Le palais de justice de Québec

Son rêve d’immigration prend la forme d’un cauchemar conjugal

Fatima* a quitté sa vie en Algérie pour suivre son mari au Québec. Son rêve d’immigration s’est transformé en cauchemar de violence conjugale.

La jeune femme de 26 ans, diplômée universitaire, rencontre Samir*, un ingénieur de 31 ans, en 2016. Ils se marient quelques mois plus tard alors que l’homme est déjà installé au Québec. Samir devient le parrain d’immigration de sa femme et entame les démarches pour la faire venir au Canada.

Fatima rejoint son mari à Québec en novembre 2017. Les premiers gestes de violence commenceront deux mois plus tard.

Samir dénigre son épouse constamment. «Va te tuer, tu ne sers à rien, tu ne ressembles à rien, crache l’homme, plein de hargne. Personne n’a voulu de toi à part moi.»

La violence verbale se fait aussi physique. En l’espace de quatre mois, Samir frappe sa femme sur la cuisse, lui donne un coup de poing sur l’œil, tente de l’étrangler, la gifle et fait mine de l’écraser avec son pied.

Après les premiers coups, Fatima se présente à l’hôpital en répétant le scénario élaboré par son époux; elle est tombée dans l’escalier.

Mais après avoir essuyé une raclée qui lui causera une commotion cérébrale, la jeune femme profite de l’absence de son mari pour fuir à l’hôpital. 

Rapidement, elle trouve une maison d’hébergement pour femmes battues et dénonce son mari.

Samir est arrêté, mais restera en liberté durant les procédures.

Le mari fera un voyage en Algérie pour convaincre sa belle-famille de l’aider à retrouver son épouse. En vain.

Filature

À son retour, il décide de prendre sa femme en filature pour tenter de trouver où elle demeure. À trois reprises, il va être surpris en train d’épier sa victime, au point où elle doit être relocalisée dans une autre maison.

L’homme a été incarcéré par la suite pour protéger la victime.

Au procès, Fatima témoignera contre son mari derrière un paravent. Son cœur est toujours envahi par la peur.

Samir a reconnu certains gestes et a été déclaré coupable d’autres épisodes de voies de fait.

Le procureur de la Couronne Me Alexandre Valiquette-Boyer réclamait une peine de détention de 18 mois pour punir l’homme, sans antécédent judiciaire, mais avec un fort risque de récidive.

L’avocat de défense Me Christian Bélanger proposait de l’emprisonnement avec sursis ou une peine de détention de moins de six mois, afin que le statut de résident permanent de son client ne soit pas mis en péril.

Peine de 15 mois

Le juge René de la Sablonnière de la Cour du Québec a choisi d’imposer à Samir une peine de 15 mois, de laquelle il reste 10 mois et demi à purger. En plus de la violence physique, Samir a commis un grave abus de confiance en raison de la dépendance de sa victime, isolée dans son pays d’adoption. «Il devait l’aider à faire sa place au Canada et il lui a plutôt fait du mal», souligne le juge de la Sablonnière.

Après sa peine, Samir sera en probation durant trois ans. Il lui sera interdit de communiquer avec Fatima ou avec les membres de sa famille en Algérie.

* Prénoms fictifs