Rémi Fournier et Virginie ont laissé derrière eux leur vie dans la grande ville pour se consacrer à 100 % à la terre.
Rémi Fournier et Virginie ont laissé derrière eux leur vie dans la grande ville pour se consacrer à 100 % à la terre.

S’épanouir grâce à l’agriculture

Billie-Anne Leduc
Billie-Anne Leduc
La Voix de l'Est
L’arrivée de la pandémie n’a pas eu que des impacts négatifs. Pour Rémi Fournier et Virginie, cette période a été l’occasion de quitter une vie urbaine ne correspondant pas à leurs valeurs, et de repartir à zéro, les deux mains dans la terre.

Agente de bord pendant 10 ans, Virginie a été mise à pied en raison de la pandémie. Un véritable déclic pour elle, en plus de sa curiosité pour la permaculture, auréolé d’un ras-le-bol de toujours « être dans ses valises », qui a mené à sa décision de tout quitter en avril et d’aller habiter avec son ami Rémi, qui possède une résidence de campagne à Frelighsburg depuis quatre ans.

« Je rêvais de me consacrer à quelque chose qui fait plus de sens, plus en lien avec mes valeurs, confie-t-elle. De faire quelque chose qui me permette de me réaliser, de m’épanouir, en plus d’apprendre de nouvelles choses sur une base régulière. Puis, avec la COVID, tout s’est mis en place. J’ai été mise à pied, et Rémi voulait partir son projet. La vie a fait le choix pour moi. Je ne regrette pas et je n’ai pas regardé en arrière une seule seconde. Je suis vraiment bien et heureuse. »

Un changement radical entre une vie « éparpillée », au cœur de la métropole, et une vie plus routinière, avec une hygiène et un milieu de vie que Virginie compare au « paradis ».

C’est sa passion folle pour les voyages, pour la découverte des cultures, et sa jeunesse qui « n’en avait jamais assez », qui a poussé Virginie à devenir agente de bord, il y a 10 ans. « Ça faisait un bout de temps que je voulais me poser, avoir un rythme de vie plus stable. Car les journées d’un agent de bord ne se ressemblent jamais. Je l’ai assez vécu. »

À Frelighsburg, entourée d’un étang, d’une petite serre où poussent les semis et d’un jardin d’un peu moins de deux acres, Virginie se sent enfin à sa place. « Il manquait ça à mon corps. Avoir une discipline de nourriture, de sommeil. »

Agente de bord pendant 10 ans, Virginie­ a été mise à pied en raison de la pandémie, puis a tout quitté pour aller habiter avec son ami Rémi, qui possède une résidence de campagne à Frelighsburg depuis quatre ans.

« Mon corps et mon état d’esprit ont changé »

Revenant d’un séjour à Montréal lors du passage de La Voix de l’Est à la ferme, Virginie a réalisé à quel point le mode de vie de la métropole comporte beaucoup de superflu. « Je me disais, voyons, ça ne fait pas de sens, les autos, le trafic... Quand tu es dans cette vie-là, à travailler sans entrain, pris dans le trafic, à manger au restaurant tout les jours, à consommer, tu te rends pas compte. Le “clash” se fait quand tu sors pour longtemps. Tu te dis, finalement ça me manque pas tant. »

« On ne réalise pas à quel point ça prend du temps et de l’énergie. Le bruit, les gens, le stress... tout ça te draine », renchérit Rémi Fournier, qui a également quitté Montréal en mars et son milieu de l’entrepreneuriat et de l’investissement pour se concentrer à 100 % à la terre, dans sa résidence acquise au départ dans le but de partir un vignoble.

« J’ai appris énormémement. J’ai toujours été devant les ordis, et j’avais envie de reconnecter avec la nature. Oui, c’est stimulant intellectuellement, mais après un certain temps, ça a un impact sur la santé physique et mentale. Depuis que je suis ici, en mars, mon corps et mon état d’esprit ont complètement changé. Je mange des légumes en quantité phénoménale, c’est complètement différent du mode de vie qu’on avait avant, devant un écran. »

Fini la surconsommation et le superflu. Virginie et Rémi n’achètent plus de linge, plus d’objets désuets, ne vont plus au restaurant. Une sorte de « rébellion, de statement », selon Rémi, qui les fait revenir à la base.

« Il faut pas se leurrer, c’est tough, poursuit-il. C’est beaucoup de travail, des semaines de travail sept jours sur sept, avec du travail physique, mais ce n’est pas au détriment de la santé mentale. Je peux prétendre que je n’ai jamais été aussi heureux. Bien dans ma peau et ma tête. »

À Frelighsburg, entourée d’un étang, d’une petite serre où poussent les semis et d’un jardin d’un peu moins de deux acres, Virginie et Rémi se sentent enfin à leur place.

Un modèle de société

Rémi a un rêve. « Ce qu’on essaie de prouver, c’est un modèle d’agriculture à échelle humaine, qui va produire des aliments riches en nutriments et qui n’a pas d’impact négatif sur l’environnement. »

L’agriculture étant une chasse gardée depuis belle lurette, le modèle mis sur pied par la ferme de Frelighsburg en est un qui « laisse la terre dans un meilleur état qu’elle était avant ». Ainsi, Virginie et Rémi s’occupent de la santé du sol, et « laissent la nature faire son travail ».

« On pourrait s’imaginer un jour recréer les écosystèmes qu’on a détruits et recapturer le carbone. Il n’y a pas 36 manières de sauver la planète, il faut recréer ce qu’on a détruit. »

Ainsi, il prône un modèle d’agriculture qui permettrait à une famille de classe moyenne de bien vivre. « Pour que les gens qui se disent, ma job ne me plaît pas, je ne me réalise plus, je rentre au bureau juste pour faire de l’argent. Pour que les gens fassent le choix conscient de sortir des banlieues, de Montréal, et de venir en région, de faire revivre les villages et les économies locales. Et qu’au lieu d’avoir deux gros agriculteurs de masse par région, avoir une trentaine de familles qui vivent bien et font de la nourriture santé. Pour qu’on puisse repenser la société autrement. »

Rémi donne ainsi l’exemple des microbrasseries qui, il y a dix ans, renflouaient les coffres de grandes corporations, mais qui, aujourd’hui, font revivre les villages et l’économie locale, comme à Dunham.

Les produits d’Au cœur du Pinacle sont disponibles entre autres au Marché de Cowansville, de Sutton, et en commande en ligne. Pour plus d’informations, visitez le site web www.aucoeurdupinacle.com.