Québecor et Cogeco mis en demeure par deux anciens de l’UPAC [VIDÉO]

Le cabinet juridique Guy Bertrand met en demeure Québecor et Cogeco qui auraient diffusé de fausses informations concernant deux anciens de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) dont la carrière serait «ruinée». Leurs avocats réclament 8 millions $ aux médias. Ils demandent aussi au premier ministre François Legault de déclencher une enquête publique.

Pour mémoire, la première plaignante, Caroline Grenier-Lafontaine, a participé à l’enquête de l’UPAC qui a mené à l’arrestation du député Guy Ouellette, quand le corps policier tentait de colmater des fuites médiatiques au sujet de ses travaux. Le second, André Boulanger, a quant à lui été chef des opérations de l’UPAC.

Selon des documents obtenus par les médias de Québecor, des sources policières soutenaient que Mme Grenier-Lafontaine avait notamment orienté l’enquête sur le député Ouellette pour le coincer. Aussi qu’elle avait usé de stratagèmes illégaux.

André Boulanger serait, lui, devenu un informateur privilégié du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) qui poursuit les investigations sur les pratiques de l’UPAC.

Guy Bertrand répète qu’il juge ces informations fausses, mensongères et diffamatoires. Et que des allégations ne devraient jamais être rendues publiques si des accusations ne sont pas déposées.

Il charge donc les entreprises médiatiques ayant relayé ces informations tirées de documents de la Sûreté du Québec. Il cible aussi nommément l’animateur Paul Arcand et le journaliste Félix Séguin.

Contester vigoureusement

Cogeco et Paul Arcand ont rapidement réagi à l’attaque, mardi : ceux-ci contestent «vigoureusement» et entendent se défendre devant le juge si Me Bertrand met ses menaces à exécution.

Au nom des deux plaignants, qui sont en couple, Guy Bertrand exige néanmoins rétractation des médias. Et le versement de 8 millions de dollars pour avoir «ruiné la carrière de policiers chevronnés».

«Ces médias se sont fiés aveuglément à des sources sans scrupules qui avaient tout avantage à les instrumentaliser», avance l’avocat. Les reportages ne reposeraient «sur aucun fait si ce n’est sur des documents obtenus en fraude à la loi».

Au surplus, les informations diffusées auraient mis en danger des enquêtes en cours.

Enquête publique

Lundi, une requête a, par ailleurs, été remise au bureau du premier ministre François Legault «demandant une enquête publique», ajoute Me Bertrand. «À date, on a mis le couvercle sur la marmite. Donc, il va falloir avoir un forum pour dire la vérité.»

La ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault a récemment indiqué qu’il n’y aura pas d’enquête criminelle quant à de possibles fuites de documents faisant mention de Mme Grenier-Lafontaine.

La policière a tout de même porté plainte à l’UPAC dans l’espoir qu’une investigation soit déclenchée au sujet de ce qu’elle considère toujours être une fuite de documents confidentiels la concernant.

Nous avons contacté Québecor. Au moment de transmettre cet article, l’entreprise n’avait pas encore répondu à notre demande.

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PAS D'ENQUÊTE PUBLIQUE, RÉPOND GUILBAULT

Aussitôt demandée, aussitôt refusée. Le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) dit non à l’enquête publique demandée par les policiers Caroline Grenier-Lafontaine et André Boulanger. 

«On n’a pas l’intention de faire d’enquête publique concernant les fuites, d’autant plus qu’il y a déjà des enquêtes qui concernent ce sujet-là qui sont menées notamment par le BEI (Bureau des enquêtes indépendantes)», a affirmé mardi la ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault. Ce rapport attendu du BEI sera rendu public à l’Assemblée nationale au cours des prochains jours. 

La ministre Guilbault n’a pas voulu commenter la procédure judiciaire entreprise par ces policiers contre des médias. Elle a toutefois indiqué qu’elle souhaite publier un livre vert en décembre, afin de faire le portrait de la réalité policière actuelle et entamer des consultations en 2020 sur la façon dont les forces policières au Québec peuvent être modernisées. 

«Je pense que oui, à moyen, long terme, une fois l’exercice terminé, ce sera de nature à contribuer à rétablir le lien de confiance qui est essentiel entre la population et les policiers qui la servent et protègent», a-t-elle soutenu.  Patricia Cloutier