Le maire Régis Labeaume a répété à plusieurs reprises au cours des dernières années qu’il souhaite plus de radars photo dans les rues de Québec, car des citoyens en redemandent, même s’il n’est pas convaincu hors de tout doute de leur efficacité à long terme.

Radars photo difficiles à rentabiliser pour les municipalités

Les villes qui ont testé les radars photo sur leur réseau routier n’auraient pas fait de profits si elles avaient dû payer tous les frais qui y sont associés.

«Le projet pilote a démontré que c’était difficile pour les municipalités de rentabiliser l’ensemble du système. Probablement que ça va nécessiter un soutien financier pour le futur», a expliqué mardi Gervais Corbin, expert en sécurité routière au MTQ, alors qu’il dressait un bilan et donnait les perspectives de l’utilisation des radars photo au Québec.

Le projet pilote de coopération municipale s’est échelonné du 19 octobre 2015 au 30 juin 2017 et a été prolongé depuis. Quatre municipalités (Québec, Gatineau, Longueuil et Laval) ont chacune pu placer et utiliser à leur guise quatre radars photo, fixes et mobiles, pour contrôler la vitesse et le respect des feux rouges dans leurs rues. Montréal a aussi poursuivi les expérimentations sur son territoire. 

Le gouvernement du Québec a défrayé les coûts d’acquisition et d’installation des cinémomètres (environ 800 000 $ pièce) déployés sur le réseau municipal, tout comme l’entretien d’ailleurs. Québec paie également les salaires des policiers municipaux qui déplacent et opèrent les appareils, comme le font leurs collègues de la Sûreté du Québec le long des routes provinciales. Les constats d’infraction sont toujours donnés par le Bureau des infractions et des amendes du ministère de la Justice. En 2015-2016, dernière compilation disponible, tout cela coûtait 14 millions $ pour une cinquantaine de radars photo en opération dans la province. 

Radio-Canada a révélé en février que la Ville de Québec a réclamé 822 299 $ en frais d’administration pour ses quatre cinémomètres en 2017 alors que les revenus des constats d’infraction associés ont totalisé 29 055 $. Le déficit, absorbé par le provincial, est toutefois dû à la baisse radicale du nombre de constats d’infraction après contestation devant les tribunaux de la méthode de présentation de la preuve. En 2016, un écart positif de 1,5 million $ était constaté, mais il ne tenait pas compte des frais liés à l’équipement. 

Le maire Régis Labeaume a répété à plusieurs reprises au cours des dernières années qu’il souhaite plus de radars photo dans les rues de Québec, car des citoyens en redemandent, même s’il n’est pas convaincu hors de tout doute de leur efficacité à long terme. 

Résultats encourageants

Selon les informations livrées par M. Corbin mardi, les résultats du projet pilote de coopération municipale sont «encourageants» et comparables à ceux de la phase 1. Sur les sites contrôlés par des appareils fixes, les vitesses moyennes sont généralement en baisse de 16 à 18 %. Sur les tronçons surveillés par des mobiles, la diminution tourne autour de 17 % en présence de l’appareil et de 5 % en son absence. «Par contre, au niveau des accidents, on n’a pas suffisamment de données pour vraiment se prononcer», a fait valoir le fonctionnaire. 

Sur le réseau routier provincial, les radars photo sont localisés sur des sites qui présentent des taux d’accidents élevés. Au municipal, par contre, ce critère n’est pas un incontournable. À Québec, par exemple, la stratégie est de faire tourner au maximum les radars mobiles pour diminuer la vitesse dans les rues résidentielles et renforcer le sentiment de sécurité des citoyens. 

Après le bilan du projet-pilote, et considérant les nouveaux pouvoirs dévolus aux municipalités, Gervais Corbin anticipe des changements à la gouvernance du système de radars photo. «Actuellement, la gouvernance est centralisée. Dans le contexte où le gouvernement veut offrir une plus grande autonomie aux municipalités, il va falloir trouver des formules qui pourraient s’adapter en fonction des plus grandes et des plus petites municipalités.»

Mardi, le ministre des Transports s’est montré ouvert à ajouter des radars photo dans les rues municipales. «C’est une discussion, entre autres, que je vais avoir avec M. Labeaume. Je sais qu’il est particulièrement intéressé au niveau des quartiers résidentiels. […] Il y a certaines zones où on pourrait en faire davantage, que ce soit les zones résidentielles, les zones scolaires ou les zones de chantier», a fait savoir André Fortin.