada ne puisse prendre une décision d’investissement finale à l’égard de la proposition de VIA Rail Canada. Ces travaux exploratoires constituent la prochaine étape responsable et exigeront l’apport d’experts de la Banque de l’infrastructure du Canada et de VIA Rail Canada, ainsi que de conseillers externes», a-t-on précisé en conférence de presse.

On a aussi fait valoir «qu’un réseau ferroviaire de voyageurs modernisé doté d’une voie réservée améliorerait considérablement la circulation des personnes dans les régions les plus densément peuplées du Canada et dans le corridor de transport le plus achalandé, de Québec à Toronto».

«Un récent sondage du marché a révélé qu’il y a beaucoup d’intérêt sur le marché à l’égard de la proposition de VIA Rail Canada concernant le train à grande fréquence. Le gouvernement du Canada procède donc par étape pour s’assurer que les bonnes conditions sont mises en place afin d’obtenir le plus de succès possible et d’encourager la participation du secteur privé», a-t-on ajouté.

Dans l’ordre habituel, on aperçoit le ministre des Transports, Marc Garneau, le ministre de l’Infrastructure et des Collectivités, François-Philippe Champagne, le président et chef de la direction de la Banque de l’Infrastructure du Canada, Pierre Lavallée, et la présidente et chef de la direction de Via Rail Canada, Cynthia Garneau.

Pour le ministre de l’Infrastructure et des Collectivités, François-Philippe Champagne, il s’agit «d’une très grande annonce qui va marquer le temps», comme ce fut le cas la veille avec l’ouverture du nouveau pont Samuel-de-Champlain. «Il n’y a pas de grands projets sans un bureau de projet», a-t-il souligné pour décrire cette «étape essentielle».

Selon lui, «les astres commencent à s’aligner» avec cet investissement de la Banque de l’Infrastructure du Canada qui est la troisième en importance de son histoire. «En trois ans, on a avancé plus qu’en trois décennies», s’est plu à indiquer le député de Saint-Maurice-Champlain.

Pour sa part, le président et chef de la direction de la Banque de l’infrastructure du Canada, Pierre Lavallée, a expliqué que son organisation allait apporter son expertise spécialisée en infrastructure et du financement novateur pour soutenir le travail de planification et de préparation à l’approvisionnement au cours des deux prochaines années.

«Le train à grande fréquence fait partie de la transformation que VIA Rail Canada prend en vue d’offrir un service ferroviaire voyageurs plus moderne et d’améliorer les liaisons, la durabilité et la mobilité au Canada. Une augmentation soutenue de l’achalandage depuis 2014 constitue la pierre d’assise de notre proposition de projet de train à grande fréquence. Nous sommes enthousiastes à l’idée de travailler avec la Banque de l’infrastructure du Canada à cette importante étape dans l’amélioration du service ferroviaire voyageurs qui bénéficiera à l’ensemble des Canadiens», a affirmé la présidente et chef de la direction de Via Rail Canada, Cynthia Garneau.

Il faut dire que le marché du corridor Québec-Toronto représente le plus grand potentiel pour les services ferroviaires voyageurs interurbains au Canada. Environ 72 % des voyageurs de VIA Rail Canada ont emprunté ce corridor en 2018, ce qui représente 66 % des revenus du réseau.

Finalement, Mme Garneau a avoué que l’ancienne gare de Trois-Rivières allait faire partie des discussions pour recevoir l’éventuel TGF, ne cachant pas son coup de cœur pour l’endroit. «Et le tracé sera un miroir au tracé existant sur la rive sud», a-t-elle conclu.