Raif Badawi «citoyen d'honneur» de Montréal, sans la présence de son épouse

MONTRÉAL - La Ville de Montréal a octroyé lundi la «citoyenneté d'honneur» au blogueur Raif Badawi, votant à l'unanimité pour remettre cette distinction au père de trois enfants qui croupit dans une prison saoudienne depuis six ans.

Une cérémonie présidée par la mairesse Valérie Plante s'est déroulée lundi après-midi à l'hôtel de ville, mais en l'absence de la femme du blogueur. Mme Plante a imputé à un malentendu de planification cette absence remarquée. 

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Ensaf Haidar était toutefois présente dans la galerie des spectateurs, un peu plus tard, lorsque les conseillers municipaux ont voté pour accorder la citoyenneté d'honneur à son mari.
Le conseiller municipal de Snowdon et chef de Coalition Montréal, Marvin Rotrand, qui avait présenté récemment la résolution au conseil, croit que les villes peuvent poser des gestes concrets dans ce dossier d'affaires étrangères.
«Nous sommes des élus municipaux (...) mais cela a un impact au niveau provincial, puis fédéral. Notre point de vue, c'est que le mouvement doit être agrandi au niveau international», a-t-il estimé. M. Rotrand a d'ailleurs indiqué qu'il avait reçu des assurances que les gouvernements provincial et fédéral augmenteraient la pression pour obtenir la libération de M. Badawi.
«Nous voulons que l'Arabie saoudite sache que nous n'allons pas lâcher prise, qu'il y aura un coût politique et permanent, et que le mouvement ne va pas s'éteindre mais croîtra avec le temps», a déclaré M. Rotrand en conférence de presse, lundi matin, avant la séance mensuelle du conseil municipal.
Montréal n'est pas la première municipalité québécoise à accorder la distinction de «citoyen d'honneur» à M. Badawi - Sherbrooke, où sa femme Ensaf Haidar et ses enfants vivent depuis quelques années, et la municipalité de Hampstead, sur l'île de Montréal, l'ont déjà fait.
Raif Badawi, qui n'est pas citoyen canadien, a été emprisonné en 2012 et condamné à 10 ans de prison, à 1000 coups de fouet et à une amende de 300 000 $ pour avoir critiqué des dignitaires religieux saoudiens. Il a reçu 50 coups de fouet en janvier 2015, lors d'une flagellation publique, mais il ne semble pas en avoir reçu d'autres depuis.

La femme du blogueur Raif Badawi, Ensaf Haidar, n'était pas présente lors de la cérémonie. La mairesse Valérie Plante a imputé à un malentendu de planification cette absence remarquée.

La condamnation de M. Badawi a suscité une vaste condamnation dans le monde, et Amnistie internationale a demandé aux gouvernements canadiens successifs d'en faire davantage pour obtenir sa libération. L'ancien ministre libéral fédéral de la Justice Irwin Cotler, présent à la conférence de presse lundi matin, a soutenu que le premier ministre Justin Trudeau avait directement soulevé la question avec le prince héritier Mohammed ben Salmane, et demandé la clémence et le pardon pour M. Badawi en avril.
«Il a plus que demandé: il a appelé à la libération de Raif Badawi et à son droit de retrouver sa famille au Québec», a soutenu M. Cotler, un avocat des droits de la personne qui milite pour la libération de M. Badawi. Lors du passage du prince saoudien à Washington, M. Cotler lui avait présenté un dossier juridique sur M. Badawi fondé sur la loi coranique et la loi saoudienne. Le prince héritier lui aurait dit qu'il examinerait le dossier.
Ensaf Haidar, de son côté, a rappelé lors de la conférence de presse qu'il était difficile d'obtenir des informations sur son mari. Il y a quelques mois, elle a appris qu'il était sur une liste pour un pardon potentiel; elle croyait alors que cela pourrait survenir avant le ramadan, qui a commencé le 16 mai. Elle dit que le moral de M. Badawi est plutôt bas, mais elle continue d'espérer.
«Chaque année, je commence par l'espoir: j'espère qu'il sera avec nous à Noël, j'espère qu'il sera avec nous pour les vacances», a-t-elle déclaré en français. «Mais jusqu'à présent, je n'ai pas reçu de bonnes nouvelles.»
Dans trois semaines, le 17 juin, cela fera six ans que M. Badawi est emprisonné. «Cette année, c'est assez. Six ans, c'est assez pour nous et c'est assez pour Raif aussi», a confié lundi Mme Haidar, qui obtiendra la citoyenneté canadienne au cours des prochains jours. «Maintenant, j'ai besoin de toutes les villes du Québec et du Canada.»