Tout près de la moitié du porc exporté du Canada est élevé en sol québécois et le quart des exportations québécoises de porc sont destinées à la Chine.

Réouverture des frontières chinoises: les producteurs respirent mieux

La fin récente de l’embargo sur les exportations canadiennes de porc et de bœuf en Chine fait pousser un grand soupir de soulagement aux producteurs de la région, qui ont tout de même perdu des plumes au cours des derniers mois.

Le gouvernement du Canada a annoncé il y a un peu moins de deux semaines que l’Empire du Milieu avait mis un terme à la suspension des importations de viande canadienne imposée à la fin juin pour riposter contre l’arrestation de la dirigeante de Huawei, Meng Wanzhou à Vancouver, plus tôt cette année.

Un accord est survenu entre les deux pays. Ce faisant, la Chine a décidé de rouvrir ses frontières aux producteurs canadiens de bœuf et de porc. Le pays d’Asie est, pour ces deux industries, respectivement le cinquième et le deuxième marché en importance pour l’exportation.

« C’est un grand soulagement, commente François Nadeau, président des Éleveurs de porc de la Montérégie. De la fermeture des frontières jusqu’à il y a deux semaines, ça a été une période assez difficile, tant pour les producteurs que pour les transformateurs de porc. »

« On est bien contents d’avoir retrouvé l’accès à ce marché-là, fait pour sa part valoir Luc Ménard, chef de la direction chez F. Ménard, qui fournit plus de 15 % de toute la production québécoise. On s’est remis à la production le lendemain ou le surlendemain de l’annonce, et on vient tout juste d’envoyer notre premier voyage. »

C’est un son de cloche similaire qu’on entend du côté des Producteurs bovins du Québec. « On s’est fait tasser et de ravoir accès aux marchés ouverts mondialement est un immense soulagement. On espère seulement que ce n’est pas un répit à court terme », souligne le président de l’association, Claude Viel.

Pertes

L’embargo de cinq mois sur les exportations de viandes a provoqué d’importantes pertes financières chez les producteurs.

En 2018, les exportations de porc par les producteurs québécois avaient atteint 283 millions de dollars. Comme 70 % de la production porcine au pays est destinée à une consommation extérieure, les éleveurs de porc canadiens ont perdu environ
119 millions de dollars dans la crise, indique François Nadeau. 

En septembre, le ministre québécois de l’Agriculture, André Lamontagne, a avancé une perte de 6 millions par semaine pour les producteurs de porc de la province, une donnée qui n’avait toutefois pas été confirmée par les acteurs de l’industrie. 

Avec une baisse du prix du porc estimée à environ 7 $ du 100 kg en raison de la suspension des importations en Chine, les producteurs canadiens de porc auraient perdu un total de
265 millions de dollars.

Le tout n’est pas sans effet domino. « Quand on a moins de revenus, souvent, on doit remercier des employés ou reporter des investissements prévus sur nos fermes », indique M. Nadeau.

Luc Ménard n’était pas en mesure de chiffrer les pertes de l’entreprise, acquise plutôt cette année par Olymel. Néanmoins, les effets de l’embargo se sont fait sentir, surtout parce que la compagnie n’est pas parvenue à ouvrir de nouveau marché pour des parties du cochon qui ne sont consommées que presque exclusivement par les Chinois.


La production bovine québécoise ne représente qu’environ 6 % de la production nationale, mais la Belle Province est le principal fournisseur de veau au pays avec 75 % de toute la production.

« La Chine achetait des pièces du porc qu’on ne consomme pas en Amérique du Nord : la tête, les os, les jarrets, la couenne, les pieds, énumère-t-il C’est certain que certains morceaux n’ont pas trouvé preneur, alors nous avons été obligés de nous en débarrasser. »

« C’est embêtant de donner un chiffre. Le fait d’avoir perdu un marché comme celui de la Chine pendant plusieurs mois a évidemment un impact négatif sur le prix des ventes, et ce, malgré une demande à la hausse, souligne
M. Viel. Mais comme le Québec est un petit producteur de bovins par rapport à l’Ouest canadien, c’est surtout là-bas que ça a fait mal. »

Selon M. Viel, le prix moyen par tête en production bovine a chuté de 150 $ en Ontario. Il serait réaliste d’appliquer cette donnée sur la production québécoise.

Défis

François Nadeau est par ailleurs d’avis que la fermeture des frontières est une conséquence des pressions diplomatiques exercées par la Chine sur l’Amérique du Nord et de l’affaire Huawei. 

« Des millions de porcs sont morts en Chine des suites de la peste porcine africaine. Comme la Chine est à la fois le plus grand producteur et le plus grand consommateur de porc dans le monde, on s’attendait à une bonne année à cause de la demande chinoise », explique-t-il.

« En février et en mars, il y avait eu des problèmes avec l’exportation de canola. Puis, la Chine a dit que certains de nos certificats d’exportation étaient falsifiés ou erronés, poursuit le président. Ils nous disaient avoir retrouvé de la ractopamine [ndlr : un médicament favorisant la croissance] dans la viande alors qu’au Canada, ça fait dix ans qu’on en utilise plus. On était donc très, très surpris. À mon avis, l’agriculture s’est une fois de plus fait prendre en otage. »

M. Viel abonde en ce sens, lui qui croit que la guerre d’usure aurait pu perdurer si les besoins chinois étaient plus modestes. « C’est un dossier exclusivement politique et c’est évident que les producteurs en ont fait les frais. Tout est arrivé simultanément. Si ça n’avait pas eu de dimension politique, les Chinois n’auraient pas bloqué nos exportations, car ils ont trop besoin de nos produits. Et si les Chinois n’avaient pas eu autant besoin du produit, ils auraient étiré l’élastique encore quelques mois », croit-il.

Maintenant que la crise semble derrière eux, les producteurs de porc se sont remis au boulot. Mais l’avenir comporte son lot de défis.

« Il faut que le marché s’ajuste à la nouvelle réalité et ça va se faire tranquillement, estime Luc Ménard. Pour nous, ça implique de combler le vide et de continuer à bien servir nos clients actuels. »

M. Nadeau abonde en ce sens. « On va faire une table de travail pour évaluer les pertes et on va demander à être compensés », dit-il, ajoutant toutefois que les consommateurs canadiens ne devraient pas trop subir les contrecoups de la situation.

— Avec des informations de La Presse canadienne, de l’UPA de la Montérégie, des Éleveurs de porc du Québec, des Producteurs de bovins du Québec

DES INDUSTRIES D'IMPORTANCE DANS LA RÉGION

Tout près de la moitié du porc exporté du Canada est élevé en sol québécois et le quart des exportations québécoises de porc sont destinées à la Chine.

À l’inverse, la production bovine québécoise ne représente qu’environ 6 % de la production nationale, mais la Belle Province est le principal fournisseur de veau au pays avec 75 % de toute la production.

Dans la région immédiate, l’élevage de porc et de bœuf génère d’importantes retombées économiques. Selon les données les plus récentes publiées sur le site Internet de l’Union des producteurs agricoles (UPA) de la Montérégie, les revenus tirés de la production porcine totalisaient 241,7 millions de dollars en 2014 dans les MRC d’Acton, de Brome-Missisquoi, de la Haute-Yamaska et de Rouville. Cette dernière MRC, où on retrouve le géant du porc F. Ménard, comptait des revenus de 141,7 millions $ à elle seule. 

La production de bovins de boucherie a pour sa part produit tout près de 67 millions de dollars en revenus pour la même année, dont environ 39 millions dans la seule MRC d’Acton.