Tandis que l’enquête pour des allégations de maltraitance est toujours en cours aux résidences Chemin du Roy, la mort d’une résidente par hypothermie, datant de février 2015, fait surface.

Résidences Chemin du Roy: la mort d’une résidente par hypothermie fait surface

Trois-Rivières — Tandis que l’enquête en lien avec les allégations de maltraitance, d’abus et de mauvaise qualité des soins en général aux résidences Chemin du Roy se poursuit, la mort par hypothermie d’une résidente atteinte d’Alzheimer, après avoir été piégée à l’extérieur, fait surface. Jeanne-Mance Marchand, une octogénaire, a été retrouvée par une passante sur le perron d’une maison voisine, le matin du 4 février 2015, gisant inerte en vêtements de nuit, alors que la température avoisinait les -19 degrés Celsius, a appris Le Nouvelliste.

Selon le rapport d’investigation du coroner, produit dans la foulée de l’événement, la résidence Notre-Dame, du secteur Cap-de-la-Madeleine, membre du réseau des résidences Chemin du Roy et où logeait Mme Marchand, ne disposait pas de dispositif de sécurité lui permettant de surveiller sa clientèle à risque d’errance. Or, la certification qu’elle détient et qui fait d’elle une résidence de catégorie 3 stipule qu’un tel dispositif devrait être en place. Le coroner chargé du dossier, le Dr Éric Labrie, conclut son rapport en disant qu’«il s’agit d’une mort violente», mais choisit de ne pas formuler de recommandations.

Au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ), pour des raisons de confidentialité, on ne veut pas dire si l’incident fait partie de l’enquête en cours, ni même s’il était connu des autorités ou non. On explique que depuis la création du CIUSSS, en septembre 2015, une entente existe avec le Bureau du coroner et qu’en théorie tous les rapports d’investigation lui sont acheminés depuis. Or, le rapport d’investigation sur le décès de Mme Marchand date du 28 août 2015, quelques jours avant la création du CIUSSS MCQ.

Somme toute, le CIUSSS MCQ demeure avare de détails quant à l’enquête en cours aux résidences Chemin du Roy. «Il y a certains éléments, dont on a pris connaissance, qui font partie de l’enquête», se contente-t-on de dire. Par contre, si de nouveaux éléments font surface, ils sont assurément intégrés à l’enquête, soutient-on. Ainsi, convient Guillaume Cliche, agent d’information au CIUSSS MCQ, il peut être tenu pour acquis que les circonstances entourant la mort de Jeanne-Mance Marchand font désormais partie de l’enquête, si ce n’était pas déjà le cas.

Pour ce qui est de la présence ou de l’absence d’un dispositif de sécurité pour les personnes à risque d’errance, on ne peut confirmer, toujours pour des raisons de confidentialité, si cela a été constaté durant l’enquête en cours. Cependant, comme la certification de la résidence fait l’objet d’une inspection tous les quatre ans, on s’en remet au travail d’Agrément Canada et le CIUSSS MCQ assume que tout devrait être en règle. Selon les témoignages de différents résidents et travailleurs, présents et passés, à la résidence Notre-Dame, un tel dispositif n’est pas en place.

Au bureau de la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, on dit faire confiance au travail du CIUSSS MCQ en matière d’application de la réglementation. «La ministre suit l’enquête de très près, le gouvernement prend la situation très au sérieux et si l’enquête met en lumière une situation qui commande des actions, celles-ci seront prises dans de très brefs délais», déclare par ailleurs Marjaurie Côté-Boileau, attachée de presse de la ministre Blais.

Les membres de la famille de Mme Marchand que Le Nouvelliste a contactés ont systématiquement refusé toute demande d’entrevue. Certains ont toutefois mentionné que toute l’affaire avait «grandement affecté la famille». Aux résidences Chemin du Roy, on n’a pas voulu répondre à nos appels.

Un 4e décès par hypothermie dans une résidence pour aînés en Mauricie

Le décès de Jeanne-Mance Bertrand n’est pas sans rappeler les tristes histoires d’André Bourassa, de Thérèse Roberge et de Marcel Gauthier, trois aînés de la région, décédés dans des circonstances similaires, au cours de la même période.

Les cas de Mme Roberge et de M. Bourassa avaient eu lieu à la défunte résidence Villa du jardin fleuri à un an d’intervalle, en 2016 et 2017. Les deux causes, de par leur caractère récurrent et quasi identique, avaient soulevé une vague d’indignation dans la population. En mars 2017, dans la foulée du décès de M. Bourassa, Geneviève Jauron, porte-parole du CIUSSS MCQ déclarait qu’«advenant que des actions doivent être apportées, elles seront déployées pour l’ensemble du territoire de la Mauricie et du Centre-du-Québec».

Le cas de Jeanne-Mance Marchand est antérieur aux trois autres causes. Toutes les causes ont fait l’objet d’une enquête du coroner. Si aucune des quatre enquêtes n’a mené à la formulation de recommandations formelles, au Bureau du coroner on précise que cela ne veut pas dire qu’un suivi n’a pas été fait auprès des autorités compétentes ni que des recommandations n’ont pas été faites dans des dossiers similaires, ailleurs au Québec.

«Le travail du coroner est de dire ‘‘qu’est-ce qui se passe ici et qu’est qu’on peut faire pour que ça ne se reproduise plus?”», fait valoir Dominique D’Anjou, responsable des communications et des relations avec les médias au Bureau du coroner. Elle indique que le travail du coroner se fait en toute indépendance et que celui-ci dispose de toute la latitude et de toute la liberté nécessaires à la conduite de ses enquêtes.