Juge, personnel de la cour, avocats et accusés — y compris Jonathan Rochette (centre) qui est détenu — ont accompagné les jurés dans le Vieux-Limoilou, vendredi.

Rare visite des jurés sur les lieux du crime allégué

«Avez-vous des vêtements chauds?» Le juge Louis Dionne de la Cour supérieure a amené les 12 jurés du procès de Jonathan Rochette, accusé de trafic de stupéfiants, voir ce que la poursuite dit être une cache de drogue. Une sortie rare, mais prévue au Code criminel.

En carrière, c’était la première fois que le juge Dionne organisait une telle visite avec des jurés en plein procès criminel.

L’article 652 du Code criminel donne le pouvoir au juge «à tout moment après que le jury a été assermenté et avant qu’il rende son verdict, d’ordonner que le jury visite tout lieu, toute chose ou personne, et il donne des instructions sur la manière dont ce lieu, cette chose ou cette personne doivent être montrés, et par qui ils doivent l’être, et il peut à cette fin ajourner le procès».

Le procès de Jonathan Rochette, de sa mère Peggy Gagnon et d’un autre individu, Antoine Lévesque, pour trafic de stupéfiants en est à sa troisième semaine d’audition. La poursuite allègue que Rochette dirigeait un réseau vendant toutes sortes de drogue en grande quantité.

Les jurés ont entendu cette semaine un policier — aujourd’hui retraité — de la Sûreté du Québec, Robin Bouchard, expliquer comment il a fait de la surveillance le 27 juillet 2016 aux abords du 308, 1re Rue dans Limoilou. Environ 255 000 comprimés de métamphétamines allaient être saisis éventuellement à cet endroit.

Le policier dit avoir vu un homme transporter des sacs de hockey remplis et les déposer dans une camionnette blanche. Une femme l’accompagnait.

Suspects reconnus

Cette scène était filmée par une caméra de surveillance installée là quelques mois plus tôt par les policiers.

Robin Bouchard a affirmé aux jurés que l’homme et la femme qu’il a vus ce matin-là étaient bel et bien Jonathan Rochette et sa mère Peggy Gagnon. Il dit avoir pu les reconnaître grâce notamment à ses fiches de surveillance policière.

Les avocats de Rochette, Gagnon et Lévesque ont commencé à interroger Robin Bouchard sur ce qu’il voyait réellement de son point d’observation, dans un petit stationnement de la rue Des Sables, et s’il était en mesure de faire l’identification des accusés. 

Le juge Dionne a expliqué aux jurés que les avocats de défense avaient été en mesure de faire certains constats en se rendant sur les lieux. «Mais moi j’ai rien vu et vous, vous n’avez rien vu non plus, note le juge Dionne. Il est important que vous puissiez voir.»

En quelques heures, le juge Dionne a organisé une visite des lieux.

Juge, personnel de la cour, avocats et accusés — y compris Rochette qui est détenu — ont accompagné les jurés dans le Vieux-Limoilou.

Les pieds dans la neige

Une camionnette a été installée dans la ruelle pour essayer de reconstituer l’image que le policier Bouchard pouvait avoir lors de sa surveillance.

Les pieds dans la neige printanière, les jurés ont donc arpenté la ruelle et la rue des Sables, en prenant des notes dans leur calepin. Les constables spéciaux s’assuraient que personne ne puisse leur adresser la parole pendant que les agents correctionnels gardaient un œil sur leur «protégé». 

La visite aura duré un peu moins d’une heure. Le procès doit se poursuivre encore plusieurs semaines.