La portion sud du boulevard David-Bouchard, qui relie Granby à l’autoroute 10, a été renommée en l’honneur de Jean Lapierre en juin dernier.
La portion sud du boulevard David-Bouchard, qui relie Granby à l’autoroute 10, a été renommée en l’honneur de Jean Lapierre en juin dernier.

Route Jean-Lapierre : le clan Bouchard veut faire annuler la décision

Nicolas Bourcier
Nicolas Bourcier
La Voix de l'Est
Trois mois plus tard, la décision de renommer le tronçon du boulevard David-Bouchard qui relie la ville de Granby à l’autoroute 10 en l’honneur de Jean Lapierre ne passe toujours pas auprès des descendants du défunt maire du canton de Granby. Ces derniers ont entrepris des démarches pour faire la lumière sur cette décision, «enclencher un processus de rectification» et «s’assurer qu’un processus de nomination plus rigoureux soit mis en place» pour éviter qu’une telle situation se reproduise.

«Au départ, je veux préciser que nous ne sommes pas en train de faire une chasse aux sorcières, on essaie juste de comprendre ce qui s’est passé, affirme Alex Bouchard, arrière-petit-fils de celui qui fut maire du canton de Granby entre 1936 et 1962.

«Une bonne nouvelle, poursuit-il, c’est que le processus de rectification est simple et qu’il est sur le point d’être enclenché. Autre bonne nouvelle : Jean Lapierre aura un traversier à son nom aux Îles de la Madeleine, un documentaire sur sa vie en 2020-2021 et une prestigieuse place publique nommée en son honneur au centre-ville de Granby, et ça, on en est très heureux.»

Après l’annonce de la décision de nommer ce tronçon «route Jean Lapierre» en juin dernier, un autre descendant de David Bouchard rencontré par La Voix de l’Est a confié être un ami personnel de François Bonnardel, et avoir fait part au ministre, par texto, de la déception des descendants. Le ministre lui aurait alors promis une réponse dans les 48h, mais celle-ci n’est jamais venue.

Malgré cela, la famille Bouchard a une meilleure compréhension de la séquence des événements qui ont mené au changement de nom grâce au processus d’accès à l’information et assure que le «dossier avance» à chaque document qu’il leur est transmis.


« [...] Des informations pertinentes étaient manquantes, ce qui a nui aux deux conseils municipaux pour qu’ils puissent prendre une décision juste et éclairée. »
Alex Bouchard, arrière-petit-fils de David Bouchard

Pour que la décision soit annulée, les élus des deux villes concernées — Granby et Saint-Alphonse-de-Granby — doivent voter un amendement à la résolution de juin dernier et la Commission de toponymie du Québec doit analyser à nouveau le dossier. «La municipalité de Saint-Alphonse-de-Granby coopère très bien», assure Alex Bouchard, qui a fait une demande la semaine dernière pour rencontrer le maire Marcel Gaudreau et qui compte ensuite interpeler les élus de Granby.

Alex Bouchard, arrière-petit-fils du défunt maire du canton de Granby, devant les armoiries de David-Bouchard Industriels

D’autres documents pertinents du ministère des Transports, de la Ville de Granby et de la Commission de la toponymie du Québec devraient leur être livrés dans les semaines à venir afin de compléter le dossier.

«Ce qu’on peut conclure pour l’instant c’est que les intentions de nos élus municipaux et provinciaux étaient bonnes. Cependant, le dossier semblait être très pressant et des informations pertinentes étaient manquantes, ce qui a nui aux deux conseils municipaux pour qu’ils puissent prendre une décision juste et éclairée», explique M. Bouchard.

Dans leurs démarches, les descendants de David Bouchard ont souvent entendu de la part de l’entourage des élus les commentaires «si j’avais su», «je suis désolé» et «j’ai un grand respect pour les bâtisseurs de la région», ce qui leur donne l’impression «d’un mélange de sincérité et de honte».

Appelée à expliquer sa décision, l’équipe du député de Granby, François Bonnardel, a répondu à La Voix de l’Est par courriel. «Nous sommes pleinement à l’aise avec cette décision puisqu’elle honore à la fois messieurs Bouchard et Lapierre», y mentionne l’attaché de presse du ministre, Marc-André Morency.

David Bouchard a été maire du canton de Granby entre 1936 et 1962.

Un tronçon de 8 km significatif

Le tronçon de 8 km qui a été renommé en l’honneur de l’ancien politicien et chroniqueur politique Jean Lapierre, décédé tragiquement dans un accident d’avion en 2016, a eu un impact important pour le développement économique de Granby.

«Il se trouve que c’était la portion que mon arrière-grand-père avait dessinée, proposée et travaillée pour que ça se concrétise — il n’a pas juste fait cela lors des 27 années qu’il a été au pouvoir —, mais ce petit huit kilomètres-là a eu un impact économique assez exceptionnel pour la ville. À cette époque, d’avoir un lien entre l’autoroute et la ville a permis le développement du parc industriel, ç’a aidé les gens à venir au zoo et ça a contribué aux bien-être des citoyens, raconte Alex Bouchard. Il était visionnaire, il savait que c’était très bon pour l’économie.»

Pour une loi plus musclée

Le clan Bouchard souhaite que ce genre de situation ne se répète pas au Québec et demande qu’un système de nomination plus robuste soit mis en place pour le changement de noms de routes commémoratives et patrimoniales. Le directeur et secrétaire de la Commission de la toponymie du Québec, Fabrice Gagnon, a confirmé à la famille Bouchard que cet enjeu serait discuté lors de la prochaine réunion du comité, prévue en octobre.

«Il faut absolument veiller à la protection de notre patrimoine et de notre histoire, plaide Alex Bouchard. Ça va prendre des directives et des lois plus rigoureuses. Un honneur, une route commémorative, qu’un gouvernement antérieur te donne, n’a aucune valeur parce que tout le monde peut venir le changer. Et ça, c’est grave.»

Les Bouchard se disent «excessivement déçus» et ne comprennent toujours pas cette décision. «Enlever un honneur et le donner à quelqu’un d’autre c’est quelque chose qu’on avait jamais vu. Ça nous ne semble pas être moral. On a confiance en nos élus et on a confiance que ça va bien se régler», soutient Alex Bouchard, dont l’objectif n’est pas d’identifier un coupable, mais de cerner le problème et d’y remédier.

«Il faut mettre des barèmes pour éviter que ça se reproduise, il faut un meilleur encadrement», tranche le descendant de David Bouchard.