Stéphanie Fortin avait été engagée par la MRC de Mékinac au début décembre. Elle a été renvoyée chez elle six semaines plus tard.
Stéphanie Fortin avait été engagée par la MRC de Mékinac au début décembre. Elle a été renvoyée chez elle six semaines plus tard.

Remerciée pour un flirt avec La Meute?

SHAWINIGAN — Fièrement présentée comme la première coordonnatrice à l’accueil et à l’intégration de nouveaux arrivants à la MRC de Mékinac en décembre, Stéphanie Fortin a déjà été remerciée par le conseil des maires, le 17 janvier. Si l’employeur demeure vague au sujet de ce revirement de situation, la principale concernée affirme que sa participation à une manifestation du groupe La Meute à Québec, le 20 août 2017, lui a valu cette sanction.

Mme Fortin ne nie pas sa présence lors de cet événement très médiatisé, surtout en raison du grabuge provoqué par un groupe de contre-manifestants. Elle était accompagnée de sa mère de 71 ans. Elle ne se décrit pas comme une sympathisante de La Meute, mais plutôt comme une simple participante à une manifestation pour le resserrement du contrôle des immigrants. Elle n’occupait pas d’emploi à ce moment. Elle précise qu’elle n’a jamais participé à d’autres activités de ce groupe identitaire controversé.

Selon son témoignage, la directrice générale de la MRC de Mékinac, Nathalie Groleau, l’a convoquée à son bureau, le 13 janvier, pour l’aviser qu’elle avait reçu un appel anonyme et des vidéos confirmant sa présence lors de cette activité. Elle aurait invoqué cette participation comme motif pour mettre fin à son contrat.

Mme Fortin a alors cru à une simple blague entre collègues, surtout qu’elle affirme avoir obtenu des commentaires fort élogieux pendant la courte période au cours de laquelle elle a travaillé pour la MRC de Mékinac. Elle a reçu divers présents lors du traditionnel party des Fêtes, dont un manteau d’hiver aux couleurs de son employeur.

Elle a toutefois rapidement constaté qu’il ne s’agissait pas d’un jeu.

«Ils m’ont sortie, escortée jusqu’à mon auto sur-le-champ, comme une criminelle», raconte Mme Fortin, visiblement encore ébranlée.

Elle raconte avoir subi beaucoup de pression pour signer une lettre de démission, ce qu’elle n’a jamais voulu faire. Le conseil des maires de la MRC a finalement confirmé la fin du lien d’emploi le 17 janvier.

Elle a cogné à plusieurs portes au cours des derniers jours, comme à la Commission des droits de la personne et à l’aide juridique. Elle souhaite qu’un avocat puisse la défendre.

«Je trouve bizarre qu’on puisse congédier une personne parce qu’elle avait participé à une manifestation près de trois ans avant», fait-elle remarquer. «C’était une marche silencieuse pour la laïcité, mais comme c’était associé à La Meute, c’était controversé.»

«Je ne suis pas raciste», se défend Mme Fortin. «Je suis sortie avec des gens de toutes sortes de races, j’ai travaillé en immigration pendant des années.»

Elle se décrit comme une femme politisée, qui aime s’impliquer dans les enjeux sociaux. Elle s’était d’ailleurs présentée comme conseillère municipale à Shawinigan, en 2009.

«Je ne suis pas une extrémiste», commente-t-elle. «Je voulais seulement faire valoir mes droits. J’ai fait plein de manifestations dans ma vie, avec les carrés rouges, par exemple.»

Mme Fortin se demande qui a pu transmettre cette information à la MRC de Mékinac.

«Je n’en dors plus!», mentionne-t-elle. «Je n’ai aucune espèce d’idée. Ça prend quelqu’un qui a fait beaucoup de recherches.»

Sylvain Pratte, président du Syndicat régional des employés municipaux de la Mauricie (CSN), avait peu d’information sur ce dossier lorsqu’il a été joint, lundi après-midi. Il se penchera assurément sur cette affaire au cours des prochains jours.

Probation

Du côté de la MRC de Mékinac, Alexis Rheault, coordonnateur aux loisirs, à la culture et aux communications, confirme la fin du lien d’emploi avec Mme Fortin le 17 janvier. Il demeure toutefois vague sur les raisons et ne veut pas commenter l’épisode de la manifestation.

«Nous avons mis fin au lien d’emploi pendant la période de probation», explique M. Rheault. «L’aspect du poste était très important et c’est pourquoi nous avions été très fiers de l’annoncer en grande pompe. Nous étions parmi les premières MRC à avoir cette ressource pour nous occuper de l’intégration et de l’accueil des nouveaux arrivants.»

«Malheureusement, Mme Fortin n’a pas rempli les attentes de la MRC, sur des questions administratives surtout. Le poste est accompagné de demandes et de diverses choses à remplir. Certains éléments n’ont pas été atteints. Avec ces constats, la MRC a mis fin au lien d’emploi et le conseil des maires a adopté une résolution en ce sens.»

M. Rheault précise que la période de probation couvrait une période de six mois. Mme Fortin a été remerciée six semaines après son embauche, période qui inclut une semaine de congé pendant les Fêtes.

«Ça peut ne pas paraître long, mais quand des attentes ont été verbalisées, il faut que des choses soient mises en place», mentionne le porte-parole. «Pour nous, les raisons étaient justifiées pour mettre fin à l’emploi à l’intérieur de la période de probation.»

La MRC de Mékinac analyse actuellement si ce poste à la coordination à l’accueil et à l’intégration des nouveaux arrivants sera à nouveau affiché.

«La stratégie demeure une priorité», assure M. Rheault. «Pour le moment, nous pallions tous un peu à l’interne.»