Philippe Nérin
Philippe Nérin

Philippe Nérin écope de sept ans de prison pour avoir fabriqué et exporté de la fausse monnaie

Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Philippe Nérin devra purger sept ans de pénitencier pour fabrication et exportation de fausse monnaie, trafic et exportation de cocaïne ainsi qu’une série de fraudes liées à l’identité et les cartes de crédit.

La juge Guylaine Tremblay a en effet abondé dans le même sens que la Couronne en décidant d’imposer à Philippe Nérin une peine sévère compte tenu de la gravité des crimes, de leur complexité, de leur préméditation, de leur degré de sophistication et de leur ampleur. Clairement, elle estime que la dénonciation et la dissuasion sont des facteurs à prioriser.

«La peine représente une gradation des sentences. Il avait des antécédents judiciaires qui lui avaient valu de la prison dans le passé mais aujourd’hui, il a récidivé avec une organisation et une sophistication plus avancées qu’auparavant. La peine représente son profil en tant que délinquant», a plus tard commenté le procureur de la Couronne, Me Julien Beauchamp-Laliberté.  

En effet, Philippe Nérin n’en était pas à ses premières frasques criminelles, principalement en matière de fraude. Il a en effet écopé il y a quelques années d’une peine de 45 mois. Selon la juge, le risque de récidive ne peut être écarté. «La réhabilitation passera donc par les programmes offerts au pénitencier», a-t-elle souligné. 

Qui plus est, le tribunal a noté que le degré de sophistication des crimes dénote que M. Nérin n’est pas dépourvu d’intelligence. «Il l’a plutôt utilisée à mauvais escient», a précisé la juge Tremblay. 

Rappelons que Philippe Nérin a plaidé coupable à plusieurs accusations reliées à la fabrication, la mise en circulation et l’exportation de monnaie contrefaite à l’intérieur et à l’extérieur du Canada, mais également au trafic et l’exportation de cocaïne, la possession de renseignements personnels et plusieurs fraudes envers des institutions financières et des compagnies de crédit.

Selon une enquête de la Sûreté du Québec, il avait mis en place tout un stratagème lui permettant non seulement de fabriquer des faux billets de 20 $ mais également de les vendre un peu partout dans le monde. Il profitait également de la situation pour trafiquer et exporter de la cocaïne. 

Pour ce faire, il avait investi plusieurs milliers de dollars dans des équipements qu’il faisait venir de la Chine pour fabriquer chez lui la fausse monnaie. Il recrutait ensuite ses clients via le Dark Web en leur proposant par exemple l’achat de 1000 $ dollars en billets de faux 20 $ pour la somme de 200 $. Les billets et/ou la cocaïne qu’il vendait étaient ensuite insérés dans des enveloppes et envoyés aux destinataires en utilisant les boîtes postales de Postes Canada. 

La preuve a démontré qu’il avait ainsi fabriqué pour 199 000 $ en faux billets de 20 $ canadiens mais dans les faits, il avait des équipements lui permettant d’en confectionner pour 500 000 $. Une carte de crédit reliée à chacun de ses comptes clients pour les envois a révélé qu’il y avait eu 199 envois Xpresspost effectués à partir de faux profils. Et dans le cadre de ses exportations de faux billets, il aurait également écoulé 32 grammes de cocaïne. 

CONTRÔLE ALÉATOIRE

Les policiers avaient été mis sur la trace de Philipe Nérin en juin 2018 lorsque l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) avait justement intercepté un de ces colis lors d’un contrôle aléatoire. Il s’agissait d’une imprimante haut de gamme. Compte tenu des antécédents judiciaires du suspect en matière de fraude, une enquête de grande envergure avait été entreprise, qui s’était soldée par l’arrestation du suspect en février 2019. 

En matière de fraudes, Nérin a également admis avoir fait 33 demandes frauduleuses en utilisant de fausses identités pour obtenir des cartes de crédit sans compter une autre fraude par cartes d’une valeur de 23 791 $. La défense, assurée par Me Bertrand Jacob, réclamait l’imposition d’une peine globale de cinq ans de pénitencier. Lors des plaidoiries, Philippe Nérin avait prétendu avoir commis ses crimes pour payer sa consommation de drogue et assouvir sa passion du jeu. Or, la juge ne l’a pas cru. Pour elle, si une thérapie externe a suffi à mettre un terme à ses dépendances, cela démontre que le problème n’était pas si sérieux. 

Certes, il a plaidé coupable rapidement, ce qui peut constituer un facteur atténuant. Or, la juge y a aussi mis un certain bémol compte tenu de la force de la preuve soumise par la Couronne. Rappelons que la section des crimes économiques de la Sûreté du Québec, l’Agence des services frontaliers du Canada, la GRC et la Banque du Canada ont tous collaboré dans cette enquête.  

Par contre, le tribunal note qu’il n’y a pas eu de violence dans les crimes et qu’il n’existe aucune preuve à l’effet qu’il soit relié au crime organisé. 

Outre les sept ans de pénitencier, Philippe Nérin devra se soumettre à certaines ordonnances pendant dix ans dont celle lui interdisant d’occuper un emploi ou un travail bénévole dans lequel il exercerait un pouvoir sur les biens immeubles, l’argent ou les valeurs d’autrui.