Chantal Plourde est professeure au Département de psychoéducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Problèmes de consommation d'un proche: guide de survie pour les Fêtes

LA TUQUE — C’est bientôt Noël, enfin diront certains. L’heure est aux festivités entre amis, collègues et familles. Si ce moment de l’année rime avec bonheur pour la majorité, pour d’autres la période des Fêtes ramène des mauvais souvenirs, du stress, de l’angoisse… Certaines personnes redoutent même la présence d’un proche avec des problèmes de consommation. La professeure au département de psychoéducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), Chantal Plourde, suggère des petits trucs pour passer au travers.

«On dit que pour chaque personne qui a un problème de consommation, il y a environ 10 membres de son entourage qui souffrent. Au Canada, ça fait plusieurs millions de personnes qui sont souffrantes et c’est pire à l’aube des Fêtes parce que les occasions de consommer sont multipliées», lance Mme Plourde.

La dépendance à l’alcool ou aux drogues représente un enjeu de santé publique certes, mais on doit aussi s’attarder à la souffrance des gens de l’entourage qui doivent conjuguer avec les conséquences et les actions des personnes qui ont une dépendance.

«Il faut reconnaître que c’est difficile pour un membre de l’entourage. Souvent, on met l’accent sur la personne qui a un problème de consommation, mais les membres de l’entourage souffrent beaucoup», note Chantal Plourde qui a récemment publié le livre Vivre avec un proche ayant une dépendance avec sa collègue Myriam Laventure, professeure à l’Université de Sherbrooke.

Plusieurs personnes sont angoissées à l’approche des rassemblements des Fêtes. Chantal Plourde propose d’ailleurs des pistes de solutions afin que tout se passe bien, notamment de changer les traditions.

«Si les gens ont l’habitude de faire un réveillon de Noël et que ça vire souvent mal, peut-être que c’est l’occasion de changer ça pour un brunch et aller glisser en famille en après-midi, aller patiner, jouer à des jeux de société… pour remplacer le réveillon. C’est un exemple de stratégie. J’invite les gens à être créatifs et à faire les choses différemment», souligne-t-elle.

Il faut aussi définir ses limites avec la personne ayant une dépendance, et ce, avant qu’elle soit intoxiquée.

«Il faut lui demander de faire attention. On peut aussi dire à la personne que si elle s’intoxique trop, on va quitter pour ne pas rester dans cet environnement-là. C’est important de le dire à l’avance. Il faut discuter avec la personne pour que les choses soient bien claires», insiste la professeure au département de psychoéducation de l’UQTR.

«Malheureusement, les gens de l’entourage ont souvent tendance à camoufler, cacher, réparer, justifier... Ce n’est pas mal intentionné, ils veulent protéger la personne qu’ils aiment. Par contre, en faisant ça, ils nuisent au processus de changement. S’il n’y a jamais ou peu de conséquences aux gestes qu’ils posent, c’est possible que ça les maintienne dans leurs comportements», ajoute-t-elle.

De l’aide existe également pour les membres de l’entourage qui souffrent et il ne faut pas hésiter à en faire la demande.

«Les gens développent souvent toutes sortes de paterns, ils vont être hyper vigilants, toujours sur leurs gardes… Ils développent certaines difficultés sans jamais demander de l’aide. Il y a, entre autres, le Al-Anon. […] En Mauricie et au Centre-du-Québec, on peut également s’adresser au CIUSSS MCQ pour avoir l’aide d’un intervenant pour être accompagné, pour les aider à aller mieux et poser les bons gestes».

Le livre Vivre avec un proche ayant une dépendance peut également aider les membres de l’entourage. On y retrouve des explications sur les dépendances et des suggestions pour mieux aider les personnes dépendantes.

«C’est écrit dans un langage très simple. On voulait que tout le monde puisse le consulter. Je pense que c’est très bien vulgarisé. On parle aussi des ressources d’aide à consulter dans le livre […] On dit de mettre les mains sur le volant et de prendre le contrôle. On leur dit de prendre soin d’eux.»

«Les gens ont honte, ils sont nerveux, ils ont toujours peur qu’il arrive quelque chose. Ils se disent qu’ils n’ont pas besoin de consulter parce que ce ne sont pas eux qui ont un problème. Ça cause des dommages et les gens ont besoin d’aide là-dedans», a conclu Chantal Plourde.