Frère et soeurs, Nicole Dion, 71 ans, Sylvain Tremblay, 78 ans, et Jacqueline Moisan, 80 ans, se sont retrouvés ensemble pour la première fois de leur vie, samedi.

Rencontre inattendue avec une soeur retracée à 80 ans

Tout le monde aime le sentiment de retrouver des proches après un bon moment sans les avoir vus. Imaginez un instant rencontrer votre frère ou votre sœur pour la première fois à 80 ans. Incroyable, n’est-ce pas ? C’est ce qui est arrivé à Jacqueline Moisan (née Dion), qui a rencontré, pour la première fois, sa sœur Nicole Dion et son frère Sylvain Tremblay (né Dion).

C’est en autobus en provenance de Québec que Jacqueline, 80 ans, est débarquée, samedi en fin de journée, à Saguenay, attendue à la gare par son frère Sylvain, 78 ans, qu’elle n’avait encore jamais vu. Après les présentations formelles, ils se sont rendus chez Sylvain, au Camping les Gitans de Laterrière, où attendait Nicole, 71 ans, qui ne savait pas ce qu’elle était sur le point de vivre.

Le cœur rempli de fébrilité, Jacqueline, qui a aussi la jasette facile, se devait de raconter l’histoire à son chauffeur, alors qu’elle vivait peut-être la plus longue traversée de la Réserve faunique des Laurentides. Un chauffeur d’autobus sympathique qui n’en revenait pas de l’histoire de la famille Dion, Tremblay et Moisan.

Frère et soeurs, Nicole Dion, 71 ans, Sylvain Tremblay, 78 ans, et Jacqueline Moisan,80 ans, se sont retrouvés ensemble pour la première fois de leur vie.

À sa sortie de l’autobus, Sylvain était là. Debout, attendant de découvrir qui était la femme avec laquelle il partageait tant de liens, mais si peu à la fois. Larmes, sourires, rires ; personne ne peut comprendre le sentiment qui les a habités lors du premier croisement de regards.

« Je l’appelais Madame, raconte Sylvain en riant du souvenir des premiers instants. Je me suis dit : “Bien voyons, qu’est-ce que je fais là, c’est ma sœur !” et j’ai tout de suite arrêté de l’appeler Madame. »

Les deux avaient tant de choses à se dire, mais une autre chose ne pouvait attendre.

Cet incontournable, c’était Nicole qui attendait patiemment le retour de Sylvain qui, pour elle, était parti chercher une amie qu’il connaissait depuis un temps.

De retour chez lui, Sylvain entre et présente à Nicole une femme qu’il a rencontrée et qui a des parents qui se nomment Simone et Claude Dion. Nicole fond en larmes. Après tant d’années, elle rencontre enfin sa sœur, qu’elle n’avait plus espoir de rencontrer un jour. « C’est magique, le bonheur total », commente Nicole. Elle n’en revenait tout simplement pas que son frère lui ait fait le même coup qu’elle, 32 ans plus tard. « Je suis arrivée chez lui un jour, j’ai frappé et lui ai annoncé que j’étais sa sœur. Maintenant, c’est à lui de me le faire avec notre sœur. J’ai encore de la misère à le croire. »

Au lendemain de leur rencontre, les trois flottaient toujours sur un nuage. « Non, mais 80 ans, te rends-tu compte ? Je pense que c’est un record Guiness », dit Sylvain, avec son sourire habituel. Après une recherche du Quotidien, les plus vieilles retrouvailles trouvées sont celles d’un soldat américain et de son amoureuse française lors de la Deuxième Guerre mondiale qui, il y a quelques mois, se sont retrouvés 75 ans plus tard, lors des commémorations du 75e anniversaire du débarquement de Normandie.

À 71 ans et 80 ans, les soeurs biologiques Nicole et Jacqueline ont joué une première partie de pétanque ensemble.

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À LA MÊME ÉCOLE SANS LE SAVOIR QU'ELLES SONT SOEURS

Si, parfois, le monde est petit, dans certains cas, il est plus qu’énorme. Nicole et Jacqueline avaient fréquenté la même école au même moment, sans jamais savoir qu’elles étaient sœurs. « On était dans la même école, dans la même ville et on ne le savait pas. C’est incroyable », raconte Jacqueline, visiblement ébranlée par la situation.

Noël semble bien trop loin pour prévoir une rencontre de famille, mais Nicole a la volonté de réunir toute la famille dans les prochains mois. Elle souhaite que tous les enfants puissent rencontrer leurs cousins et cousines et que les petits enfants fassent de même. Sylvain n’était pas contre l’idée, mais lance à la blague que « cette fois, ce sera chez Nicole ».

Nicole et Jacqueline résident aujourd’hui toutes deux à Québec. Il sera donc possible pour les deux sœurs de se revoir au cours des prochaines années, chose qu’elles ont l’intention de faire.

