Témoignages sur la violence sexuelle à l'Université Laval

Au-delà des chiffres, la violence sexuelle subie par les étudiants et les employés de l’Université Laval est vécue par des personnes en chair et en os. Le Soleil vous présente ici plusieurs témoignages recueillis par les chercheurs indépendants qui ont mené une enquête dont le rapport a été dévoilé mardi.

Les témoignages sont classés selon le type de violence sexuelle. 

Harcèlement sexuel: comportements verbaux et non verbaux qui ne visent pas la coopération sexuelle, mais qui se traduisent par des attitudes insultantes, hostiles et dégradantes.

«C’était mon directeur de thèse et j’étais jeune. Il savait que j’étais en couple, mais me demandait souvent de rester plus tard au travail pour être avec lui. Il a commencé par des allusions à connotation sexuelle par courriel pour ensuite m’inviter à des congrès. J’ai ressenti énormément de pression afin de céder à ses avances. Je l’admirais beaucoup. D’une certaine façon, j’étais flattée qu’il s’intéresse à moi. Je ne savais pas trop comment je devais me conduire. […] J’ai délaissé mes études de doctorat.»

«Le harcèlement que j’ai vécu sur le campus universitaire allait du compliment déplacé, aux regards trop insistants en passant par les approches ridicules du style “Je vois que tu t’es faite belle pour nous”, “Ça te dirait que je t’enlève tout ça? T’as pas l’air à l’aise”. Avec le temps, j’ai appris à répondre à ces petits malins ou à me taire quand ça frôle vraiment l’indécence.»

« Dans un contexte de travail, des commentaires de collègues féminines sur mon apparence physique du genre: -beau petit cul dans tes pantalons -des belles fesses bombées -etc... Ces commentaires se trouvent à la limite du compliment et du harcèlement sexuel.»

« Un étudiant, au doctorat, et aussi chargé de cours, a eu plusieurs échanges avec des filles du programme, via Internet. Il commence avec des commentaires directement sexuels, et envoie des photos de son pénis, sans qu'on l'ait demandé. J'ai, personnellement, toujours peur d'ouvrir mes messages et d'y voir ce que je n'ai pas demandé. Nous avons commencé à nous en parler entre filles après un moment et on a réalisé que presque toutes avions reçu des commentaires et images du genre de sa part, mais n'avons pas porté.»

« Quand je circule dans les souterrains ou sur le campus, plusieurs hommes me regardent de la tête aux pieds. Je tente de les ignorer le plus possible, mais cela est tannant et gênant. J'aimerais me rendre du point A au point B sans me sentir mal à l'aise. »

Comportements sexuels non désirés: comportements verbaux et non verbaux offensants, non désirés et non réciproques qui incluent la tentative de viol et l’agression sexuelle.

«Une fois dans le véhicule, il a commencé à me faire des avances. Je ne voulais pas, et je lui ai dit d’arrêter, mais il ne me prenait pas au sérieux, il avait l’air de croire que je ne pouvais pas dire non. Il m’a déshabillée, il tenait mes bras. Je répétais que je ne voulais pas mais il est quand même passé à l’acte. J’ai figé et il y a eu un rapport sexuel complet. Le tout s’est passé dans le stationnement. Le lendemain j’avais honte, j’avais des bleus sur les bras, les seins et même la tête. Je n’ai jamais porté plainte.»

«J’ai été violée par un “ami” dans ma chambre en résidence et il m’a harcelée pendant longtemps après l’événement, soit en personne dans les pavillons académiques de l’université, soit sur Internet.»

«Cela s’est produit au PEPS. Je ne peux savoir si la personne était affiliée à l’université. J’étais en train de prendre ma douche dans le vestiaire, les yeux fermés pour rincer le shampoing, quand quelqu’un a touché mes parties génitales. J’ai vite frappé le bras de l’homme et je suis parti rapidement de l’endroit.»

«J’ai travaillé pour un patron “collant” avec mains baladeuses. Les comportements étaient présents aussi avec d’autres femmes. C’était inapproprié, mais vaguement “toléré”. La situation n’a pas duré trop longtemps, car j’ai changé d’équipe.»

« À la fin du party, il voulait m'inviter chez lui car il me disait que je n'étais pas en état pour retourner chez moi. Arrivée chez lui, il m'a dirigée directement vers sa chambre, pour me déshabiller. Je ne voulais pas [...]. Finalement, j'ai cédé. Par contre, le rapport faisait extrêmement mal. J'ai tout de suite demandé d'arrêter, mais il était dans un élan qu'il ne pouvait arrêter. Je lui ai demandé plusieurs fois sans succès. Il s'est finalement endormi, et je suis partie chez moi, sous le choc complètement. Me dirigeant vers la salle de bain, j'ai remarqué qu'il y avait du sang partout. J'ai été traumatisée. Je n'étais plus capable de le voir de face. J'avais honte de moi-même. Je n'étais plus capable de dormir, d'étudier. Je ne pensais qu'à ce moment de pure honte. »

« J'ai ignoré nombre d'allusions, d'avances, ce qui, pour une étudiante qui cherche à se faire un réseau de contacts, n'est pas une mince affaire. (À qui demander mes lettres de références pour les bourses? les postes?) Jamais de passages à l'acte ou de menaces, proprement dites, mais une culture, un climat dans lequel il allait de soi que les professeurs couchent avec leurs étudiantes. Et de fait, ce climat incitait plusieurs étudiantes à faire les premiers pas dans l'espoir d'obtenir ainsi une forme de reconnaissance. Ce n'était pas mon cas. Lors de ma première année de maîtrise, il n'y a pas eu un lancement, un colloque, une soirée, une causerie d'où je ne suis pas partie sans avoir dit "non" à un professeur. Alors j'ai évité toute activité de socialisation pour ne pas en augmenter le nombre de "refusés" parmi les professeurs de ma connaissance. A posteriori, je me dis que je me suis comportée comme une victime d'agression sans l'avoir été. Et je vois que ce climat a grandement favorisé la carrière des garçons qui, eux, aveugles à la situation, ont pu réseauter à leur guise, créer des alliances, avancer, progresser sans se mettre à dos et sans blesser l'ego mâle de leurs supérieurs. »

Coercition sexuelle: chantage en retour de considérations futures reliées à l’emploi ou en milieu scolaire.

«Des profs qui vous convoquent dans leur bureau et qui ferment la porte derrière vous en vous sautant carrément dessus pour vous embrasser et vous taponner. Certains vous offrent même de l’argent, des notes A+ si vous “baissez” vos petites culottes et leurs justifications  : “Vous ne serez pas la première ni la dernière à le faire”.»

«Ces situations m’ont causé bien des soucis, tant psychologiques que physiques. Aux yeux des deux hommes dont il est question, c’est moi qui suis responsable et c’est inadmissible. On a beaucoup de chemin à faire pour changer les perceptions...»

«Un étudiant voulait obtenir un B dans mon cours et du coup il voulait fermer la porte. J’ai consenti en pensant qu’il voulait me dire quelque chose de privé, mais, il m’a indiqué de façon pas discrète qu’il était «disponible à faire n’importe quoi en échange pour sa note préférée». J’étais étonné et je lui ai demandé d’ouvrir la porte toute suite. J’ai refusé carrément.»

MÉTHODOLOGIE

L’enquête, réalisée de façon indépendante, a été menée à partir de 1963 questionnaires détaillés remplis en ligne. Vu la méthodologie, les résultats ne peuvent pas être extrapolés à l’ensemble des étudiants du campus. La recherche inclut aussi un volet qualitatif, duquel proviennent ses témoignages.