Le chef conservateur, Andrew Scheer, a annoncé lundi matin en compagnie de quelques-uns de ses députés québécois, que son gouvernement élu serait ouvert, en 2019, à entamer des discussions avec l’Assemblée nationale en vue de la mise en place d’une déclaration de revenus unique.

Rapport d’impôt unique: les conservateurs ouverts à discuter avec Québec

Entouré de ses élus dans la région, le chef du Parti conservateur du Canada (PCC), Andrew Scheer, a annoncé lundi matin à Québec qu’un gouvernement conservateur serait ouvert, en 2019, à entamer des discussions avec l’Assemblée nationale en vue de la mise en place d’une déclaration de revenus unique.

Réunis en conseil général à Saint-Hyacinthe le 13 mai dernier, les quelques centaines de militants conservateurs avaient déjà endossé l'idée d'implanter une déclaration de revenus unique pour les contribuables québécois qui serait gérée par Québec. Une motion déposée plus tard par le Parti québécois (PQ) avait été adoptée à l’unanimité sur la colline parlementaire, lançant officiellement les débats sur la question un peu partout dans la province.

Le premier ministre Justin Trudeau s’était lui montré plutôt réticent à l’idée, affirmant notamment que le Québec avait «déjà beaucoup de contrôle» actuellement dans plusieurs champs de compétences, notamment en matière d’immigration, de langue ou encore de culture. «De laisser une partie de la responsabilité fédérale à une province, ce n’est pas une décision à prendre à la légère», avait-il tranché, expliquant ne pas voir une nécessité ou une priorité dans le projet. 

Lundi, à l’Hôtel Grand Times sur le boulevard Hamel, Andrew Scheer a déclaré que «les Québécois sont tannés de devoir remplir deux déclarations chaque année et de devoir faire affaire avec l’Agence du revenu du Canada (ARC), d’un côté, et du ministère [du Revenu], de l’autre».

Dans les dernières semaines, le leader conservateur affirme avoir entendu les préoccupations provinciales au cours d’une série de consultations régionales. «À chaque rencontre, ce sujet-là revenait presque toujours, poursuit-il. Il ne manque qu’une chose : un peu d’ouverture et de courage politique».

Soutenu par plusieurs députés conservateurs de la région de Québec comme Alupa Clarke ou Gérard Deltell, le chef de l’opposition officielle veut combattre les mythes que relaie Justin Trudeau à propos d’un rapport d’impôt unique. 

«Il prétend que ça va éliminer des emplois, mais c’est faux, lance-t-il. Il prétend que ça empêchera l’ARC de combattre l’évasion fiscale, c’est aussi faux. Mon gouvernement s’engage à défendre l’expertise d’ici. Tout ce qui va changer, c’est le nombre de déclarations que les Québécois devront envoyer.» 

Les conservateurs estiment que les provinces sont parfaitement en mesure de s’administrer eux-mêmes, et qu’elles n’ont pas besoin d’un Justin Trudeau «pour leur dire comment assurer leur propre bien-être». 

Deltell dénonce «l’arrogance» de Trudeau

Le député à la Chambre des communes pour Louis-Saint-Laurent, Gérard Deltell, a profité de l’occasion pour attaquer lui-aussi directement le premier ministre Trudeau sur sa réaction au projet proposé par Québec. 

«Il ne veut rien savoir dans son arrogance habituelle. Il a reviré ça de bord comme une vieille crêpe en disant carrément que vous croyez à ça, vous, aux motions unanimes de l’Assemblée nationale, affirme-t-il. Quel mépris pour l’institution et les élus du Québec, c’est typique de M. Trudeau.» 

L’ancien chef de l’Action démocratique du Québec (ADQ) reconnaît que la création d’un rapport unique ne sera pas facile, mais il en vante tout de même les bénéfices. «Bien entendu, ça va être beaucoup de discussions. On n’est pas ici pour dire qu’avec un coup de baguette magique, ça va se faire en deux jours, lance-t-il. Mais il faut voir que ce n’est pas facile non plus de faire la jonction de la TPS avec le fédéral et le provincial.» 

Rappelant que «l’appétit est là maintenant pour le rapport unique», l’élu conservateur de 53 ans estime que son parti n’est pas dans un objectif d’économies à terme, mais surtout de «simplification de la vie des contribuables». «Entre vous et moi, avez-vous déjà vu un politicien promettre des économies après une fusion et ça a marché? Non. Donc nous, on joue franc jeu là-dessus.»

Le lieutenant politique des conservateurs au Québec, Alain Rayes, a pour sa part insisté sur le fait que le Québec demeure, à ce jour, «la seule province canadienne à encore produire deux déclarations séparées». «Ça s’est déjà fait ailleurs, donc oui c’est très possible, il faut s’asseoir et discuter», poursuit-il.

Ses troupes entendent prioritairement «maintenir la qualité et l’expertise des deux paliers de gouvernement dans les négociations». 

+

LA CAQ EST EMBALLÉE

Simon Jolin-Barrette, député de la CAQ dans Borduas et porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière d’affaires intergouvernementales canadiennes.

Lundi en fin d’avant-midi, le député de la CAQ dans Borduas et porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière d’affaires intergouvernementales canadiennes, Simon Jolin-Barrette, a indiqué au Soleil que son parti propose «depuis longtemps déjà» l’implantation d’une déclaration de revenus unique.

Celle-ci serait, dans le plan des caquistes, assurée par le gouvernement du Québec qui, aux dires du député, possède toute l’expertise nécessaire pour fusionner les perceptions d’impôts et de taxes fédérales et provinciales. 

«L’autonomie fiscale représente le fondement même des pouvoirs de l’État québécois et nous considérons qu’une telle mesure simplifiera considérablement la vie des citoyens, en plus de réduire les coûts associés à la double déclaration», exprime-t-il.

La CAQ indique du même coup soutenir l’initiative du Parti conservateur du Canada et sa volonté de «respecter les compétences du Québec» en matière de fiscalité. La nouvelle s’agit «d’un gain important pour tous les Québécois», conclut M. Jolin-Barrette.