Michel Laplante avait appris la décision du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, d’interdire la reprise du sport scolaire et la pratique sportive des programmes sport-études si les groupes-classes n’étaient pas respectés avant que celle-ci ne soit rendue publique, jeudi.
Michel Laplante avait appris la décision du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, d’interdire la reprise du sport scolaire et la pratique sportive des programmes sport-études si les groupes-classes n’étaient pas respectés avant que celle-ci ne soit rendue publique, jeudi.

Sport étudiant: le citoyen Laplante à la défense de la jeunesse

Carl Tardif
Carl Tardif
Le Soleil
Positif, posé, souriant, Michel Laplante n’a pas l’habitude des sautes d’humeur. Mais devant l’incohérence des derniers jours, il pouvait difficilement se retenir. Membre du conseil d’administration du programme sport-études de baseball des Canonniers de Québec, le président des Capitales n’en revient pas encore du sort réservé à la jeunesse québécoise.

«Il faudra prendre des décisions éclairées, car à long terme, le virus de l’incohérence envers nos jeunes pourrait avoir un impact plus nocif que celui de la COVID», pense le citoyen Laplante.

Laplante avait appris la décision du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, d’interdire la reprise du sport scolaire et la pratique sportive des programmes sport-études si les groupes-classes n’étaient pas respectés avant que celle-ci ne soit rendue publique, jeudi. Il a espéré, en vain, que le ministre n’en arrive pas là, qu’il finirait par accepter les arguments de ceux qui essayaient de le convaincre de modifier sa position. Il s’est réjoui de l’intervention du premier ministre, dès le lendemain, pour réduire ce délai de moitié et que le reprise du sport étudiant soit permise à compter du 14 septembre, «si tout se passe bien.»

À LIRE AUSSI: Reprises des activités sportives et artistiques à l'école le 14 septembre

À LIRE AUSSI: Sport étudiant: des réactions entre la déception et le soulagement

«Il a coupé la poire en deux, mais on dirait que chaque fois, il doit réajuster le tir. Ça me désole que le ministre de l’Éducation ne soit pas capable de travailler en amont. Pendant la pandémie, les profits de sociétés de jeux vidéo ont augmenté de plus de 400%. Après ça, essayez donc de décoller les jeunes de leur écran…»

Au-delà de son titre et de son rôle de figure de proue du baseball dans la région de Québec, c’est l’homme qui parle, le père de famille, celui qui fera toujours passer l’activité physique et les saines habitudes de vie avant le sport qu’il lui procure son gagne-pain.

«Je comprends que l’on demande aux jeunes de patienter un peu et de faire preuve de résilience. Mais en même temps, on permet que les gens fassent la file devant la SAQ, la SQDC et qu’ils aillent dans des casinos. Selon moi, c’est le pire message de l’histoire qu’une société puisse véhiculer», estime celui qui aimerait que le message lancé aux jeunes en soit un avec une vision à long terme.

«Lorsqu’on évaluera la performance de notre société lors de cette pandémie dans cinq ou six ans, le nombre de décès et de personnes infectées ne sera pas le seul indicateur. Nos adolescents d’aujourd’hui seront nos professeurs, entrepreneurs, informaticiens et médecins de demain, on aura besoin de leur énergie, de leur santé, et surtout, de leur désir de vouloir bâtir une meilleure société. Voilà pourquoi le message qu’on leur transmet à long terme est tout aussi important que les gestes réactionnels que l’on prend présentement pour mener à des résultats à court terme», suggérait-il.

Laplante est impliqué dans le baseball, il a déjà appuyé le programme sport-études de tennis, mais il tiendrait le même discours s’il le faisait dans un autre de musique parce que l’activité physique est un remède universel.


« Il a coupé la poire en deux, mais on dirait que chaque fois, il doit réajuster le tir. Ça me désole que le ministre de l’Éducation ne soit pas capable de travailler en amont. Pendant la pandémie, les profits de sociétés de jeux vidéo ont augmenté de plus de 400%. Après ça, essayez donc de décoller les jeunes de leur écran… »
Michel Laplante

«Moi, j’ai dit à mes enfants pendant des années qu’il fallait manger des carottes, qu’une banane par jour leur permet de se développer physiquement, etc., qu’ils étaient plus musclés après une marche ou une randonnée en vélo. Je dirais la même chose à celui qui joue de la batterie, je lui ferais croire que les drummers des meilleurs groupes musicaux au monde se nourrissent bien, s’entraînent quotidiennement, courent trois fois par semaine. Là, on leur laisse entendre qu’acheter de la boisson, du cannabis ou parier dans des machines à sous est plus important et que le sport étudiant n’est pas essentiel, je trouve ça aberrant.»

Selon lui, en même temps que le ministre de l’Éducation annonçait la suspension des activités du sport étudiant et des sports-études, il aurait dû compenser cette perte par l’ajout d’une heure d’activité physique par jour au cours du prochain mois. Ainsi, la pilule aurait passé plus facilement, pense-t-il.

«Ce n’est pas l’unique raison, mais les programmes sportifs dans les écoles ont été développés à cause de l’inertie des gouvernements au fil des ans à ajouter des cours d’éducation physique à l’école. Alors les parents ont accepté de payer pour offrir cela à leurs enfants, et même s’ils paient de leur poche, on dit que ce n’est pas une priorité. On interdit la pratique des sports, comme on mettait des agents de sécurité devant des résidences de personnes âgées pour ne pas qu’elles puissent aller marcher alors que les médecins à qui je parle me disent tous que la meilleure prescription est de rester actif, de bouger. Il y a une incohérence dans le message qu’on envoie, présentement.»