Résolution du Nouvel An: réduire le temps d’utilisation des réseaux sociaux

Il n’y a pas si longtemps, la résolution du Nouvel An des gens était de se remettre en forme, de mieux manger ou d’arrêter de fumer. Aujourd’hui, bon nombre de personnes ont pour objectif de réduire le temps d’utilisation des réseaux sociaux tels que Facebook, Instagram, Snapchat et Twitter.

Marie-Claude Paradis-Vigneault, 35 ans et William Bélisle, 20 ans, ont décidé récemment de faire attention au temps qu’ils passent sur les différents médias sociaux. Durant tout le mois de janvier, à l’aide d’une application mobile, les deux Sherbrookois pourront connaître leurs habitudes en terme de temps passé sur leurs téléphones et apporter des changements au quotidien.

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Selon Mme Paradis-Vigneault, le problème ne se compte pas en minutes. « Ce n’est pas le temps tant que le sentiment. J’ai un sentiment de dépendance et je n’aime pas ça. Ce sentiment de dépendance me fait penser à mon ami, qui lui est dépendant à la marijuana. [...] Je n’ai pas toujours du fun et ce n’est pas toujours pertinent ce que je lis. Quand j’entre de travailler et que je fais du scroll, c’est comme un pilote automatique de fatigue », exprime-t-elle. 

Celle qui est également attachée de presse de la députée Christine Labrie a déjà fait une trêve des médias sociaux. « Je suis allée au parc de la Mauricie durant trois ou quatre jours. Je n’ai pas fermé mon cellulaire, s’il se passait quelque chose de gros je l’aurais su, mais j’ai fermé mes réseaux sociaux. Il y a quelques semaines, je me suis dit que j’allais me couper des médias sociaux durant 72 heures. Je suis quelqu’un qui a besoin de communiquer. Ces 72 heures, c’est comme s’il elles s’étaient condensées, donc je me suis mise à écrire plus, et des choses que je ne mettais pas sur les réseaux sociaux. De là est venu le projet d’écrire un roman autobiographique. Ça m’a emmenée sur mon besoin de communiquer », explique celle qui estime passer environ trois heures par jour sur les réseaux sociaux et qui aimerait réussir à décrocher 48 heures par semaine de ce monde virtuel. 

Marie-Claude Paradis-Vigneault

Pas le temps de niaiser

William Bélisle, un étudiant à l’université, pense qu’il pourrait utiliser le temps qu’il met sur Facebook dans d’autres sphères de sa vie. « J’utilise mon téléphone pour communiquer. Ce que je veux travailler, c’est le temps que je perds à regarder mon fil. Ça arrive environ quatre fois par jour que je me dise que je vais prendre une petite pause et finalement, cette pause se termine à 20 minutes à regarder des stories », explique-t-il.

« Ça me dérange, car je suis occupé, continue M. Bélisle. Cet été, j’avais une entreprise. Je savais que j’avais plein de choses à faire, et je me prenais moi-même à regarder Instagram quand j’avais plusieurs choses à faire. Je travaille beaucoup et, avec les études, je n’ai pas le temps de niaiser », explique celui qui se considère comme étant cyberdépendant.


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 C’est connu, les écrans sont maintenant source de dépendance. Selon le Dr Jacob Amnon Suissa, sociologue et professeur associé à l’UQAM, il faut faire attention à la manière dont on utilise nos appareils électroniques. 

« Il y a des gens qui passent très souvent des heures et des heures sur les réseaux sociaux, encore plus sur leur téléphone, explique Dr Suissa. Les écrans restent un lien virtuel et ça cause des problèmes à long terme si l’on en abuse. Si l’on est seuls sur les réseaux sociaux ou avec les jeux vidéos, ce n’est pas un bon signe. »

L’un des aspects à surveiller de près chez quelqu’un qui pense souffrir de cyberdépendance est la solitude. « Ce n’est pas tout le monde qui devient dépendant, mais ça peut devenir une extension de soi-même. Plus on est seuls, plus l’humeur tend à être négative. L’un des facteurs de la cyberdépendance versus des liens sociaux forts, c’est la solitude », décrit-il.

Des symptômes

Les gens présentant cette dépendance souffrent de plusieurs symptômes. « Il y a la perte de la notion du temps qui est le premier. Vous avez une anxiété de perdre des informations pertinentes. Vous éprouvez des sentiments de colère, de conflit et des symptômes dépressifs. C’est un deuxième indicateur. D’ailleurs, il y a des enfants qui réagissent très fort. Ils pleurent lorsqu’on leur enlève leur appareil. Les personnes adultes aussi peuvent devenir agressives lorsqu’on leur enlève leur jeu vidéo. Le troisième point, c’est la tolérance croissante, c’est-à-dire que c’est de prolonger le temps d’utilisation afin de prolonger le high du lien. Les conséquences indésirables, c’est que vous êtes de plus en plus isolé », soutient-il. 

« Ça engendre des comportements qui ne sont pas nécessairement constructifs : être isolé, dans sa bulle et la sécheresse des yeux, poursuit Dr Suissa. Il y a des troubles du sommeil et des mensonges que les gens peuvent raconter. Il y a des facteurs de risques et de protection. »

Est-ce que les applications qui calculent le temps passé sur les réseaux sociaux peuvent aider à prendre conscience d’un problème? « Je pense que c’est plus un gadget. Le fait que ça me dise que je passe 48 minutes de moins que la semaine passée, ça va me donner un petit high, mais c’est purement un gadget. Ça peut être utile, mais de manière générale, ce n’est pas un indicateur probant. On ne touche pas les émotions. Tant et aussi longtemps que vous avez un gadget mathématique, les gens ne changent pas leur comportement. Quand vous remuez la cage des émotions, que vous faites réaliser à un jeune qu’il est seul, qu’il ne joue plus avec ses amis, il y a quelque chose. Quand il parle de ses émotions, il y a des choses qui vont bouger », analyse le sociologue. 


+ SUIS-JE CYBERDÉPENDANT?

Comme bon nombre de Québécois, ma résolution du Nouvel An est de réduire le temps que je passerai sur mon téléphone intelligent, afin de pouvoir avoir du temps de qualité avec mon entourage. Durant tout le mois de janvier, tout comme Marie-Claude Paradis-Vigneault et William Bélisle, deux autres Sherbrookois, j’analyserai le temps que je passerai sur les réseaux sociaux et je tenterai de corriger le tir. Je vous reviendrai chaque semaine avec les défis et les difficultés que cette résolution m’apportera. Suis-je cyberdépendant? 

Aucune idée. Une chose est sûre, je le saurai bientôt!