Des entreprises comme la Coopérative forestière Petit-Paris ont pris part au programme.

SADC Haut-Saguenay: 1,3 million de tonnes de GES évitées

Depuis 2016, 12 entreprises de la région ont évité l’émission de 1,3 million de tonnes de gaz à effet de serre en travaillant avec la SADC du Haut-Saguenay. D’abord lancé comme un projet pilote, le succès de l’initiative a incité 14 autres SADC au Québec a emboîter le pas, permettant, au cumulatif, d’éviter l’émission de 2,5 millions de tonnes de GES qui sont vendus sur le marché volontaire.

« Ça fait depuis 2010 que je rêve de ce projet-là, lance d’emblée André Boily, le directeur général de la SADC du Haut-Saguenay. En lançant notre projet pilote en 2016, on a réussi a éviter l’émission de 500 000 tonnes de GES grâce aux efforts de sept entreprises. »

Cet effort de réduction des GES a par ailleurs été récompensé grâce à la vente des crédits carbone, permettant de redistribuer 23 000 dollars aux entreprises régionales. 

Fort de ces résultats prometteurs, le projet ne cesse de croître depuis et 14 SADC, regroupant 74 entreprises, participent désormais au projet. Depuis décembre 2017, ce sont près de 2 millions de tonnes de GES qui ont été évitées, pour un total de 2,5 millions de tonnes depuis 2016.

Le projet fait aussi des petits au Saguenay–Lac-Saint-Jean, car le SADC chapeaute les projets de crédit carbone dans toute la région, de La Baie, jusqu’à Saint-Ludger-de-Milot. Par exemple, les Serres Desjardins à La Baie ont converti leur système de chauffage pour utiliser l’électricité au lieu de l’huile. La scierie de la coopérative forestière Petit-Paris, à Saint-Ludger-de-Milot, a également réduit sa consommation de carburant fossile en misant sur la biomasse. Avec la Pépinière Boucher, L’Éternel Spa, la Pourvoirie Wapishish, l’église Notre-Dame de Laterrière, RSI Environnement, Gazon Savard, Bizz magasin d’alimentation, UTM, terrassement Saint-Louis, Grimard Automatisation et Imago Village, ce sont près de 1,3 millions de tonnes de GES qui ont été évitées dans la région. 

Mais pourquoi faire un projet collectif pour calculer les crédits carbone ? « Ça peut coûter jusqu’à 75 000 dollars à un émetteur pour faire accréditer ses crédits carbone, souligne André Boily. En globalisant les efforts, on fait baisser les coûts. » En plus de s’assurer du processus d’audit, les SADC peuvent également fournir de l’assistance technique aux entreprises.

Pour assurer le sérieux du projet selon les normes de vérification internationales, le réseau des SADC a décidé de travailler avec les Solutions Will, une entreprise certifiée BCorp qui est spécialisée dans la gestion des crédits carbone. 

Un marché à développer

Pour plusieurs entreprises, réduire leur empreinte carbone suffit à motiver les projets, comme c’est le cas chez RSI Environnement, qui a évité 40 500 tonnes de GES en valorisant les résidus pétroliers récupérés dans les sols contaminés. « On l’a fait parce qu’on est une entreprise consciencieuse et qu’on pouvait des économies en réduisant notre consommation de mazout », explique Jean-François Landry, le dirigeant de l’entreprise.

N’empêche que l’idée demeure tout de même de vendre les crédits carbone pour générer des revenus supplémentaires aux entreprises… qui peuvent alors investir davantage pour réduire leurs émissions de GES, explique André Boily.

Vendre de tels crédits n’est toutefois pas de tout repos, car il existe plusieurs acteurs déjà présents sur le marché, comme Carbone boréal, à l’UQAC. L’an dernier, BMO a par exemple acheté 10 000 crédits carbone, ce qui est un bon départ, mais il reste tout de même quelques millions de crédits à vendre. « On est en train de développer ce marché-là et de sensibiliser les acteurs comme Desjardins, la Banque européenne et les différents paliers de gouvernement », explique ce dernier, en soutenant que les entreprises peuvent atteindre la carboneutralité grâce à ces crédits.

