«Jamais je ne me serais doutée que ça aurait pris autant d’ampleur, que ça aurait touché autant de gens», lance d’emblée Nathalie Simard, copropriétaire de la microbrasserie L’Esprit de Clocher.
«Jamais je ne me serais doutée que ça aurait pris autant d’ampleur, que ça aurait touché autant de gens», lance d’emblée Nathalie Simard, copropriétaire de la microbrasserie L’Esprit de Clocher.

Respect des consignes dans les bars: minorité dérangeante, problème généralisé

Émilie Pelletier
Émilie Pelletier
Le Soleil
Au lendemain de l’annonce de la fermeture d’une durée «indéterminée» de la microbrasserie L’Esprit de Clocher, la copropriétaire du pub de Neuville rappelle avoir pris la décision en raison d’une «minorité» de clients irrespectueux. Une minorité qui parle fort, toutefois.  

«Jamais je ne me serais doutée que ça aurait pris autant d’ampleur, que ça aurait touché autant de gens», lance d’emblée Nathalie Simard, copropriétaire de la microbrasserie L’Esprit de Clocher.  

L’annonce de la fermeture a littéralement enflammé le web, l’article du Soleil sur le sujet étant de loin le plus lu de la soirée samedi. Plusieurs médias ont aussi fait état de la nouvelle qui a abondamment circulé. 

La femme d’affaires a en effet communiqué samedi sur les réseaux sociaux la fermeture d’une durée «indéterminée» de la portion pub de l’établissement, aux prises avec des clients ne respectant pas les consignes sanitaires dictées par la Santé publique.    

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«On ne pouvait plus continuer à faire l’autruche», affirme-t-elle. «Nous n’acceptons tout simplement plus que notre personnel subisse des insultes, des commentaires désobligeants et de l’intolérance», pouvait-on d’ailleurs lire sur la publication Facebook du pub, samedi. 

«Une minorité»  

N’empêche, l’annonce de la fermeture du pub n’a pas semblé plus évidente. Surtout pas après trois mois de fermeture en raison de la crise de la COVID-19.  

«Ce n’est pas facile de prendre une décision comme celle-là», avoue Mme Simard. Surtout, comme elle le déplore, lorsqu’il ne s’agit que d’une «minorité qui ne respecte pas les règles.» 

Plusieurs tenanciers lancent la même alerte que la propriétaire L’Esprit de Clocher.

Tout comme à Neuville, la brasserie artisanale Griendel fait face à quelques personnes réfractaires à appliquer les règles. «Il faut faire des rappels pour le masque. On essaie de faire notre travail dans les meilleures conditions possibles et pour les employés c’est déjà difficile de gérer tout ça, si les clients sont récalcitrants en plus, ça devient un calvaire», appuie Florent Coné, gérant de l’établissement de la rue Saint-Vallier ouest.  

À la microbrasserie Le Corsaire, à Lévis, Benjamin Haspy estime lui aussi que les clients sont en vaste majorité respectueux. Certains doivent tout de même être raisonnés, laisse entendre le gérant.  

«Mais cette minorité contribue quand même à miner notre ambiance de travail.» Tellement que depuis quelques jours, explique Nathalie Simard de la microbrasserie L’Esprit de Clocher, deux de ses employés, elle en a une dizaine, se sont dit réticents à revenir travailler dans de telles conditions où le contact avec le client est tendu, lorsqu’ils ne veulent pas se plier aux mesures en place.  


« Il faut faire des rappels pour le masque. On essaie de faire notre travail dans les meilleures conditions possibles et pour les employés c’est déjà difficile de gérer tout ça, si les clients sont récalcitrants en plus, ça devient un calvaire »
Florent Coné, gérant de la brasserie artisanale Griendel

«Il y a des événements qui se sont produits et qui sont la goutte qui a fait déborder le vase, illustre la copropriétaire. C’est une accumulation de toutes sortes de choses qui rend difficile de demander à nos employés de ne pas céder.» 

«Et je vais perdre des perles rares», craint Nathalie Simard, qui n’a toujours pas d’horizon fixé pour la réouverture de son commerce.    

Phénomène répandu 

Cette triste situation n’est pourtant pas unique, rappelle Peter Sergakis, propriétaire de plusieurs établissements et président de l’Union des tenanciers de bars du Québec (UTBQ).  

Certains de ses 750 membres font appel à l’UTBQ alors qu’ils rencontrent des situations où des clients sont mécontents et qu’ils ne désirent pas collaborer à respecter les mesures sanitaires en place. «Comme le pub de Neuville, quelques-uns ont dû fermer pour cette raison», ajoute M. Sergakis.  

Il craint toutefois que ces fermetures temporaires «indéterminées» ne se transforment en fermetures «définitives». «D’autres établissements vont continuer de fermer. On a de grosses difficultés financières, exprime-t-il. On est resté fermé pendant trois mois, maintenant on rouvre et la clientèle n’est pas au rendez-vous.»  

L’un des principaux problèmes, selon lui? Les amendes remises aux propriétaires de commerces pour le non-respect des consignes de sécurité publique. Pour éviter le pire, il croit que le gouvernement a son rôle à jouer.  

«Il faudrait que le gouvernement change les règles et que les amendes soient remises aux clients. La majorité suivent les consignes de santé publique, mais il y a toujours des rebelles», martèle le président de l’UTBQ.