Le recteur de l’UQTR, Daniel McMahon et le président du conseil d’administration, à sa droite, Robert Ricard.

Rejet de la dernière offre patronale à l’UQTR: la ministre David convoque les parties à Québec

TROIS-RIVIÈRES — Au terme d’un scrutin qui aura duré presque trois jours et à 24 heures d’une possible loi spéciale, les professeur(e)s de l’Université du Québec à Trois-Rivières ont finalement rejeté à 87 % le dépôt de l’offre globale et finale de la direction.

À la lumière de ces résultats, «j’ai convoqué aujourd’hui (mercredi) les deux parties à une rencontre de travail qui aura lieu demain (jeudi) à Québec» a indiqué la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, au Nouvelliste. «Je ne commenterai pas davantage le dossier afin de ne pas nuire au processus en cours», dit-elle.
À l’occasion d’une mêlée de presse à Québec, mercredi, la ministre a toutefois indiqué que «nous voulons donner un maximum de chances à une entente négociée, donc je vais les rencontrer personnellement et on va essayer d’aller le plus loin possible dans ce sens-là. Une entente négociée est toujours mieux que n’importe quelle sorte d’entente. Une entente, c’est une négociation. Dans une négociation, ils ont chacun leurs demandes et ils ont chacun leur façon de voir les choses. Alors je veux entendre les parties et je veux discuter avec les deux parties. Soyons optimistes», a plaidé la ministre.
«La communication dans ces domaines-là, dans ces moments-là, est extrêmement importante. Je vais prendre tout le temps nécessaire. Je vais être d’une grande écoute des deux parties et puis nous allons voir et nous allons essayer de trouver la voie de passage. C’est ce que je demande depuis le tout début», a rappelé Mme David.
L’UQTR sera présente à cette rencontre, a confirmé le recteur, Daniel McMahon «pour voir ce que Mme David a à nous suggérer et nous nous gouvernerons en conséquence par rapport à l’engagement qui a été pris par le premier ministre», dit-il. «Je vais être bon joueur encore une fois. Je vais attendre à demain (jeudi) pour voir ce que Mme David a à nous dire et s’il y a lieu, je demanderai à M. Couillard d’honorer son engagement», prévient-il.
Le Syndicat a réitéré en point de presse, mercredi, qu’il souhaite poursuivre les négociations et qu’il ne croit pas en la nécessité d’une loi spéciale. «Moi, je crois en la parole de mon premier ministre», répond pour sa part le recteur sans être en mesure d’affirmer catégoriquement qu’il y aura une loi spéciale comme prévu, vendredi. «Je ne le sais pas. Tout peut avancer encore une fois. On est ouvert à une entente négociée. Une entente négociée», répète-t-il en soulignant très fort le mot «négociée».
Cette entente, martèle-t-il, devra «tenir compte de la situation financière de l’Université».
Alors que le Syndicat déplorait, mercredi encore, ne pas avoir pu obtenir les chiffres au cours des négociations, le recteur a insisté pour dire que tous les chiffres ont bel et bien été remis au Syndicat à l’exception des états financiers du 30 avril dernier puisqu’ils n’ont pas encore été audités. Or, le recteur a annoncé malgré tout que le déficit sera de 9 156 000 $ pour la dernière année.
«On a la volonté d’en arriver à un règlement, mais on pense qu’il n’y a pas de possibilité», en conclut pour sa part le président du conseil d’administration de l’UQTR, Robert Ricard. «Sachez bien que lorsqu’on nous nomme comme administrateur, on nous demande de gérer de façon correcte, dans les règles de l’art, les fonds publics», dit-il.
M. Ricard prévient que si, en acceptant les demandes du Syndicat, «on s’en va sur une situation de déficit prolongé, le CA, les membres, qui sont des gens responsables et compétents, n’auront d’autre choix, effectivement, que d’aller chercher cet argent ailleurs, dans d’autres services qui sont  offerts aux étudiants, dans d’autres avenues. On n’aura pas le choix», prévient-il.
Le recteur, pour sa part, a répété qu’il n’entend aucunement devenir celui que sera «le fossoyeur des programmes».
«Pour être capable de faire fonctionner l’Université, il va falloir qu’on coupe quelque part. Si l’on ne freine pas l’accroissement de la masse salariale, ça veut dire qu’on va devoir aller jouer dans les programmes», prévient Daniel McMahon. «Je ne suis par sûr qu’on a expliqué ça aux professeurs», laisse-t-il entendre.

Le négociateur en chef du SPPUQTR, René Lesage, à droite, en compagnie du président du comité des affaires universitaires, Christian Linard, à gauche et du président du Syndicat, Ismaïl Biskri.

Le Syndicat a qualifié d’historique et de massif, mercredi, le rejet du dépôt patronal par les professeurs. Ils ont été 322 sur 445 à voter alors qu’on est en pleine période estivale.
«J’aime bien l’expression de la ministre (David) disant qu’entre personnes intelligentes, on doit être capable de trouver des voies de passage», a indiqué le négociateur en chef, René Lesage. «Ce serait difficile d’entrevoir une loi spéciale parce que les professeurs sont au travail, les étudiants ne sont pas privés de cours, la direction continue à gérer l’Université. Pourquoi faire une loi spéciale alors que les négociations se poursuivent?» se questionne-t-il.

Frédéric Thibault, président de l’AGEUQTR.

Le président de l’Association générale des étudiants de l’UQTR, Frédéric Thibault, croit que «l’utilisation d’une loi spéciale serait pour empêcher de futurs moyens de pression, soit d’un côté ou de l’autre. Donc, dans ce cas-là, si cette loi-là peut freiner les ardeurs, soit au niveau d’un lock-out ou d’une grève, peu importe, c’est sûr et certain qu’on va la prendre», dit-il.
D’autre part, des deux côtés, les parties estiment que les négociations n’avancent pas et s’accusent mutuellement de ne pas broncher.
Le député Jean-Denis Girard a indiqué au Nouvelliste qu’il souhaite lui aussi une entente négociée et qu’il sera présent à la rencontre de jeudi avec Mme David. Il n’a toutefois pas voulu s’avancer sur la nature des discussions qui se tiendront entre les parties.