Du côté de Sylvain, à la blague, il espère ne pas en rencontrer d’autres. « Ça fait plusieurs coups, là ! J’étais tout seul et là, j’ai une grande famille. Ça donne des cousins et des cousines à mes enfants ; la famille s’agrandit encore. » Il compte bien entretenir la relation avec ses sœurs malgré les quelque 200 kilomètres qui les séparent. Peut-être devra-t-il traverser la Réserve faunique des Laurentides plus souvent qu’autrefois.

Nicole et Jacqueline sont allées à la même école, au même moment durant leur enfance, sans savoir qu’elles étaient soeurs.

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UNE RECHERCHE ENTAMÉE EN 1987

Quatre, c’est le nombre de bambins qu’ont eus Simone Daigle Dion et Claude Dion entre la fin des années 30 et le début des années 40. Ils se prénomment Jacqueline, Sylvain, Nicole et Jacques. 

Jacqueline et Sylvain sont nés avant le mariage de leurs parents, qui ont dû donner les enfants dès leur naissance. Les deux bébés se sont retrouvés dans des familles différentes, Jacqueline à Québec et Sylvain au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Ils n’ont jamais eu conscience de l’existence de l’autre.

Après le mariage de Simone et de Claude, Nicole et Jacques ont vu le jour. Malheureusement, les deux ont aussi été donnés dans des familles d’accueil. Ces deux-là connaissaient leurs origines, savaient qu’ils n’étaient pas seuls, mais n’avaient aucun moyen de retrouver leurs aînés.

Les premières retrouvailles

En 1987, Nicole Dion a entamé ses recherches. C’est au bout de plusieurs mois de travail qu’elle a réussi à retrouver son frère biologique, Sylvain. Elle s’est présentée chez lui, a cogné à la porte et lui a annoncé qu’elle était sa sœur. Un choc pour Sylvain Tremblay, qui savait qu’il avait été adopté, mais qui ne savait absolument rien de ses liens de sang.

C’est comme ça que Sylvain Tremblay a retrouvé ses origines. Quelques jours plus tard, il a fait la connaissance de son frère Jacques, qui est malheureusement décédé depuis quelques années.

Nicole savait aussi qu’elle avait une sœur aînée. Nicole, Sylvain et Jacques ont voulu retrouver la trace de Jacqueline, mais sans succès. Ils ont décidé d’abandonner leur quête. Des années sont passées et, des aveux de Nicole, l’espoir était perdu d’un jour rencontrer sa sœur. Elle n’y croyait plus. Plus les années avançaient, plus il semblait improbable de voir la famille être réunie pour la première fois. Un petit détail a échappé à Nicole : Jacqueline voulait elle aussi connaître ses racines.

Le petit coup de pouce

Le 16 juin 2018, l’Assemblée nationale a adopté la loi 113. Le projet de loi propose de nouvelles règles quant à la communication de renseignements relatifs à l’adoption. Ces nouvelles règles permettent à l’adopté et à ses parents d’origine de connaître l’identité de l’autre ou de se contacter en l’absence d’un refus à la communication de l’identité ou d’un refus au contact.

Jacqueline a bondi sur l’occasion et a réussi à mettre la main sur le nom de sa mère. Cependant, les informations s’arrêtaient à un simple nom et à l’année du décès de Simone. Elle n’a pas réussi à obtenir autre chose et a tenté par elle-même de trouver une piste. « J’ai commencé mes recherches et j’ai trouvé que le journal Le Soleil avait une banque de décès numérique, raconte Jacqueline. J’ai commencé à chercher jour par jour à partir du 1er janvier 1984. J’ai continué, février, mars, avril et là, le 4 avril, je vois le nom de ma mère. C’est là que j’ai trouvé le nom de Nicole et de Jacques. »

Elle a poursuivi ses recherches avec le nom de sa sœur. Malheureusement, elle n’était pas en mesure de trouver des informations sur Nicole. Elle a ensuite essayé avec Jacques. Elle a découvert qu’il était décédé. Comme sa mère était décédée en 1984, Sylvain n’apparaissait pas dans les enfants de Simone, lui qui a été retrouvé en 1987 par Nicole.

Jacqueline s’est donc tournée vers la famille de la veuve de Jacques. Après des démarches auprès du centre funéraire, elle a réussi, grâce à la famille Cloutier et à Caroline Fortin, du Mouvement Retrouvailles, à mettre le grappin sur l’identité d’un deuxième frère dont elle n’avait pas connaissance de l’existence, Sylvain Tremblay.

C’est au téléphone qu’elle a finalement pris contact avec lui, à l’âge de 80 ans. Quelques conversations plus tard, Jacqueline prenait l’autobus en provenance de Québec dans le but de rencontrer son frère et sa sœur pour la toute première fois à Laterrière.