Le président de la Société du pont sur le Saguenay, Marc Gilbert, estime que le cafouillage dans le dossier du F.-A.-Gauthier est loin d’être le seul élément qui fait défaut à la Société des traversiers du Québec.

Société des traversiers: un «électron libre» dont il faut revoir la gouvernance

BAIE-COMEAU — Pour la Société du pont sur le Saguenay, le récent congédiement de François Bertrand à la tête de la Société des traversiers du Québec (STQ) est l’occasion idéale de revoir la gouvernance de cette organisation.

L’organisme, présidé par Marc Gilbert, souhaite que la STQ soit désormais directement rattachée au ministère des Transports «afin qu’elle soit mieux intégrée à sa vision globale». L’organisme entend d’ailleurs rencontrer dans les prochaines semaines le ministre des Transports, François Bonnardel, et son collègue responsable de la Côte-Nord, Jonatan Julien, afin de mettre de l’avant cette éventuelle intégration.

«La STQ a toujours agi en électron libre, qui fait ce qu’il veut», a déclaré M. Gilbert, qui estime que le cafouillage dans le dossier du F.-A.-Gauthier est loin d’être le seul élément qui fait défaut dans cette organisation. «Le fait qu’il [M. Bonnardel] ait nommé un sous-ministre adjoint pour faire enquête démontre bien qu’il y a un problème», a-t-il ajouté en soutenant que «la STQ a perdu toute crédibilité en région».

Le président a bien sûr ramené le débat sur le dossier qui motive l’existence de son organisme, le pont sur le Saguenay. Il soutient que la STQ a obtenu le mandat de construire deux nouveaux navires pour la traverse Tadoussac—Baie-Sainte-Catherine «sous de fausses représentations».

M. Gilbert rappelle d’abord que ces deux traversiers devaient coûter 120 millions $ à l’origine. «On est rendus à 324 millions $, sans compter la cinquantaine de millions pour les améliorations aux quais. Ça fait près de 400 millions $, alors qu’on pourrait avoir un pont pour 300 millions $, avec des approches pour 200 millions $», a-t-il clamé.

Marc Gilbert s’insurge particulièrement du fait que la Société des traversiers «a sciemment omis de consulter» le ministère des Transports sur l’impact qu’auraient les nouveaux traversiers sur le réseau routier. En effet, les nouveaux bateaux débarquent 110 véhicules à la fois plutôt que 70 avec les navires précédents, accentuant ainsi l’effet de peloton, à la base de ce qu’on appelle le syndrome de la traverse.

Le président de la Société du pont sur le Saguenay va jusqu’à affirmer que la décision de construire ces deux traversiers, en 2009, s’est prise sur des considérations politiques. «La décision s’est prise dans le bureau de Jean Charest. La STQ lui a vendu l’idée que ce serait une bonne chose de renouveler les traversiers à Tadoussac et M. Charest voulait procurer des emplois à la Davie, pratiquement en faillite à ce moment-là», a-t-il affirmé. «Ça s’est fait vite, à la course, sans plan.»

Quant à la fluidité du trafic qui s’améliorerait avec les nouveaux traversiers, un autre des arguments de la STQ, il s’agit d’une «fausseté incroyable», de lancer Marc Gilbert. «Il faut avoir du front tout le tour de la tête pour dire une telle chose.»

Pour ce dernier, François Bonnardel ne pouvait faire autrement que reprendre la main dans la gestion de la Société des traversiers du Québec. «Le ministre a compris en l’espace de deux mois. Il a perdu confiance dans la STQ mais nous, ça faisait longtemps qu’on avait perdu confiance», a-t-il confié en conclusion.