Pornographie et agressions en famille au Saguenay

En héritant de la maison de son père, un individu est tombé sur des photos datant d’une quinzaine d’années et identifiées sous le nom de « famille porn ». Un total de 244 images, montrant des relations sexuelles entre un homme et deux enfants d’une dizaine d’années, ainsi qu’une femme participant à certaines actions, ont été découvertes et remises à la police. Le ministère public a déposé des accusations contre la femme, que l’on peut voir sur certaines images et qui a joué le rôle de photographe à d’autres occasions, mais l’homme est aujourd’hui décédé. Ces scènes pornographiques ont été réalisées dans un contexte familial et l’accusée, qui a plaidé coupable, est la mère d’une victime et la tante de l’autre. La défense et les proches de l’accusée estiment que la femme, qui possède un quotient intellectuel de 70, selon une évaluation psychologique, obéissait aux volontés de son conjoint et qu’elle était forcée de commettre de tels gestes. La Couronne, quant à elle, compte demander une sentence de cinq ans de pénitencier devant l’atrocité des actes.

Les accusations ont été déposées par le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) contre la femme âgée dans la cinquantaine, mais les deux enfants, qu’on peut voir sur les photographies, et qui sont adultes aujourd’hui, n’ont pas voulu témoigner en cour.

Les actes ont été posés, et photographiés, au tournant des années 2000, au Saguenay. Selon ce qui a été expliqué par la procureure de la Couronne, Me Marie-Christine Savard, des scènes de fellation, de pénétration, de masturbation et de sodomie impliquant l’homme et les deux enfants de 10 ans, soit un garçon et une fille, ont été photographiées par l’accusée. L’homme qui se livre à ces scènes dégradantes était le conjoint de la femme, mais il a rendu l’âme il y a quelques années. C’est d’ailleurs parce qu’il est mort que les photos ont été découvertes.

« Il y a même des photos où l’on voit l’individu qui fait un 69 avec le garçon de 10 ans. Madame a admis avoir été derrière la caméra. Sur d’autres photos, on voit l’accusée qui tient le pénis de son neveu, avec le grand sourire. Ces images parlent d’elles-mêmes », a expliqué la procureure, qui demandait à ce que ces images soient dévoilées en cour au juge Michel Boudreault, de la Cour du Québec. Sur un total de 244 photos, 14 avaient été sélectionnées par le ministère public. La défense, représentée par Me Nicolas Gagnon, s’objectait à ce que ces images soient présentées, mais le juge Boudreault a consenti à la demande de la Couronne. Les photographies, qui constituaient la principale preuve de la poursuite, ont été montrées à huis clos, lundi.

Des témoins soulèvent l’emprise de l’homme

Si l’accusée a plaidé coupable aux chefs d’accusation de nature sexuelle qui pesaient contre elle, la défense a tenu à soulever l’emprise qu’avait son ancien conjoint. Lors des observations sur la peine, deux proches de la quinquagénaire sont venus parler du passé de l’accusée, notamment qu’elle avait été violentée et agressée sexuellement lorsqu’elle était enfant et qu’elle avait ensuite été victime de violence conjugale de la part de son ancien conjoint, un individu qui a d’ailleurs écopé d’une lourde peine de pénitencier pour tentative de meurtre sur une autre de ses conjointes.

Après s’être séparée de cet homme violent, l’accusée a rencontré l’individu des photographies pornographiques, qu’elle a fréquenté durant une vingtaine d’années. Selon différents témoignages, cet homme forçait l’accusée à se prostituer et gardait les sommes d’argent qu’elle récoltait auprès de ses clients. L’accusé se prostitue d’ailleurs toujours, lorsqu’elle est en manque d’argent.

Nudisme et films XXX

Toute la famille, y compris la fille de l’accusée et son neveu, de même que la mère de ce dernier, s’adonnait au nudisme régulièrement. L’homme écoutait des films pornographiques à toute heure du jour et devant les invités, selon un ami venu témoigner en cour.

« Madame était plus son esclave qu’une conjointe », a affirmé le témoin, un homme de 80 ans qui fréquentait le couple.

La soeur de l’accusée, qui est la mère du garçon abusé, a affirmé au juge Boudreault que sa sœur n’avait pas pu commettre de tels gestes par elle-même et que c’était l’homme le responsable.

L’avocat de la défense, Me Nicolas Gagnon, n’a pas fait témoigner sa cliente, mais a déposé plusieurs rapports médicaux, notamment une évaluation psychosociale, qui démontre que la femme a un QI d’environ 70, ce qui correspond à une déficience intellectuelle.

Un rapport sexologique avait été ordonné, mais on ignore précisément si l’accusée a une déviance sexuelle quelconque pour la simple raison que les examens ne sont pas concluants lorsque les sujets sont des femmes. Les rapports démontrent toutefois que l’accusée se déresponsabilise et ne fait pas preuve d’empathie. La femme aurait également une perception erronée de ce qu’est le consentement.

Deux ans en collectivité et cinq ans de pénitencier

En raison des faibles capacités intellectuelles de la femme, de son passé de victime, de ses plaidoyers de culpabilité et de ses problèmes de santé physique, entre autres, Me Nicolas Gagnon demande une peine de deux ans à purger dans la collectivité.

Le dossier a occupé presque tout le temps de cour du Palais de justice de Chicoutimi, lundi, si bien que la procureure de la Couronne n’a pas pu procéder à ses plaidoiries sur la peine. Elle s’activera mardi, mais a déjà annoncé qu’elle demandera une sentence de cinq ans de pénitencier.

Le juge Michel Boudreault a affirmé qu’il prendrait le dossier en délibéré, étant donné « son caractère très particulier ».