Au-delà des PME, les municipalités, les coopératives et tout type d’organisation peuvent aussi participer à cette démarche, ajoute André Boily. « L’église de Laterrière est allée chercher des crédits carbone en réduisant son empreinte de 100 tonnes, dit-il. Si les 1000 églises du Québec en faisaient autant, ça ferait un volume intéressant ».

Selon Paul Gauthier, le directeur exécutif du Réseau des SADC-SAE, de gros projets industriels comme GNL Québec ou Arianne Phosphate, qui ont déjà annoncé leur désir d’être carboneutres, représentent de très bons potentiels de vente. De plus, « le gouvernement fédéral émet à lui seul 900 000 tonnes de GES par année », ajoute-t-il, tout en signifiant que des représentations sont en cours.

André Boily espère pour sa part que les crédits carbone générés par les PME puissent être vendus sur le marché du carbone réglementé, car les grandes entreprises, comme Rio Tinto, doivent acheter ces crédits en Californie la plupart du temps, entraînant une fuite de capitaux.

D’ici 2020, ce dernier souhaite poursuivre sur cette lancée et éviter l’émission d’un million de tonnes de GES par an dans la région. « On est capable d’atteindre cet objectif », soutient le pionnier de la réduction des GES dans le réseau des SADC.

L’Éternel Spa a participé au programme.

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RSI ENVIRONNEMENT: UN TERREAU À PARTIR DE SOL CONTAMINÉ

RSI Environnement attend un certificat d’autorisation du gouvernement du Québec afin de mettre en marché un terreau fertile fabriqué à partir de sols contaminés. Si le projet est accepté, de 60 à 90 % des 40 000 tonnes de terre traitées chaque année pourraient être valorisées.

RSI Environnement récupère les sols contaminés, lors d’un déversement de pétrole par exemple, pour les décontaminer grâce à un procédé thermique, explique Jean-François Landry, le président directeur général de l’entreprise. « On a des clients partout en Amérique du Nord », dit-il, en précisant que le matériel est acheminé par train ou par camion jusqu’à l’usine de Saint-Ambroise.

La technologie utilisée est si efficace, que la vaste majorité du sol décontaminé pourrait être utilisé comme terreau fertile à nouveau. Pour y parvenir, il ne manque qu’un certificat du gouvernement, soutient Jean-François Landry. 

Le traitement des sols nécessite toutefois beaucoup d’énergie, principalement du propane, pour traiter les sols avec de la chaleur. Pour réduire son empreinte, RSI Environnement a décidé de valoriser les résidus de raffinerie de pétrole, pour la brûler dans ses brûleurs spécialisés. Cette valorisation permet d’éviter d’enfouir les boues de pétrole et a permis à l’entreprise de réduire son empreinte carbone de 40 500 tonnes de GES au cours des dernières années. 

De plus, RSI Environnement travaille aussi avec la SADC du Haut-Saguenay pour la création d’une zone durable à Saint-Ambroise. « On veut voir s’il y a des entreprises qui veulent se greffer à nous pour commercialiser notre terreau », soutient M. Landry. 

Le directeur général de la SADC du Haut-Saguenay, André Boily, a lancé le projet pilote en 2016.

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EXEMPLES DE PROJETS ADMISSIBLES POUR L'OBTENTION DE CRÉDITS CARBONE

• Conversion énergétique de :

 Huile (mazout) → Huile Gaz naturel ou propane/butane

 Huile → Biomasse

 Huile → Énergie alternative (solaire, éolien, hydrolienne, géothermie, etc.)

• Modification à l’enveloppe du bâtiment : isolement des murs, du toit, nouvelle fenestration performante etc...

• Implantation d’un projet ou système de récupération de chaleur : chauffage, ventilation et air conditionné.

• Production de vapeur pour utilisation dans le processus manufacturier ou industriel

• Optimisation énergétique du système de refroidissement

• Éclairage et système de contrôle des luminaires

• Modification aux appareils et procédés industriels entraînant une réduction de la consommation énergétique

• Performance et optimisation des moteurs électriques

• Optimisation de l’équipement en place

• Changement comportemental : comme par exemple, la baisse programmée de la température du bâtiment pour la nuit ou le week-end

• Gestion des matières résiduelles : détournement de l’enfouissement, compostage des matières organiques