La ministre de la Culture, Marie Montpetit, était à Trois-Rivières lundi matin.

Près de 20 millions pour le virage numérique des médias écrits

Trois-Rivières — «Il va falloir que d’autres pas soient faits et que d’autres paliers gouvernementaux supportent la presse. Nous, c’est un premier pas. Je pense que le fédéral aura son rôle à jouer.»

Pour Marie Montpetit, ministre de la Culture et des Communications du Québec, il est clair que les entreprises de presse écrite au Québec doivent miser sur une aide gouvernementale afin de franchir la crise actuelle qui se manifeste principalement par une baisse draconienne des revenus de publicité. 

Ce «premier pas» du gouvernement du Québec est l’annonce, en mars dernier, d’une enveloppe de 36,4 millions $ visant à soutenir la presse écrite nationale, régionale et communautaire durant cinq ans. Mais d’autres mesures pourraient arriver dès le budget québécois de 2018, comme des crédits d’impôt applicables sur la masse salariale.

«Il y aura des discussions qui vont être faites dans les consultations prébudgétaires pour l’année prochaine pour amorcer cette question-là», confirme Mme Montpetit, présente lundi matin à Trois-Rivières afin d’expliquer la teneur du premier programme d’aide du gouvernement québécois destiné à la presse écrite. «C’est très important pour nous, comme gouvernement, de répondre à la crise qui secoue en ce moment les médias et c’est sur quoi on travaille.»

La baisse des revenus publicitaires aux mains de géants du web comme Facebook et Google ébranle un modèle d’affaires qui tient difficilement la route. Avec son programme de 36,4 millions de dollars, Québec affirme répondre à la demande de l’industrie pour le volet de la transformation numérique et pour sa responsabilité concernant le recyclage du papier. 

Ces deux volets représentent la majeure partie du financement, soit 19,2 millions de dollars pour la transformation numérique et 12 millions de dollars en soutien transitoire pour le recyclage.

Le programme de transformation numérique est divisé en deux volets. Le premier prévoit soutenir les entreprises ayant besoin d’un diagnostic, d’une planification stratégique ou d’une étude de positionnement. Le deuxième fonctionnera par appel de projets et soutiendra une entreprise qui désire acquérir ou développer des outils et mettre en place de nouvelles approches de création et de diffusion de contenus journalistique.

Le programme gouvernemental prévoit soutenir une entreprise de presse privée jusqu’à 50 % du coût d’investissement par projet, pour un maximum de 400 000 $. Ce programme est aussi offert aux entreprises ayant déjà amorcé le virage numérique.

Le premier appel de projets pour les entreprises privées a commencé lundi et se termine le 15 janvier. Un deuxième appel de projets devrait être lancé au printemps 2018.

La répartition de l’enveloppe de 19,2 millions de dollars entre les deux volets du programme de transformation numérique n’est pas précisée par Québec. L’application des normes du programme sera sous la responsabilité des fonctionnaires du ministère de la Culture et des Communications. Selon Marie Montpetit, cette façon de faire maintient l’indépendance des médias face à une source de financement publique.

«En moins d’une décennie, notre façon de s’informer a été complètement transformée. Nous voulons que nos médias prennent leur place dans de nouveaux marchés. Une presse indépendante et vigoureuse est essentielle pour toute société», a déclaré Mme Montpetit.

Selon le gouvernement, le Québec regroupe quelque 200 journaux écrits privés.

Le programme d’aide à la presse écrite prévoit aussi un soutien bonifié aux médias communautaires. Cette aide supplémentaire est de 5,2 millions de dollars. Elle servira à stimuler la production et la diffusion de l’information de proximité. Quelque 156 médias communautaires (radios, télés et journaux) sont répertoriés au Québec.

Julie Boulet, députée de Laviolette et ministre du Tourisme, reconnaît volontiers l’importance de miser sur une information diversifiée et de qualité dans ce contexte de transformation numérique.

«C’est difficile pour nos médias de demeurer concurrentiels. Les revenus diminuent, mais ils nécessitent des investissements pour réussir cette transformation. Chez nous, en région, les journalistes jouent un rôle déterminant. Cette information est primordiale. On y tient.»

Un bon signal

Pour Claude Gagnon, président et directeur général du Groupe Capitales Médias (propriétaire du Nouvelliste), cette confirmation du gouvernement du Québec est un bon signal envoyé à une industrie qui a besoin d’aide.

«C’est une bonne nouvelle. Ça ne règle pas tous nos problèmes. On a encore énormément d’investissements à faire et pendant ce temps-là, le modèle d’affaires est en transformation. 

Il faut compléter le virage numérique pour récupérer les budgets publicitaires», raconte M. Gagnon, qui aimerait bien que le même genre de signal provienne du gouvernement fédéral.

D’autre part, l’ouverture manifestée par le gouvernement du Québec concernant l’application de crédits d’impôt sur la masse salariale est bien accueillie par M. Gagnon.

«C’est là que ça devient important pour soutenir nos efforts de collecte et de traitement de l’information. Le gouvernement est conscient du rôle que jouent les médias dans le système démocratique.»