Kenneth Harrisson, âgé de 54 ans, fait face à des accusations de possession de pornographie juvénile et de mise à la poste de choses obscènes, ainsi que de deux accusations de contrebande et de possession de marchandises interdites en vertu de la Loi sur les douanes.

Poupée sexuelle d’enfant: la Couronne doit prouver que l’accusé savait

SAINT-JEAN, Terre-Neuve-et-­Labrador — Le juge au procès d’un Terre-Neuvien accusé de pornographie juvénile a déclaré mardi qu’il devra déterminer au fond si l’homme savait que la poupée sexuelle commandée en ligne avait été conçue pour ressembler à un enfant.

Le juge Mark Pike a entendu mardi les plaidoiries finales des avocats dans ce qui semble être le premier procès au Canada portant sur des accusations de pornographie juvénile impliquant une poupée sexuelle. La cause pourrait créer un précédent autour de ce qui constitue la pornographie juvénile si aucun enfant n’est directement impliqué.

Kenneth Harrisson, âgé de 54 ans, fait face à des accusations de possession de pornographie juvénile et de mise à la poste de choses obscènes, ainsi que de deux accusations de contrebande et de possession de marchandises interdites en vertu de la Loi sur les douanes. Le colis contenant la poupée avait été intercepté par des douaniers de l’Agence des services frontaliers du Canada.

En contre-interrogatoire, lundi, M. Harrisson a soutenu qu’il avait commandé la poupée pour remplacer dans son existence un fils décédé plus de 20 ans auparavant, à l’âge de six mois. En faisant une recherche sur Google avec le terme poupée sexuelle, il a choisi la poupée qui avait le visage le plus masculin pour qu’elle ressemble à son fils, qui aurait eu environ 25 ans en 2013.

Site Internet peu fiable

La Couronne a soutenu que la poupée était une forme tridimensionnelle de pornographie juvénile et a remis en question la thèse de M. Harrisson selon laquelle il ne l’avait pas commandée pour avoir des rapports sexuels. L’avocat de M. Harrisson a de son côté mis en doute la fiabilité du site Internet japonais sur lequel M. Harrisson a commandé le produit; il a plaidé qu’il était impossible de savoir quelle taille de poupée son client voulait commander.

La procureure de la Couronne Dana Sullivan a souligné que M. Harrisson avait commandé l’ensemble de luxe, avec maquillage et autres accessoires, suggérant plutôt son intention d’avoir des relations sexuelles avec la poupée.

Le juge Pike, de la Cour provinciale, a d’ailleurs mis l’accent, mardi, sur ce degré de connaissance de l’accusé. «Pour gagner votre cause, vous aurez dû me convaincre au-delà de tout doute raisonnable que [l’accusé] savait ce qu’il commandait et ce qu’il obtenait, et qu’il s’agissait de pornographie juvénile», a déclaré le juge aux procureurs de la Couronne.

Le juge Pike devrait rendre son verdict le 21 mai.

L’agent Terry Follett, de la Force constabulaire royale de Terre-Neuve, a déclaré mardi au tribunal que depuis que les accusations ont été portées il y a six ans, des corps policiers de Colombie-­Britannique, du Nouveau-Brunswick et de l’Ontario ont intercepté des poupées similaires. 

Le policier a ajouté qu’en fonction de la décision du juge Pike, d’autres procureurs pourraient déposer des accusations.