À 36 ans, l’avenir du plus jeune ex-premier ministre du Nouveau-Brunswick constitue une vaste inconnue.

Que réserve l’avenir de Brian Gallant?

Brian Gallant a toujours eu un plan en tête. Mais aujourd’hui, à 36 ans, l’avenir du plus jeune ex-premier ministre du Nouveau-Brunswick constitue une vaste inconnue.

«Toute ma vie, j’ai su ce que je voulais faire», déclarait M. Gallant vendredi à La Presse canadienne dans une entrevue accordée après l’annonce surprise de sa démission anticipée de ses fonctions de chef du Parti libéral du Nouveau-Brunswick. «Maintenant, je ne sais vraiment pas ce que je vais faire: la toile est complètement blanche.»

Le député de Baie-de-Shédiac-Dieppe a indiqué sans équivoque que son passage en politique provinciale touchait à sa fin — il ne sera pas du prochain scrutin —, mais il n’a pas complètement exclu la scène fédérale. Il promet simplement de «continuer à contribuer à la province et au pays (...) que ce soit par mon travail ou par du bénévolat».

Avec 10 «fantastiques» députés libéraux fédéraux (sur 10 comtés), M. Gallant estime qu’une nouvelle candidature ne semble pas nécessaire avant les élections d’octobre. «J’ai bien hâte de les soutenir autant que je le pourrai et de soutenir les libéraux fédéraux dans ce qui, selon moi, sera une campagne électorale réussie», a déclaré M. Gallant, ajoutant qu’il fera de même pour les libéraux provinciaux lors du prochain scrutin — qui pourrait être déclenché plus tôt que l’on croit.

L’Assemblée législative tient actuellement par un accord informel d’une durée de 18 mois entre les progressistes-conservateurs et l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick, un petit parti de droite, opposé au bilinguisme, qui a accepté de soutenir le gouvernement minoritaire conservateur après les résultats électoraux très serrés du 24 septembre. L’accord a permis aux conservateurs — qui ont remporté 22 sièges, un de plus que les libéraux — de compter sur trois sièges supplémentaires pour obtenir une mince majorité d’un seul député en Chambre.

«Nous sommes dans une situation différente de celle que le Nouveau-Brunswick a connue depuis cent ans», a souligné M. Gallant. «Les partis politiques — en particulier les deux soi-disant “partis traditionnels” — étaient plutôt habitués jusqu’ici à des cycles de quatre ans.»

Pas de temps à perdre

Mais M. Gallant estime que devant un tel gouvernement minoritaire, le Parti libéral ne peut se permettre de passer un an ou plus à se reconstruire et à organiser un congrès à la direction. Face à la possibilité d’une élection anticipée imminente avec chaque vote de confiance en Chambre, M. Gallant croit que le Parti libéral devra se choisir un chef rapidement.

Le président du caucus libéral, Jean-Claude D’Amours, a déclaré qu’il travaillait avec ses collègues pour préparer les prochaines étapes en vue du choix d’un chef intérimaire d’ici la mi-février — la réunion du caucus d’hiver — et qu’il a également suggéré des dates pour le congrès à la direction.

M. Gallant s’est bien gardé de suggérer des noms pour celui ou celle qui devra le remplacer. Il a par ailleurs exprimé sa préoccupation face aux mouvements populistes de droite qui se manifestent un peu partout en Occident ces temps-ci. «Il est inquiétant de voir toutes ces divisions qui se créent (...) ces mouvements populistes qui ont pris de l’ampleur dans les pays occidentaux», a-t-il dit.

Bien que M. Gallant ait déclaré que ces mouvements partent souvent de préoccupations légitimes — telles que l’inégalité croissante des revenus —, ils peuvent être exploités par des politiciens «qui ne respectent pas nécessairement les faits et qui sont plus intéressés à profiter des préoccupations citoyennes».

Selon M. Gallant, le dernier scrutin au Nouveau-Brunswick démontre que le Canada n’est pas à l’abri de tels mouvements populistes. Mais il ne croit pas que cette tendance se répétera lors des élections fédérales. «Je pense que le premier ministre Justin Trudeau et le gouvernement fédéral ont fait du bon travail en essayant de répondre à plusieurs des préoccupations qui sont au cœur de ces mouvements», a-t-il estimé.

M. Gallant a déclaré que même s’il a l’intention pour le moment de demeurer député de sa circonscription natale, il pourrait éventuellement revenir à la pratique du droit ou œuvrer dans le monde des affaires.

«Lorsque je prends du recul et que je mets les choses en perspective, je réalise que j’ai eu l’occasion d’être le premier ministre de notre province, de prendre des décisions qui ont un impact réel et qui peuvent faire la différence». Et bien que quitter le poste de chef du parti constitue «un jour sombre pour lui», il s’estime «incroyablement chanceux».