Le ministre Pierre Fitzgibbon a confirmé en point de presse que le modèle de coopérative proposé par les employés de Groupe Capitales Médias est la meilleure option selon le gouvernement pour reprendre les six journaux menacés, dont Le Soleil.

Reprise de GCM: Québec appuie le projet de coopératives [VIDÉO]

Le gouvernement du Québec appuie le projet de coopératives proposé par les travailleurs dans la reprise des six journaux quotidiens de Groupe Capitales Médias (GCM), dont fait partie Le Soleil. Le travail est toutefois loin d’être terminé, alors que le plan de financement n’est pas encore bouclé.

Mercredi matin, au palais de justice de Québec, le syndic Christian Bourque, de PricewaterhouseCoopers, fera sa recommandation dans le dossier de reprise de GCM au juge Daniel Dumais, responsable de la chambre commerciale à la Cour supérieure.

Le gouvernement devant indiquer sa préférence à titre de principal créancier, le ministre québécois de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a donc fait sa sortie publique la veille.

La coopérative est «une solution que je favorisais depuis le début», a affirmé M. Fitzgibbon, mardi midi, avant d’entrer au caucus préparatoire de la Coalition avenir Québec.

«La réforme qui doit avoir lieu dans le Groupe Capitales Médias requiert que les employés se mobilisent et la communauté aussi. C’est une entreprise qui perd beaucoup d’argent, pratiquement 1 million $ par mois. De trouver un repreneur financier qui reprendrait ça, c’était très difficile.

«Il y a eu seulement deux offres. Et des deux offres, celle de coopérative est la meilleure, même si elle reste conditionnelle», explique le ministre. L’autre offre vient de Métro Média et impliquerait des coupes d’emplois importantes.

Le financement du projet des six coopératives n’est pas encore attaché. Après avoir fait partie des discussions, le Mouvement Desjardins s’est retiré.

«Il y a sept, huit financiers du Québec qui regardent ça. Beaucoup de négociations ne sont pas encore terminées. Il y a d’autres partenaires possibles, pas juste Desjardins», poursuit M. Fitzgibbon, qui ne rejette pas l’idée que le gouvernement prête davantage d’argent dans l’aventure, par son bras investisseur Investissement Québec.

Le Fondaction de la CSN, le Fonds de solidarité de la FTQ et le Chantier de l’Économie sociale font partie des acteurs prêts à mettre de l’argent.

Un autre prêt public?

Le trésor québécois a déboursé 10 millions $, en 2017, puis 5 millions $ de plus, en août dernier, pour permettre la survie temporaire de GCM. De l’argent dont M. Fitzgibbon ne s’attend pas à revoir la couleur.

Mais un nouveau prêt, inférieur à 5 millions $, dit-il, serait différent. «Si les employés contribuent, c’est un autre scénario. Si on croit à la pérennité de l’entreprise, pourquoi ne pas investir!»

De son côté, le premier ministre affirme que «notre intention, dans un monde idéal, est de ne pas ajouter. Mais on tient à ce que les journaux continuent de publier et que les journalistes gardent leur emploi», dit François Legault.

La ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, a pour sa part parlé d’«acceptabilité sociale et d’une très grande mobilisation des milieux», dans le cas du projet de coopératives.

Le plan des six coopératives de solidarité, unies par une coopérative de producteurs pour la mise en commun de services administratifs, exigera un prélèvement à la source sur le salaire de ses membres travailleurs au montant de 5 millions $ sur cinq ans. 

Des 350 emplois actuels, syndiqués et cadres, les coopératives ne prévoient aucune perte nette. La fermeture d’une imprimerie à Sherbrooke et la suppression de ses 40 emplois, dont moins du quart à temps plein, était déjà prévue par GCM.

Rien pour les retraités

Le ministre Fitzgibbon croit néanmoins que des choix difficiles devront être faits et s’attend à certaines pertes d’emplois, «peut-être un peu, mais pas drastiquement».

Parmi ces choix difficiles, on compte la terminaison des régimes de retraite actuels, condition présente dans les deux offres et dur coup pour les quelque 1000 retraités touchés.

«Le programme de crédit d’impôt de M. [Éric] Girard [ministre des Finances] et celui du fédéral permettent de compenser 50 à 55 % des pertes. Il y a donc quand même 50 % des pertes qui doivent être résorbées par des coupures de dépenses. Dans ce contexte-là, les coûts de charge de retraite, c’était impossible pour les deux parties prenantes de les absorber, fait valoir M. Fitzgibbon.

«Les rendements boursiers sont mieux qu’anticipés, alors le fameux 30 % [de perte] serait plus rendu à 25 ou 27 %, tempère-t-il un peu. Il a aussi des discussions avec Retraite Québec, certaines mesures à regarder. Mais ce sera difficile pour le gouvernement de s’impliquer», convient-il.

Du côté des tenants du projet de coopératives, on se dit «très heureux que le ministre considère que notre offre est la meilleure», affirme le journaliste, président du syndicat de la rédaction du Soleil et membre du comité provisoire de relance, Jean-François Néron.

Quant au retrait de Desjardins de l’aventure, M. Néron dit respecter le processus judiciaire toujours en cours et ne souhaite pas commenter les négociations financières, qui iront «jusqu’à la dernière minute».

L’achat de GCM au coût symbolique de 1 $ vient avec plusieurs dépenses, comme le fait d’honorer des abonnements déjà payés à hauteur de 4,2 millions $, de racheter les bureaux, ordinateurs et autres actifs, ainsi que prévoir un déficit au moins pour la première année.

Outre Le Soleil, GCM comprend Le Quotidien de Saguenay, Le Nouvelliste de Trois-Rivières, La Tribune de Sherbrooke, La Voix de l’Est de Granby et Le Droit d’Ottawa.

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CE QU'ILS ONT DIT

Isabelle Melançon, porte-parole du Parti libéral du Québec en matière de culture et de communications

«C’est une bonne nouvelle, mais c’est un diachylon! On soigne les petits bobos, mais on ne s’attaque pas à la maladie. Et la maladie, ce sont les Google, Amazon et Facebook de ce monde, qui ne paient ni impôt ni taxe au Québec et qui partent avec 80 % des revenus publicitaires autrefois dédiés aux médias. Tant qu’on ne s’attaquera pas à ce grand problème, il est possible qu’on revive des problèmes comme celui de Capitales Médias.»

Catherine Dorion, porte-parole de Québec solidaire en matière de culture et de communications

«J’ai défendu ce projet de coop depuis le début, alors je suis contente, c’est une bonne avancée. Ça pourrait faire école, ça pourrait être un exemple. Partout, il y a des crises des médias en ce moment, en Occident. Le Québec pourrait montrer des exemples d’autres façons de faire tenir en vie des médias.»

Pascal Bérubé, chef par intérim du Parti Québécois

«Je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée pour les retraités, notamment ceux du Soleil, qui nous ont contactés pour nous dire qu’ils allaient perdre 30 % du fonds de retraite. C’est des gens qui vont vivre un drame. Alors, je m’adresse aux propriétaires précédents qui devraient y voir et qui ont certainement les moyens financiers d’y voir. On a compris que M. Cauchon n’a plus ce financement-là de disponible. [Mais] Power Corporation a les moyens de financer, sortez le chéquier! Et j’aimerais que le poids moral du gouvernement du Québec puisse permettre à Power Corporation de poser un geste noble à l’égard des gens qui l’ont si bien servie pendant des années.»