Intitulée «Un dernier sprint... pour équilibrer votre pratique!» la publicité, qui montre un coureur en position de départ et un chronomètre, a fait bondir des médecins. Selon le Dr Vincent Demers, le Ministère demande clairement aux médecins de traiter leurs patients «comme du bétail».

Publicité du ministère de la Santé jugée «inappropriée» par le Collège des médecins

Le Collège des médecins du Québec (CMQ) juge «inappropriée» la publicité du ministère de la Santé qui invite les omnipraticiens à «accélérer le rythme» et à voir plus de 20 patients par jour.

Dans cette publicité diffusée dans la revue Santé inc., et dont Le Soleil a fait état mercredile ministère demande aux médecins de famille de réorganiser leur pratique afin que leur «patientèle» reflète la composition des groupes d’âge de la population québécoise. Il précise à cet effet que 70% des patients en attente dans le Guichet d’accès à un médecin de famille sont non vulnérables, contre 30% «potentiellement vulnérables». 

Une «patientèle idéale», selon le ministère, serait donc composée surtout de patients pas trop âgés et en santé. Aussi le ministère incite-t-il les médecins à voir plus de 20 patients par jour pour une pratique de 36 heures par semaine, une pratique qu’il considère «confortable pour un médecin». 

Intitulée «Un dernier sprint... pour équilibrer votre pratique!», la publicité, qui montre un coureur en position de départ et un chronomètre, a fait bondir des médecins, dont le Dr Vincent Demers, qui pratique au GMF de Neufchâtel et qui a choisi de suivre en majorité des patients vulnérables. Selon lui, le ministère demande clairement aux médecins de traiter leurs patients «comme du bétail».

Raison d’être choqués

En entrevue au Soleil, mercredi, le président du CMQ, le Dr Charles Bernard, a affirmé que les médecins avaient «raison d’être choqués». Selon lui, il est «un peu disgracieux de demander au médecin de voir un certain nombre de patients dans une journée». 

«Ça va à l’encontre de nos croyances au Collège. On est là pour s’assurer que les patients aient des soins de qualité. […] On insiste aussi sur le professionnalisme des médecins en essayant de leur inculquer le respect des patients. À l’hôpital ou en clinique externe, le contexte fait en sorte qu’ils peuvent être un peu plus expéditifs, mais dans un contexte de cabinet, les médecins doivent prendre le temps de parler et d’écouter leurs patients», a fait valoir le Dr Bernard. 

Questionnée à savoir si le ministère de la Santé comptait rediffuser la publicité malgré la critique, la porte-parole Noémie Vanheuverzwijn a eu cette réponse: «Dès le départ, la parution de cette publicité était prévue dans deux publications destinées aux médecins de famille: Santé inc. (édition de novembre-décembre) et Profession Santé (édition de novembre). Aucun changement n’a été effectué au placement.»

La porte-parole ajoute que «cette publicité s’inscrivait dans une stratégie plus large avec d’autres concepts publicitaires ayant été publiés dans les derniers mois dans ces deux mêmes publications et vise à informer les médecins sur l’atteinte des cibles [d’inscription] de l’entente avec la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec».