Depuis le début du mois de mai, Rio Tinto a ouvert ses déversoirs 1, 3 et 4 de la Grande Décharge.

Rio Tinto déjouée par la pluie

Malgré toutes les précautions qu’elle a prises et l’élaboration de nombreux scénarios de crues, dame Nature a joué un mauvais tour à Rio Tinto. La compagnie appréhende une montée du lac Saint-Jean au-delà de la limite des 16,5 pieds atteinte mercredi matin. Le niveau pourrait dépasser 17,5 pieds, plus ou moins trois pouces, en fin de semaine.

«Dame Nature a eu le dernier mot», a constaté la directrice générale d’Énergie Électrique Québec, Nathalie Morin, qui avait convoqué la presse régionale mercredi matin.

Il n’y a pas lieu de paniquer, toutefois. En 2017, des crues exceptionnelles avaient fait monter le lac à 17,9 pieds, inondant des chalets et endommageant des terrains dans certains secteurs, ce qui ne devrait pas être le cas cette fois-ci. Rio Tinto estime qu’il y a 52% des chances que le niveau du Piékouagami atteigne entre 17 et 17,5 pieds et 48% qu’il monte au-delà et approche les 18 pieds.

On ne prévoit pas de pluie d’ici à la fin de semaine, mais la grande inconnue reste le vent. Selon la direction et sa force, il pourrait multiplier les effets de la montée des eaux.

«Il est important que la population sache que notre premier critère est la sécurité des gens et tout est fait pour l’assurer», a poursuivi Mme Morin. Ainsi, Rio Tinto a ouvert ses évacuateurs 5 et 7 dans la Petite Décharge en prévision de la crue dès le mois de mars, alors que le lac n’était qu’à 2,5 pieds et en mai, les trois évacuateurs de la Grande Décharge se sont ajoutés. De plus, la compagnie a diminué la production de sa centrale de Chute-des-Passes pour une période de quatre semaines, le temps d’absorber la crue dans son réservoir amont, lequel compte pour 25% des affluents du lac Saint-Jean.

La directrice générale d’Énergie électrique Québec, Nathalie Morin, et Bruno Larouche, expert hydrologue de Rio Tinto, ont rencontré la presse régionale mercredi matin pour expliquer le dépassement de la cote de 16,5 pieds.

tempête parfaite

D’entrée de jeu, l’expert hydrologue Bruno Larouche a longuement expliqué à la presse comment Énergie Électrique Québec s’y prend pour calculer la crue et prévenir les débordements. À partir des statistiques compilées depuis 1955, avec un printemps normal, le couvert neigeux sur les réservoirs en amont et en aval ne laissait présager aucun problème, car avec plus de neige au sol l’an dernier, la crue n’avait été qu’à 102% de la normale. Cette année, on estimait qu’elle atteindrait 108%.

Tout allait bien jusqu’à samedi, moment où la crue a atteint sa pointe maximale.

«Mais dame Nature a décidé qu’elle aurait le dernier mot en nous envoyant 35 millimètres de pluie lundi. En temps normal, cette quantité n’aurait pas posé de problème, mais il a fallu que cette pluie arrive au moment précis où la crue printanière avait atteint son pic. Donc, alors que la crue aurait dû diminuer après la pointe de la fin de semaine dernière, elle est plutôt passée de 130% de la normale samedi à 140% lundi et va se prolonger encore quelques jours. C’est pour ça que le lac Saint-Jean, qui a déjà atteint 16,5 pieds, va continuer de monter», a expliqué M. Larouche.

Actuellement, il arrive 6700 mètres cubes d’eau à la seconde dans le lac, mais ses déversoirs ne peuvent en faire sortir que 5300. La bonne nouvelle, c’est que les apports ont commencé à diminuer et à moins de précipitations imprévues, on ne devrait pas atteindre le niveau de 2017.

printemps pluvieux

Les précipitations d’avril et de mai se classent au deuxième rang, pour la quantité d’eau reçue, depuis qu’on a commencé à compiler des statistiques en 1955. Normalement, elle est de 120 millimètres du 1er avril au 21 mai. Cette année, ce sont 180 millimètres qui sont tombés. Selon M. Larouche, il y a une chance sur 20 que le lac Saint-Jean dépasse les 16,5 pieds lors de la crue du printemps.

L’expert hydrologue Bruno Larouche a bon espoir que la crue de 2019 n’atteindra pas le niveau de 2017.

«C’est comme si on mettait 19 boules blanches et une boule noire dans un sac et qu’on pigeait chaque année. En 1974 et 1976, on a pigé la boule noire, puis il s’est écoulé 40 ans avant qu’on en pige une noire en 2017 et là, on en pige un autre en 2019», a conclu M. Larouche.

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PRUDENCE PRÈS DU LAC

En raison des déversements importants, Rio Tinto ne peut procéder à l’installation des estacades près de ses barrages et recommande donc la plus grande des prudences aux usagers du lac Saint-Jean. À cette fin, elle a augmenté les patrouilles terrestres aux abords de ses installations. Une quinzaine d’agents patrouillent chaque jour de 6h à 19h près des déversoirs de la Petite Décharge et de la Grande Décharge afin de sensibiliser les pêcheurs.