Des amoncellements de matières recyclables, comme du papier, du carton, du plastique, jonchaient le sol à l’intérieur du centre de tri en janvier dernier.

Tout le recyclage de Récupération 2000 au dépotoir

Les matières recyclables entassées dans la cour arrière de Récupération 2000 à Cowansville et dans son centre de tri n’ont finalement pas été valorisées. Le nouveau propriétaire de l’entreprise a décidé de presque tout envoyer à l’enfouissement le mois dernier. Le site de Waste Management à Saint-Nicéphore, près de Drummondville, aurait accueilli ces matières.

Ces matières recyclables provenaient de la collecte sélective de 11 municipalités de la MRC Brome-Missisquoi faisant affaire avec Récupération 2000, dont Bedford, Cowansville, Farnham, Lac-Brome et Sutton, avant que l’entreprise ne fasse faillite en août dernier.

Des matières recyclables auraient également pu provenir des conteneurs que l’entreprise louait à la MRC Brome-Missisquoi pour ses six écocentres (Bromont, Cowansville, Bedford, Farnham, Lac-Brome et Sutton) ainsi qu’à des firmes de construction et à des particuliers.

Hormis des palettes de bois, des résidus de ciment et des pneus, toutes les matières laissées sur le terrain de 1,23 hectare ont été retirées, a constaté La Voix de l’Est mardi.

Tous les camions de collecte ainsi que les autres équipements ont également été retirés du site. Il ne reste qu’une déchiqueteuse industrielle pour transformer les palettes de bois en copeaux. Il s’agit d’une matière recherchée pour servir de biomasse dans des serres ou des papetières.

La cour arrière de Récupération 2000 était remplie en janvier de toutes sortes de matières recyclables telles des palettes de bois, du métal, du plastique, des morceaux de ciment ainsi que d’autres matières comme des pneus.

La cour arrière de Récupération 2000 renfermait 15 000 tonnes métriques de matières, estimait un expert consulté par La Presse+ en novembre. Le syndic de Price Waterhouse Coopers (PWC) responsable du dossier de faillite, Claudio Filippone, affirmait de son côté que c’était plutôt de 4000 à 5000 tonnes métriques.

Le nouveau propriétaire de Récupération 2000 est Valotri. La compagnie, créée le 7 février 2019 et dont le seul actionnaire est Jean-Philippe Brissette, a conclu une transaction de 1,2 million de dollars le 19 février dernier pour acquérir les actifs restants de Récupération 2000, soit son terrain, ses bâtiments et ses équipements de tri. PWC discutait avec M. Brissette depuis l’automne.

Lors de notre passage mardi, toutes les matières recyclables, hormis les palettes de bois et les morceaux de ciment, avaient été retirées du site.

Les matières recyclables de Récupération 2000 auraient pu se retrouver au site d’enfouissement de la Régie intermunicipale de gestion des matières résiduelles de Brome-Missisquoi (RIGMRBR). En décembre, un représentant de Démolition Panzini, où M. Brissette assure la fonction de directeur général, a contacté la Régie pour s’enquérir du prix d’enfouissement, a indiqué David Rumsby, directeur général de la RIGMRBR.

Il l’a informé que la Régie facture 57,90 $ la tonne métrique pour l’enfouissement, ce à quoi il faut ajouter une redevance de 23,07 $ la tonne et les taxes, a-t-il énuméré.

Le choix d’enfouir à la Régie était logique. Le site ne se trouve qu’à 3,4 km de Récupération 2000. Les coûts de transport seraient moins élevés que de transporter les matières ailleurs, souligne M. Rumsby.

Meilleur tarif ailleurs

Valotri a toutefois trouvé un meilleur tarif ailleurs, se réjouit Pierre Janecek. Le maire de Dunham, dont la municipalité est copropriétaire de la Régie, aurait été déçu si les matières recyclables de Récupération 2000 avaient été enfouies au site de la RIGMRBR.

« On n’en voulait pas. C’était toutes sortes de choses recyclables. C’est vraiment dommage qu’ils ne les aient pas triées pour les valoriser », a-t-il dit lorsque joint vendredi.

M. Janecek est d’avis qu’un site d’enfouissement privé a fait une offre incroyable à Valotri pour accepter les matières dont elle voulait se débarrasser.

« Ça coûte 100 $ l’heure faire fonctionner un camion-remorque. En plus, il faut payer le tonnage à l’enfouissement et les redevances. Faites le calcul. C’est certain qu’ils ont eu une offre ridicule, bien en bas de ce qu’on voit sur le marché. »

Le site de Waste Management à Saint-Nicéphore, situé à 94,2 km de Récupération 2000, aurait accueilli les matières recyclables, nous apprend une source dans cette industrie.

On ignore le tonnage de matières recyclables qui a quitté le centre de tri de Récupération 2000 pour être enfoui. Deux sources ont invoqué 800 tonnes métriques. Récupération 2000 traitait annuellement entre 5000 et 6000 tonnes métriques de matières recyclables.

En entrevue le 28 janvier, M. Filippone avait indiqué que les matières recyclables sur le site et dans le centre de tri allaient être valorisées. Les maires de Cowansville et de Farnham avaient formulé le même souhait.

M. Brissette n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue jeudi.

PAS DE NOUVELLES DU PROPRIÉTAIRE

Les autorités municipales de Cowansville n’ont pas encore parlé avec le nouveau propriétaire de Récupération 2000. Ils ignorent tout de ses intentions concernant les installations de l’entreprise, reconnaît la mairesse de la municipalité, Sylvie Beauregard.

« On n’a pas eu de contact avec lui, non. On essaie, mais on n’a pas encore réussi », a-t-elle indiqué vendredi.

Mme Beauregard s’est dite désolée que les matières recyclables aient été enfouies. Elle a qualifié la « situation d’incontrôlable ». « C’est dommage. Très dommage. Mais on a fait ce qu’on a pu », assure-t-elle.

Le fait que les matières recyclables provenant des collectes sélectives municipales se retrouvent enfouies ne découragera pas les citoyens de poursuivre leurs efforts de recyclage, soutient Mme Beauregard. « Je ne pense pas que les gens vont arrêter. Ce n’est pas ce que l’on entend. »

Son collègue de Dunham, le maire Pierre Janecek, est moins catégorique. « Ça peut créer un bris de confiance. On encourage les gens à recycler et là, ils voient que ça s’en va à l’enfouissement. C’est dommage. Mais, c’est le passé. On tourne la page », a-t-il dit.