Se servir de l'émission Fugueuse pour faire de la sensibilisation

SHERBROOKE - Une équipe de l'Université de Sherbrooke se servira de l'émission Fugueuse pour vulgariser les conséquences de l'exploitation sexuelle, afin de sensibiliser la population. Dans le cadre de ses travaux, la professeure Nadine Lanctôt a documenté les effets qu'entraîne l'exploitation sexuelle chez les femmes, qui ajoutent « une couche de souffrance » sur un vécu parfois déjà très difficile.

Des capsules vidéo seront diffusées après l'émission, dont la deuxième saison a commencé lundi soir, sur la page Facebook de l'UdeS et sur sa chaîne YouTube.

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« C'est vraiment dans un but de sensibiliser le grand public aux multiples séquelles que laisse l'exploitation sexuelle. Ça se rattache à du contenu scientifique (...) On veut profiter du moment, ça suscite beaucoup d'intérêt », note Nadine Lanctôt, professeure titulaire en psychoéducation à l'UdeS. Mme Lanctôt est aussi à la barre de la Chaire de recherche du Canada sur le placement et la réadaptation des filles en difficulté. Dans le cadre de ses recherches, elle tente notamment de voir comment les adolescentes qui ont vécu de la maltraitance, qui présentent des troubles de comportement et qui sont placées dans des centres s'adaptent une fois adulte.

Mme Lanctôt a suivi 125 jeunes femmes qui se sont retrouvées dans des centres jeunesse. La chercheuse s'est notamment intéressée aux impacts de l'exploitation sexuelle. Plus de la moitié des filles ont rapporté des comportements de prostitution. « J'ai pu évaluer le poids que peut avoir l'exploitation sexuelle sur ces filles-là », note-t-elle. La « couche de souffrance » vécue avec l'exploitation sexuelle s'exprime dans toutes les sphères de leur vie, selon Mme Lanctôt, et les séquelles peuvent être ressenties pendant des années.

Les résultats ont été présentés dans un mémoire à la Commission spéciale sur l'exploitation des mineurs.

Même sorties de leur enfer, ces femmes doivent souvent vivre avec des symptômes traumatiques, de l'anxiété, une faible estime de soi... « Le besoin ultime des femmes ayant vécu de l'exploitation sexuelle, c'est de se reconstruire dans toutes les sphères de leur vie (...) Le fonctionnement normal auquel on s'attend, c'est un enjeu très loin de leur situation actuelle. Elles ont besoin de temps pour se rétablir des symptômes traumatiques. Il y a des femmes qui ont peur de prendre le transport en commun de peur de croiser le proxénète ou des gens du milieu... »

Il faut non seulement prévenir l'entrée des femmes dans le monde de la prostitution, il faut aussi leur offrir des mécanismes de soutien. « Elles sont complètement déconstruites. Il faut voir comment on peut soutenir ces femmes-là pour qu'elles se rétablissent. »

Le manque de financement et de ressources n'est que la pointe de l'iceberg, selon elle, puisque ces femmes n'osent pas demander de l'aide. « Ces femmes ont tellement honte, elles se sentent tellement coupables, qu'elles vont porter tout le blâme sur leurs épaules... » Elles se disent bien souvent qu'elles se sont elles-mêmes mises dans le pétrin, et qu'elles doivent elles-mêmes se débrouiller pour s'en sortir. « Les femmes ne doivent pas porter le fardeau », souligne Mme Lanctôt.

Selon un portrait sur l'exploitation sexuelle en Estrie dévoilé en 2018 par le Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel en Estrie (CALACS-Agression Estrie), près d'un adolescent sur deux connaît un autre adolescent qui s'est déjà fait proposer de faire des actes sexuels en échange de biens, de services, d'argent ou de drogue. Environ 18 % des adolescentes connaissent quelqu'un qui a été en lien avec la prostitution. Au Service de police de Sherbrooke (SPS), deux enquêteurs ont développé une spécialité afin d'aider les victimes de violence sexuelle et lutter contre le proxénétisme.