Le cas d’une infirmière suspendue pour avoir refusé de faire du temps supplémentaire parce qu’elle jugeait qu’elle aurait mis en danger ses patients a été soulevé par la CAQ lors de la période des questions.

Temps supplémentaire obligatoire: la CAQ demande l'heure juste

La Coalition Avenir Québec (CAQ) demande au ministre de la Santé, Gaétan Barrette, de rappeler clairement à tous les établissements de santé et aux infirmières du Québec que le temps supplémentaire n’est pas obligatoire si celles-ci jugent qu’elles sont inaptes à en faire.

Le député François Paradis a rappelé pendant la période de questions de l’Assemblée nationale le cas de Johanne Leclerc, cette infirmière auxiliaire de l’Hôpital de Sorel qui a été suspendue par son employeur après avoir refusé de faire du temps supplémentaire obligatoire, jugeant qu’elle n’était plus capable de continuer et qu’elle aurait mis en danger la sécurité des patients. 

«L’Ordre des infirmières a rappelé hier [mercredi] que, selon le Code de déontologie, le temps supplémentaire n’est pas obligatoire lorsqu’une infirmière juge qu’elle est inapte. Est-ce que le ministre de la Santé […] pourrait rappeler clairement à tous les établissements de santé et aux 74 000 infirmières du Québec que le temps supplémentaire n’est pas obligatoire?» a demandé le député de Lévis.

Le ministre Barrette a réitéré que son gouvernement était «en mouvement présentement pour trouver des solutions et corriger la situation». 

Il a du reste eu cette réponse: «Je pense que l’enjeu aujourd’hui est que le message soit clair, qu’il ne soit pas simplement perçu comme étant clair, mais bien vécu comme étant clair à propos de la nécessité et du fait que nous allons vraiment dans la bonne direction. C’est la chose aujourd’hui qui est nécessaire. On ne peut pas faire abstraction qu’aujourd’hui, demain et après-demain il y aura, à 4h, à minuit, à 8h, des patients dans notre réseau dont il faut prendre soin. Il y a des patients, là, à tous les jours, et il y a des décisions difficiles pour les gestionnaires et difficiles pour le personnel sur le terrain.»

En entrevue au Soleil, mercredi, la présidente de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), Lucie Tremblay, a rappelé que le Code de déontologie ne pouvait pas être utilisé pour contraindre les infirmières à faire du temps supplémentaire et qu’il revenait aux établissements de mieux planifier les horaires de travail.

L’OIIQ vient d’ailleurs de publier un avis sur son site internet dans lequel il souligne que «l’infirmière est la seule personne qui peut évaluer sa capacité à exercer», et que son devoir d’«assurer la continuité des soins» ne signifie pas pour autant qu’elle doive «assurer sa propre relève».

«L’employeur ne doit pas utiliser le Code de déontologie pour gérer une situation de manque de ressources ni pour exercer de la pression auprès des infirmières. À l’inverse, les infirmières ne doivent pas utiliser le Code de déontologie comme moyen de pression pour signifier leur refus de principe de faire des heures supplémentaires obligatoires ou pour cautionner un geste collectif concerté», ajoute l’Ordre professionnel.

Suspension «déplorable», dit Couillard

Le premier ministre Philippe Couillard trouve déplorable qu’une infirmière auxiliaire de l’Hôtel-Dieu de Sorel ait été suspendue par son employeur pour avoir refusé de faire des heures supplémentaires.

Plus tôt cette semaine, le cas de Johanne Leclerc a été partagé sur les réseaux sociaux, après qu’elle se fut plainte d’avoir été suspendue pendant une journée, sans salaire, pour avoir refusé de rester pour faire un quart de travail de jour, après avoir terminé son quart de nuit.

«On le regrette», a simplement commenté le premier ministre Couillard, lorsqu’il a été interrogé à ce sujet, jeudi à Montréal, après qu’il eut donné une conférence de presse sur le Réseau express métropolitain.

«Je veux régler le problème. Je sais très bien que c’est très dur, que ce n’est pas acceptable», a-t-il opiné, en rappelant que souvent, ces travailleuses ont également des responsabilités familiales, en plus d’être épuisées.

Il a réitéré sa volonté de régler le problème des heures supplémentaires obligatoires, qui nuisent à la qualité de vie des infirmières. Ce phénomène empêche même des infirmières de postuler lorsqu’un poste vacant est affiché, parce qu’elles ne veulent pas être contraintes de faire des heures supplémentaires.

Il a toutefois adressé un message bien senti aux directions d’établissements de santé, affirmant que le gouvernement et le ministère de la Santé et des Services sociaux ne sont pas les seuls responsables de la situation.

«Il y a des dirigeants d’établissements qui doivent prendre leurs responsabilités. Comment ça se fait que des grands hôpitaux de la région de Montréal sont capables, avec le ministre, le même gouvernement et les mêmes budgets, de presque éliminer le temps supplémentaire obligatoire et d’autres, apparemment, ne le sont pas. Où est le problème? Alors, le problème n’est pas nécessairement uniquement du côté gouvernemental; il est au niveau de la gestion des établissements», a dit le premier ministre.

D’ailleurs, une entente sur la question des heures supplémentaires vient justement d’intervenir au Saguenay-Lac Saint-Jean entre le syndicat local, affilié à la FIQ (Fédération interprofessionnelle de la santé), et le CIUSSS (Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux).

«Nos infirmières et nos infirmières auxiliaires seront cédulées à temps complet sur les unités de soins; elles seront rehaussées à temps complet jusqu’au mois d’octobre», s’est réjouie Julie Bouchard, la présidente du syndicat local. Avec la Presse canadienne