Normand Brouillard
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Pornographie juvénile: un enfant retrouve l’ordinateur de Normand Brouillard

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
Une partie de cachette entre enfants dans le Canton de Stanstead a permis de trouver l’ordinateur de Normand Brouillard et de compléter une preuve irréfutable contre le récidiviste qui partageait de la pornographie juvénile pendant qu’il se trouvait en libération conditionnelle.

Au moment où le ministère public s’apprêtait à présenter une preuve circonstancielle dans le cadre d’un procès devant jury, qui devait s’ouvrir cette semaine, l’ordinateur du délinquant a été retrouvé par hasard.

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Ce sont des locateurs du chalet de Normand Brouillard dans le Canton de Stanstead qui ont découvert la clé de l’énigme l’été dernier.

Brouillard a donc changé son fusil d’épaule et a annoncé ce qui s’est déroulé, mardi au palais de justice de Sherbrooke, soit qu’il plaidait coupable à des accusations d’avoir accédé, d’avoir possédé et d’avoir distribué de la pornographie juvénile entre le 17 novembre 2017 et le 29 septembre 2018.

C’est un enfant qui a retrouvé un ordinateur portable appartenant à Brouillard sous le perron de la résidence secondaire. Pendant qu’il cherchait un autre enfant dans le cadre de son jeu, le bambin a retrouvé l’élément de preuve que les policiers cherchaient depuis plus d’une année.

L’ordinateur, qui avait été placé par Brouillard dans un étui pour le garder à l’abri des intempéries, a été remis aux enquêteurs de la Sûreté du Québec.

Des preuves

C’est lors de l’expertise de cet ordinateur par le module technologique de la SQ que plus de 4600 fichiers de pornographie juvénile ont été retrouvés.

Cette preuve a aussi permis de prouver que Normand Brouillard avait consommé et distribué de la pornographie juvénile alors qu’il se trouvait en libération conditionnelle et qu’il n’avait pas le droit de posséder d’ordinateur.

« La preuve permet donc de conclure que l’accusé, dès sa libération conditionnelle en maison de transition, malgré des interdictions, utilisait un ordinateur qu’il dissimulait afin, entre autres choses, de transiger de la pornographie juvénile via un logiciel de partage », signale la requête déposée par le ministère public visant à le faire évaluer comme délinquant dangereux dont La Tribune a obtenu copie.

Lors de l’arrestation de Normand Brouillard, en octobre 2018, les enquêteurs avaient trouvé une clé USB effacée ainsi que des notes manuscrites faisant le lien avec le profil « Littleblond » et Normand Brouillard.

Jusqu’à ce moment, aucun ordinateur n’avait été retrouvé et un lien pouvait être fait avec seulement quelques fichiers effacés de pornographie juvénile.

L’enquête de la division sur la cybercriminalité concernant Brouillard s’était ouverte en juin 2018 quand un policier a repéré l’utilisateur « Littleblond ».

L’image du profil était celle d’un jeune garçon couché sur un lit en sous-vêtements. Derrière cette image se trouvait Normand Brouillard qui a fait le partage de répertoires de fichiers correspondant à de la pornographie juvénile.

Après une brève discussion, Brouillard avait fait parvenir à l’enquêteur trois premières photos correspondant à de la pornographie juvénile de fillettes âgées de 6 à 12 ans.

L’adresse IP a mené les enquêteurs à l’adresse de Normand Brouillard dans le Canton de Stanstead.

Des contacts ont aussi été établis avec Interpol en Suisse, lesquels ont permis de relier Brouillard au partage d’autres fichiers de pornographie juvénile.

Depuis 1998

Une vérification des antécédents judiciaires de Brouillard a permis de savoir que l’ADN du suspect était fiché à la banque des données génétiques du Canada et qu’il possédait des antécédents judiciaires en matière sexuelle depuis 1998.

C’est cette fiche d’ADN de Brouillard avec les empreintes trouvées sur l’ordinateur portable qui ont permis de compléter la preuve hors de tout doute raisonnable que l’accusé a reconnue mardi au palais de justice de Sherbrooke.

Brouillard a déjà été condamné en 2013 à trois ans de prison pour des gestes de contacts et d’incitation à des contacts sexuels sur un enfant à Orford. Normand Brouillard lui avait alors donné 5 $ après les gestes troublants. Il se trouvait alors en libération conditionnelle.

L’accusé était avocat lorsqu’il a commis les premiers gestes de contact sexuel entre 1988 et 1989. Il avait fait consommer de l’alcool à sa victime avant de l’agresser sexuellement.

Normand Brouillard a déjà réalisé un suivi en délinquance sexuelle.

« Les peines de détention purgées, ainsi que les traitements suivis par l’accusé ne l’ont pas dissuadé de commettre les présentes infractions et n’ont pas amené l’accusé à amender son comportement », signale la procureure aux poursuites criminelles Me Joanny Saint-Pierre dans la requête pour faire évaluer Normand Brouillard pour qu’il soit déclaré délinquant dangereux ou à contrôler.

L’avocat de la défense Me Alexandre Tardif s’oppose à ce que le septuagénaire soit évalué comme délinquant dangereux.

Le juge Charles Ouellet de la Cour supérieure tranchera cette question le 14 février prochain.

La détention de Normand Brouillard a été ordonnée après son plaidoyer de culpabilité.