En moyenne, un patient en CHSLD prend 12 médicaments.

Projet prometteur de réduction de la médication en CHSLD

L’interdisciplinarité en santé permet d’améliorer non seulement l’accès, mais aussi le confort des patients, comme en témoignent les résultats d’un projet de recherche mené dans des CHSLD de Québec et visant à réduire la polymédication, fréquente chez les aînés. L’expérience est à ce point concluante que le projet sera déployé dans l’ensemble des établissements de soins de longue durée de la Capitale-Nationale, a appris Le Soleil.

Le Projet d’évaluation de la personnalisation des soins infirmiers, médicaux et pharmaceutiques en soins de longue durée (PEPS), qui portait sur 359 lits, a été réalisé entre mars 2017 et mai 2018 sous la responsabilité de la pharmacienne Rachel Rouleau.

«À l’époque, et encore maintenant, on éprouvait certains problèmes de manque de ressources humaines, de découverture médicale et tout, et on voulait faire un projet pour se rendre un peu plus efficients. Parallèlement, les résidents eux-mêmes et les associations de résidents nous ont sensibilisés au nombre de principes actifs qu’ils prenaient, au surtraitement et à la surinvestigation», explique en entrevue Mme Rouleau.

En 12 mois, la proportion de résidents recevant une «polymédication» excessive (plus de 10 médicaments différents ou principes actifs par patients) est passée de 63 % à 46 %, et le nombre moyen d’ordonnances par patient est passé de 11,5 à 9,5. Le confort des patients s’est amélioré, et le temps du médecin est mieux utilisé, observe Rachel Rouleau.

Car dans le cadre du PEPS, chaque professionnel exerce pleinement son champ de compétences. L’équipe de soins infirmiers évalue les résidents, le médecin s’occupe des nouveaux diagnostics et des situations complexes, et le pharmacien prescrit et effectue le suivi de la pharmacothérapie. 

«Ça permet au médecin de se consacrer aux tâches vraiment médicales, ou à ses patients en GMF, par exemple. […] Tout le monde est gagnant. Les préposés aux bénéficiaires et les infirmières auxiliaires, dont l’une des principales tâches est de distribuer la médication, épargnent du temps quand ils n’ont plus à distribuer certains médicaments», illustre Mme Rouleau.

Selon une porte-parole du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-­Nationale, Mélanie Otis, les employés et professionnels qui ont expérimenté le projet «disent qu’ils ne reviendraient plus en arrière tellement ils y voient les bienfaits». 

Le CIUSSS de la Capitale-­Nationale déploiera le PEPS dans tous ses CHSLD (il en a une trentaine). Jusqu’à maintenant, le modèle a été implanté dans 14 de ses établissements. Idéalement, il serait exporté dans l’ensemble des CHSLD de la province, souhaite Rachel Rouleau. 

Le rôle central du pharmacien

Si tous les professionnels jouent pleinement leur rôle dans le PEPS, celui du pharmacien est central, souligne Mme Rouleau. 

«En soins de longue durée, les gens arrivent de plus en plus âgés, avec plusieurs pathologies, et leur durée de séjour est de plus en plus courte, expose-t-elle. Prenons un patient diabétique. Quand il est jeune, on fait certaines interventions dans le but de prévenir, dans une dizaine d’années, un événement coronarien ou un accident vasculaire cérébral, et pour ça, on a des traitements un peu plus agressifs. Quand ces patients-là sont rendus en soins de longue durée, ces éléments de prévention ne sont plus aussi pertinents», surtout que les traitements pour les personnes diabétiques peuvent engendrer de l’hypoglycémie et des étourdissements, qui augmentent le risque de chute, dit la pharmacienne.

Le rôle du pharmacien en établissement de soins de longue durée, c’est de se demander, pour chacun des médicaments pris par le patient, quels sont les bienfaits et quels sont les risques. «On soupèse ça avec la personne qui est devant nous. Si la personne est extrêmement anxieuse, qu’elle prend de la benzodiazépine, mais qu’elle ne se déplace plus, est-ce que je prends le risque de la sevrer ou si je favorise davantage le confort?» illustre encore Rachel Rouleau.

En moyenne, un patient en CHSLD prend 12 médicaments. Selon Mme Rouleau, «si on passe de 12 à 7 ou 8 principes actifs, ce qui est pas mal optimal, c’est substantiel». 

Pour la pharmacienne, les résultats du PEPS sont clairs : si on veut améliorer la pharmacothérapie dans les CHSLD, il faut y mettre... des pharmaciens.