La femme et les deux garçons de Rafael Garcia Sabino viendront le rejoindre pour vivre à Roberval d’ici quelques mois.

Recrutement de main-d'oeuvre: du Mexique à Roberval

Grâce à de nouvelles initiatives de recrutement international, 34 nouveaux arrivants, dont huit professionnels, sont en voie de s’installer dans le Nord du Lac-Saint-Jean. Et ce n’est qu’un début, car la stratégie est payante pour les employeurs qui voient leur croissance limitée par la pénurie de main-d’oeuvre.

Dans l’usine de Produits Gilbert à Roberval, Rafael Garcia Sabino manoeuvre une machine d’usinage à la fine pointe de la technologie pour fabriquer des pièces d’une raboteuse. « Bonjour, comment ça va ? », lance le jeune mexicain de 31 ans à notre arrivée.

Rafael n’est pas encore tout à fait à l’aise en français, mais à peine six semaines après s’être installé à Roberval, il se débrouille déjà très bien et ses progrès sont fulgurants grâce aux six heures de cours de français par semaine qu’il reçoit sur les lieux de travail, en compagnie de son compatriote, Juan Manuel Parra Aguilar, un autre machiniste de 27 ans arrivé il y a trois semaines. « Le 26 juin, une troisième recrue mexicaine s’ajoutera à l’équipe de travail de Produits Gilbert », lance fièrement Lydia Gaudreault, la directrice générale de l’entreprise qui mise désormais sur le recrutement international pour combler ses besoins de main-d’oeuvre. D’ici quelques mois, ces travailleurs accueilleront aussi leur famille, ce qui ajoutera neuf nouveaux résidants au Lac-Saint-Jean.

Sébastien Gilbert, superviseur à l’usinage, Juan Manuel Parra Aguilar, machiniste, Dave Sasseville, machiniste depuis 17 ans, Lydia Gaudreault, directrice générale, Rafael Garcia Sabino, machiniste, et Cindy Blanchette, responsable des ressources humaines, posent devant les drapeaux mexicain, québécois et français installés dans l’usine Produits Gilbert, signe de l’inclusion.

Si l’idée de recruter à l’international était dans les cartons depuis quelque temps, c’est Lydia Gaudreault, embauchée en juin 2018, qui a concrétisé les aspirations de Produits Gilbert en lançant une première mission de recrutement au Mexique à peine quelques mois après son arrivée, soit en août dernier.

Dans le cadre de cette mission, l’entreprise de Roberval a travaillé avec une agence privée, qui a fourni une banque de curriculum vitae, organisé le séjour au Mexique et les entrevues avec les candidats ciblés. Une opération efficace, car dès septembre, trois machinistes mexicains étaient embauchés. Avec un contrat de travail en main, il n’a fallu que quelques mois pour compléter les démarches d’immigration.

Au-delà d’améliorer grandement son salaire, Juan Manuel Parra Aguilar, 27 ans, souhaite se développer professionnellement et, qui sait, peut-être rencontrer l’âme soeur au Lac-Saint-Jean.

Du Mexique à la France

Fort de cette première réussite, Produits Gilbert a décidé de continuer sur cet élan en participant à une deuxième mission de recrutement, dans le cadre des Journées Québec organisées à Paris en décembre dernier. Ces journées sont le fruit d’un partenariat entre le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale et le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion ainsi que trois agences de développement économique régionales, soit Montréal International, Québec International et la Société de développement économique de Drummondville.

Même si ces trois agences de développement économique travaillent principalement pour les régions qu’elles représentent, elles collaborent aussi avec les régions pour augmenter le nombre d’emplois offerts aux candidats, mentionne Marie-Josée Chouinard, directrice en attraction de talents, Québec International. « Ensemble, on est plus forts et on est encore plus attractifs », estime-t-elle.

Ainsi, la collaboration établie entre Québec International et la stratégie Ose le pays des Bleuets, pilotée par Portes ouvertes sur le lac en partenariat avec le CLD et la MRC du Domaine-du-Roy, a permis à trois entreprises, Produits Gilbert, Desco et Métro DB, d’aller rencontrer une pépinière de nouveaux talents en France.

« Ces missions-là permettent de faire plusieurs entrevues avec des candidats préalablement ciblés qui souhaitent venir s’établir au Québec, souligne Magali Robert, chargée de projet au CLD du Domaine-du-Roy. On accompagne les entreprises pour faire la promotion de la région et pour parler du milieu. Les entreprises peuvent donc se concentrer sur les entrevues. »

Une formule qui fonctionne à merveille, selon Rémi Harvey, un des propriétaires de Desco.

« On a rencontré plus de candidats en une fin de semaine qu’en quatre ans chez nous », renchérit-il.

Six mois après la mission de recrutement, cette première participation d’entreprises jeannoises porte déjà ses fruits, car cinq professionnels devraient s’établir dans la région au cours des prochains mois. Avec leur famille, ce sont 25 nouveaux arrivants qui viendront dynamiser les MRC du Domaine-du-Roy et de Maria-Chapdelaine, soutient Magali Robert.

« Les conjointes des travailleurs auront accès à un permis de travail ouvert et on les aide déjà à trouver un emploi avant leur arrivée », ajoute-t-elle.

Avec l’accueil des trois employés mexicains, recrutés par Produits Gilbert, et de leurs familles, on peut donc compter 34 nouveaux arrivants au Lac-Saint-Jean. Et ce n’est qu’un début, car l’entreprise Hydromec, qui a participé à une autre mission de recrutement, les 1er et 2 juin derniers, est en discussion sérieuse avec un candidat qui viendra visiter la région d’ici la fin du mois.

Sans compter que Produits Gilbert participe à une autre mission, au Maroc et en Tunisie, du 12 au 20 juin, en collaboration avec Ose le pays des Bleuets. « On a reçu 1200 candidatures pour combler quatre postes de machinistes », se réjouit Lydia Gaudreault, avant d’ajouter n’avoir reçu aucun CV pour de telles fonctions au Québec au cours de la dernière année. L’entreprise a sélectionné 90 candidats en entrevue.

Au cours des prochains mois, d’autres missions seront organisées, notamment en France, en Belgique, au Mexique, en Colombie et en Tunisie.

La femme et les deux garçons de Rafael Garcia Sabino viendront le rejoindre pour vivre à Roberval d’ici quelques mois.

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UN INVESTISSEMENT RENTABLE

Même s’il faut dépenser des milliers de dollars pour recruter des talents à l’international, le jeu en vaut la chandelle pour les entreprises qui voient leur expansion limitée par le manque de main-d’œuvre.

« Au cours des deux dernières années, on a dû mettre de côté des contrats qui valent près d’un million de dollars, souligne Rémi Harvey, un des propriétaires de Desco, une entreprise spécialisée dans la fabrication d’équipements pour l’industrie forestière qui compte une soixantaine d’employés à Chambord. Je pourrais engager 10 mécaniciens soudeurs demain matin », ajoute-t-il.

Au total, il faut compter entre 6000 et 10 000 dollars, parfois plus, pour faire une mission de recrutement, remplir les papiers d’immigration, accompagner et accueillir un travailleur issu de l’immigration, estiment les employeurs interviewés. 

Ces sommes sont toutefois considérées comme étant un bon investissement, estime Rémi Harvey, qui espère accueillir jusqu’à trois candidats qu’il a rencontrés lors d’une mission à Paris en décembre dernier. 

Même son de cloche du côté de Lydia Gaudreault, directrice générale chez Produits Gilbert. « Le manque de main-d’œuvre est un frein à notre croissance, dit-elle. C’est moins cher d’investir dans le recrutement international que de se priver de la production. »

Chez Métro DB, la mission internationale a permis de passer une cinquantaine de candidats en entrevue pour des postes de cuisiniers, une denrée rare, selon Naomi Boutin, la directrice logistique. « On accueillera un chef cuisiner au début juillet et deux autres cuisiniers devraient arriver au cours des six prochains mois », se réjouit-elle.

L’entreprise Hydromec, qui tient des bureaux à Dolbeau-Mistassini et à Saguenay, a participé à une mission de recrutement à Paris, le 1er et 2 juin derniers.

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COMMENT FONCTIONNE UNE MISSION DE RECRUTEMENT INTERNATIONAL?

Oubliez les foires de l’emploi, car les missions de recrutement international offertes en partenariat avec les organisations comme Québec International offrent beaucoup plus aux employeurs. D’abord, l’employeur doit remplir une offre d’emploi qui est présentée aux travailleurs qui ont déjà démontré un intérêt pour venir s’établir au Québec.

L’organisation fait un tri pour sélectionner les candidatures les plus pertinentes. « Les CV sont analysés avant d’être acceptés pour être certains qu’ils ont les compétences requises pour les postes affichés », précise Josée Bouchard, directrice générale de Portes ouvertes sur le Lac et de la Stratégie de main-d’œuvre Ose le pays des Bleuets. Puis, c’est l’employeur qui décidera quels candidats il souhaite rencontrer en entrevue. Selon les besoins, les employeurs peuvent rencontrer entre 15 et 50 candidats, voire plus encore, en plus de participer aux foires ouvertes. Lorsqu’ils trouvent la perle rare, les employeurs peuvent faire une offre d’emploi sur-le-champ, solliciter d’autres entrevues par vidéoconférence ou inviter le futur employé à un séjour exploratoire. C’est seulement lorsqu’un contrat de travail est signé que les démarches d’immigration peuvent être enclenchées, un processus qui dure entre cinq et neuf mois. 

Étant donné que plusieurs personnes sont venues visiter le kiosque de la stratégie Ose le pays des Bleuets, Josée Bouchard a même ramené une vingtaine de CV qui répondent à certains besoins importants dans la région, lors de la mission qui s’est déroulée en début juin. « On a reçu des CV de spécialistes en informatique, d’enseignant en physique, d’adjointe administrative, en comptabilité, en hôtellerie, en tourisme et plus encore, dit-elle. On va maintenant contacter les employeurs pour voir s’ils sont intéressés à rencontrer ces gens-là. »

À titre indicatif, les opérations de recrutement faites par Québec International ont permis d’attirer plus de 1000 professionnels, et près de 2500 personnes en comptant leur famille, dans les régions de Québec et de Chaudières-Appalaches, l’an dernier.