Le président de la Fédération autonome de l’enseignement, Sylvain Mallette

Projet de loi 40 sur la gouvernance scolaire: les enseignants insultés

QUÉBEC — La réforme de la gouvernance scolaire proposée par le gouvernement Legault est tout ce dont les enseignants n’ont pas besoin, martèle la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

Lors d’un point de presse à Québec mardi, l’organisation - qui regroupe neuf syndicats et représente plus de 45 000 enseignants au Québec - a tenu des propos durs à l’égard du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, un ancien frère d’armes.

Avec son projet de loi 40, M. Roberge «insulte» ses ex-collègues et «dévalorise» la profession enseignante, a dénoncé le président de la FAE, Sylvain Mallette, qui s’offusque que les enseignants n’aient pas été consultés.

«Le pouvoir, ça nourrit l’arrogance, a-t-il dit. Moi, ça m’a particulièrement troublé, choqué. On s’attendait à autre chose d’un ex-collègue.

«Il déçoit les profs, mais il choque les profs surtout, parce qu’on s’attendait à ce que pour une fois, un ministre de l’Éducation qui connaît la réalité de la classe, qui sait dans quelles conditions on doit souvent travailler, on s’attendait à ce qu’il nous écoute et il a fait le choix d’écouter d’autres groupes», a poursuivi le chef syndical.

Le projet de loi 40, qui a été déposé le 1er octobre dernier, aurait pour but de moderniser la structure de gouvernance scolaire, donner plus d’autonomie aux écoles, en plus de reconnaître l’expertise pédagogique du personnel enseignant et de l’actualiser par une formation continue.

Sur ce point, M. Mallette trouve particulièrement «méprisant» que M. Roberge ait introduit des sanctions visant à punir les enseignants qui refuseraient de participer à la formation continue obligatoire.

«Le ministre laisse croire que les enseignants ne se forment pas et qu’ils ne détiennent pas les compétences nécessaires pour accomplir leur travail, ce qui est faux.»

De plus, il s’insurge du fait que les enseignants deviendraient minoritaires au sein des nouveaux conseils d’établissement, ce qui lui fait croire que les enseignants, globalement, sortiront perdants de cette réforme.

«La lecture du projet de loi 40 m’a profondément choquée et estomaquée, a renchéri Nathalie Morel, vice-présidente à la vie professionnelle à la FAE. Il contient tout ce dont les profs n’ont pas besoin, particulièrement dans le contexte où la profession est à bout de souffle, vit une pénurie de personnel inédite et est en manque flagrant de reconnaissance et de valorisation.

«Ce projet de loi va complètement dans le sens contraire, en ajoutant des contraintes au personnel enseignant, de la confusion dans les rôles et responsabilités de chacun et encore plus d’ingérence dans notre pratique.»

La FAE réfute la prétention du ministre selon laquelle l’abolition des élections scolaires, et la transformation des commissions scolaires en centres de services, dégageraient des économies qui serviraient à embaucher 160 nouveaux professionnels.

Si elle s’avère, ce serait l’équivalent d’une heure par semaine par établissement de plus en services professionnels, a illustré M. Mallette.

«J’ai 29 ans en arrière de la cravate dans le réseau scolaire (...), ce qui va arriver, c’est que les directions d’écoles et les gestionnaires de commissions scolaires à qui le ministre donne plus de pouvoirs vont dire: «Écoutez, on a beaucoup plus de responsabilités, on doit donc embaucher plus de personnel d’encadrement» (...), des gens qui surveillent des gens qui surveillent des gens qui surveillent les profs.

«C’est ça qui va arriver, il n’y aura pas l’ajout d’un service de plus et d’une ressource de plus, ce n’est pas vrai», a-t-il martelé.

La FAE a dit s’attendre à ce que le gouvernement «modifie de fond en comble» le projet de loi 40. Vu l’ampleur de la réforme proposée, l’organisation syndicale demande des consultations générales et non seulement sur invitation, tel qu’annoncé.

Le volumineux projet de loi contient 312 articles. Le ministre Roberge a déjà annoncé son intention de procéder rapidement, puisqu’il prévoit abolir les postes de commissaires scolaires le 29 février prochain.

Mardi, Marwah Rizqy, porte-parole libérale en matière d’éducation, a dit croire que le ministre aura beaucoup de difficulté à respecter son propre échéancier, étant donné que la Commission de la culture et de l’éducation n’a pas encore terminé l’étude du projet de loi 5 sur les maternelles 4 ans.