Stéphane Rousseau, qui a été réanimé avec un DEA à l'aréna d'East Angus l'hiver dernier, et sa conjointe Maé Charbonneau.

Sauvé par ses chums de hockey: une longue réhabilitation pour Stéphane Rousseau

Dix mois après que ses chums de hockey l’aient sauvé d’une mort certaine alors qu’il était terrassé par un infarctus à l’aréna d’East Angus, Stéphane Rousseau va de mieux en mieux. Mais il trouve que le temps passe trop vite.

Vite parce qu’il doit maintenant envisager son retour au travail même si sa réhabilitation physique n’est pas complète et qu’il n’est pas en mesure d’effectuer les tâches du col bleu qu’il était auparavant. 

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« Il y a des bouts où il y a moins d’améliorations, mais ça avance toujours, relate-t-il, en entrevue avec La Tribune. Mon pied, ma jambe, l’équilibre, ne sont pas revenus à 100 %. Ça va être encore du travail dans les prochains mois. Mais ça va quand même bien. »

Le hic, c’est que les prestations de chômage achèvent, il est apte à retourner au travail selon les critères du système public, et est donc astreint à une démarche de réorientation qui fait peser beaucoup d’inquiétude sur sa famille.

« Plus le temps avance, plus c’est difficile d’accepter, sans savoir où on va se ramasser cet hiver avec le travail et les finances. Retourner à l’école à 41 ans, ce n’est pas évident. On pense tout le temps à ça, l’étau se resserre. Je suis pas mal mêlé. »

La Tribune avait raconté son histoire en mars dernier. Gardien de but dans la ligue de garage du jeudi à l’aréna d’East Angus, il a subi un malaise cardiaque dans le vestiaire, après un match. Ses coéquipiers lui ont massé le cœur et l’ont choqué deux fois avec un défibrillateur en attendant l’arrivée des ambulanciers. Il a fallu cinq défibrillations de plus avant de le hisser dans l’ambulance et trois sur la route jusqu’au CHUS.

Stéphane Rousseau a été plongé dans le coma pendant sept jours. Il est rentré à la maison après 32 jours d’hospitalisation, avec 30 livres en moins et toute une côte à remonter.

« J’y pense pratiquement chaque jour. Ça roule dans ma tête parce que ma situation en découle. Probablement qu’avec les années, ça va s’estomper, mais là c’est encore frais », confie-t-il, à propos de cette terrible soirée du 24 janvier et des gestes que ses amis ont posés pour le garder en vie.

Un DEA à l’école primaire

Déjà sur son lit d’hôpital, le citoyen de Weedon envisageait de redonner au suivant. D’organiser un événement, une classique de hockey probablement, pour amasser des fonds et attirer l’attention sur l’importance des défibrillateurs externes automatisés (DEA) et de la formation en réanimation cardiorespiratoire qui lui ont sauvé la vie.

Il a donc été très ému d’apprendre que le tournoi de hockey Tim Annesley avait saisi la balle au bond le printemps dernier à Lennoxville et a ainsi pu remettre en son nom, jeudi, un premier DEA à l’école primaire Notre-Dame-du-Sacré-Cœur de Weedon (voir autre texte).

C’est lui qui a choisi cette école, qu’il a fréquentée, enfant, et que sa fille et son beau-fils ont également fréquentée.

« Il y a des gens qui font du sport pratiquement tous les soirs à cet endroit. C’est une sécurité (d’avoir un DEA). En plus c’est près de la route 112, alors ça peut servir à n’importe qui qui pourrait en avoir besoin près de là. »

Reconnaissant, l’homme assure qu’il a encore dans l’idée d’organiser une activité semblable, quand il ira mieux. Et il invite les gens à suivre une formation RCR, « parce qu’on ne sait jamais quand ça va servir, et que ce n’est pas juste au hockey ».

Touchée par l’histoire de Stéphane Rousseau, une des organisatrices du tournoi de hockey Tim Annesley, Nancy Chrétien, a réalisé une collecte spéciale, lors de la dernière édition, pour remettre un défibrillateur externe automatisé à l’école primaire de Weedon. On reconnaît Mme Chrétien avec Stéphane Rousseau et la directrice de l’école Notre-Dame-du Sacré-Cœur Annie Lacroix.

Stéphane Rousseau a rechaussé ses patins une fois cet automne. Pour conclure qu’il n’était pas assez en forme pour patiner. Il est aussi retourné deux ou trois fois au hockey bottine avec ses chums du jeudi soir à East Angus.

« J’ai fait les réchauffements avec les gars et après je quittais. Ça m’a fait du bien de rembarquer sur la glace et de revoir ma gang. J’étais comme un enfant quand je partais pour y aller! Mais j’ai dû arrêter parce que j’avais trop le goût de jouer et que je ne suis pas prêt », dit-il, avant de confier qu’il espère maintenant pouvoir jouer à la balle l’été prochain.

 « Ç’a créé des liens particuliers, quand même, ce qui est arrivé. C’est spécial. Même si ce n’était pas tous des gars près de moi, ç’a changé la perception et les liens. Aujourd’hui je me sens très près de ces gars-là qui ont vécu ça avec moi. »


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« On a voulu être les premiers »

Membre du comité organisateur du tournoi de hockey Tim Annesley, Nancy Chrétien a été très touchée par l’histoire de Stéphane Rousseau l’hiver dernier.

« Comme il disait vouloir organiser des tournois de hockey éventuellement pour amasser des dons pour des DEA et qu’il ne pouvait pas le faire lui-même cette année à cause de sa santé, on a voulu être les premiers à faire un don en son nom », relate-t-elle.

Le tournoi d’avril dernier, qui a réuni 16 équipes d’aussi loin que la Côte-Nord, l’Ontario et les États-Unis, a répondu présent.

« On a fait une collecte à part pour le DEA avec l’article de La Tribune mis en évidence et on a facilement amassé les 2000 $, raconte-t-elle. Comme le dit M. Rousseau, le monde du hockey est tissé serré et comme ça touchait beaucoup de personnes qui ont toutes déjà entendu parler d’histoires semblables survenues dans des arénas, les gens ont été généreux. J’étais très fière! »

Chaque année depuis 25 ans, le tournoi Tim Annesley, qui se dispute à Lennoxville, remet des dons à des organismes du milieu.

À l’origine, le tournoi avait été organisé après le décès de M. Annesley dans un accident de travail, pour subvenir aux frais d’éducation de sa fille, alors âgée de cinq ans. Vingt-cinq ans plus tard, des bénévoles continuent de tenir le tournoi en son nom, pour soutenir des causes locales.

Outre le DEA, l’édition 2019 a permis de remettre 5000 $ à l’organisme Mon Shack, à Lennoxville, une résidence supervisée pour les jeunes adultes vivant avec une déficience intellectuelle pour soutenir leur intégration dans la société.

Un don de 1000 $ a également été fait à l’équipe de hockey féminine de l’Université Bishop’s, une jeune équipe qui a utilisé cet argent pour tenir des activités de team building.