Le 2 avril, plusieurs orthophonistes ont eu la mauvaise surprise de recevoir un courriel leur annonçant qu’elles avaient été retirées du tableau de l’Ordre des orthophonistes et des audiologistes du Québec, et que, pour régulariser leur situation, elles devaient payer des «frais de réinscription» de près de 400 $ en plus de la cotisation annuelle de 800 $.

Près de 150 orthophonistes momentanément privées de leur droit de pratique

Plusieurs dizaines d’orthophonistes du Québec se sont momentanément retrouvées sans droit de pratique, forcées d’annuler des rendez-vous et contraintes d’acquitter des frais salés de «réinscription» au tableau de leur ordre professionnel pour avoir omis de payer à celui-ci leur cotisation annuelle avant le 1er avril. Selon elles, l’Ordre des orthophonistes et des audiologistes du Québec (OOAQ) n’aurait pas pris les moyens adéquats pour communiquer les avis de renouvellement à ses membres.

Les membres de l’OOAQ avaient jusqu’au 1er avril pour payer leur cotisation annuelle totalisant plus de 800 $. Le 2 avril, plusieurs ont eu la mauvaise surprise de recevoir un courriel leur annonçant qu’elles avaient été retirées du tableau de l’Ordre, et que, pour régulariser leur situation, elles devaient payer des «frais de réinscription» de près de 400 $. 

Selon ce qu’il a été possible d’apprendre auprès de l’OOAQ, au moins 140 membres se seraient retrouvées dans cette situation. «Il y a toujours des oublis chaque année, mais cette année, c’est vrai qu’il y en a eu plus que d’habitude», au moins le double par rapport à l’an dernier, a convenu le président de l’Ordre, Paul-André Gallant, au cours d’un entretien avec Le Soleil, lundi. 

Les retardataires ont dû contacter l’Ordre en catastrophe pour payer leur dû d’environ 1200 $, question d’éviter de pénaliser leur clientèle et de perdre des revenus. Plusieurs ont mis du temps à obtenir la ligne téléphonique tellement elles étaient nombreuses dans la même situation, nous a-t-on rapporté. Des membres qui pratiquent au public ou au privé, d’autres qui étaient en congé de maladie ou de maternité, d’autres encore qui cotisent sans faute depuis plus de 30 ans, des enseignant(e)s, des chargé(e)s de cours... Comment autant d’orthophonistes ont pu oublier de payer leur cotisation annuelle avant le 1er avril? 

L’OOAQ assure avoir envoyé à ses membres une infolettre «spéciale» le 15 février et fait deux autres rappels dans deux autres infolettres qui contenaient aussi d’autres sujets. L’information se trouvait également sur le site Internet de l’Ordre, précise Paul-André Gallant. Des membres nous ont toutefois dit que tout le monde n’aurait pas reçu l’infolettre du 15 février, et que les deux autres ont pu être lues en diagonale. «Aucun avis de dernière minute, aucun avis personnalisé. Mais le courriel du 2 avril s’est très bien rendu, lui...» dénonce une orthophoniste qui a requis l’anonymat par crainte de subir des représailles.

Plainte à l’Ordre

Une plainte commune signée par plus de 250 membres de l’OOAQ a été envoyée lundi après-midi aux administrateurs de l’ordre professionnel.  

«Ces nombreux oublis, qui obligent les membres à payer [une pénalité] d’un peu moins de 400 $, est une source non négligeable de revenus pour l’OOAQ. Cependant, elle [la source de revenus] constitue une mauvaise surprise pour plusieurs qui se retrouvent dans l’impossibilité de voir des clients, ne possédant pas de permis de pratique durant quelques jours, le temps que le secrétariat de l’Ordre règle leur cas. Cela entraîne des pertes financières ou des pertes de services à une époque où nos services sont en demande dans tous les secteurs. Le public se retrouve donc pénalisé par la situation, ce qui va à l’encore du mandat de protection du public de l’Ordre», déplore-t-on dans la plainte.

Les signataires réclament que l’OOAQ «reconnaisse ce cafouillage administratif», qu’il revienne aux avis «clairs» de renouvellement, estimant que ceux «imbriqués dans les infolettres» ne le sont pas — d’autant que «les infolettres sont un mauvais moyen de communication», selon elles —, et qu’il revoie sa politique de frais de retard (46 % du montant annuel de la cotisation) pour les retards de moins de 72 heures, qui sont «abusifs et usuraires». 

Le président de l’OOAQ indique que le conseil d’administration discutera de la question vendredi et que celui-ci est «ouvert» à «améliorer des choses», s’il le faut. M. Gallant rappelle toutefois qu’il est de la responsabilité des membres d’un ordre professionnel de payer leur cotisation annuelle avant le 1er avril, et que 95 % des membres de l’OOAQ l’ont fait. 

À propos des frais élevés de réinscription au tableau de l’Ordre, M. Gallant souligne qu’ils ont été établis dans un esprit dissuasif, et non punitif. «Notre mission, c’est de protéger le public, et la première des choses qu’il faut faire pour pouvoir pratiquer, c’est de s’inscrire au tableau de l’Ordre. […] Ces tarifs-là sont là pour ça, pour s’assurer que les gens n’oublient pas de s’inscrire», explique le président de l’OOAQ, précisant que cette question pourrait aussi être abordée par le conseil d’administration vendredi.